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Philippe Rochot… Reportages pour mémoire…

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Trésors du Tibet d’Alexandra David-Neel (musée Guimet)… Philippe Rochot

Alexandra David-Neel avec le sultan du Sikkim (Maison Alexandra David-Neel © Ville de Digne-les-Bains)

Elle rapporta de ses voyages des malles entières de souvenirs, d’écrits, d’objets de culte, mobilisant les chancelleries étrangères des pays traversés pour acheminer tout cela vers la France. Ces trésors se retrouvent aujourd’hui dans sa maison de Digne-Les-Bains dans les Alpes du sud mais aussi au musée Guimet à Paris, exposés jusqu’au printemps : manuscrits en tibétain, peintures et masques de danse, photos, lettres privées, tangkas richement décorés etc…

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Avec son fils adoptif, le lama Yongden.
Alexandra David-Neel était attachée à ce « temples des arts asiatiques » où se côtoient les bas-reliefs des édifices cambodgiens, les masques japonais, les bouddhas indiens ou les moulins à prière tibétains en une sorte de musée imaginaire tel qu’André Malraux l’avait rêvé. Là est née sa vocation pour les peuples du toit du monde. Elle appréciait surtout la bibliothèque avec «son étonnante atmosphère créée par les multiples effigies des Dieux et des Sages de l’Orient, ces « vibrations » abondantes qui émanaient non seulement des statues impassibles en apparence mais aussi des centaines d’objets ayant servi à la célébration de cultes divers.»

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Masque Cham Paris, musée Guimet – musée national des Arts asiatiques..

Une aventurière qui renouvelle son passeport à l’âge de cent ans a droit au respect. C’est le cas d’Alexandra David-Neel. Elle souffrait de rhumatismes aigus qui l’obligeaient à « marcher avec ses bras » comme elle aimait le dire mais elle éprouvait encore, après un siècle de vie, le besoin de préparer en permanence des itinéraires vers l’orient. Un siècle bien rempli où elle fut successivement chanteuse d’opéra, anarchiste, féministe, orientaliste, tibétologue, exploratrice, journaliste, écrivaine et trempa même dans la franc-maçonnerie. Mais le monde a surtout retenu son expérience exceptionnelle au Tibet.
Alexandra David-Neel fut la première femme occidentale à se rendre dans la ville sainte de Lhassa en 1924, déguisée en mendiante accompagnée de son fils adoptif, le jeune lama Yongden.

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Tibétaines en pélerinage à Lhassa. Alexandra David-Neel s’était habillée comme elles pour entrer clandestinement dans la ville sainte. (2002 Photo Ph Rochot)

Elle mettra quatre mois pour atteindre clandestinement la ville sainte, échappant aux pillards et aux mouchards qui avaient repéré : Photo Ph Rochot.la femme blanche. Elle s’est grimé le visage avec de la cendre, elle a enfilé des vêtements de mendiants, elle s’est fabriqué des nattes en poil de yak et enfoncé jusqu’aux yeux sa toque de fourrure traditionnelle. Elle n’ose pas prendre d’appareil photo pour ne pas être repérée en tant qu’étrangère mais sous ses jupes elle cache un pistolet. Avec le lama Yongden qui deviendra son fils adoptif ils se fondent dans la foule des pèlerins (ardjopas) qui progressent en se prosternant tous les trois pas et atteignent Lhassa au printemps 1924 pour la fête religieuse du Mönlam. Ils resteront deux mois dans la ville sainte mais Alexandra sera finalement repérée et tous deux seront contraints de prendre la fuite.
Son livre intitulé « une parisienne à Lhassa » fit sensation à l’époque. Elle avait tant souhaité s’intégrer à la vie des Tibétains, apprendre leur langue, vivre leurs croyances et leurs pratiques qu’on peut la placer aujourd’hui aux côtés des sages bouddhistes dont elle avait suivi l’enseignement.

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Le Potala, résidence des Dalaï Lama. (2001 Ph Rochot)

Comment expliquer pareil itinéraire ? Fillette tourmentée, torturée par les esprits dès l’enfance, Alexandra David-Neel s’infligeait à l’adolescence des tortures, se soumettait aux jeûnes, s’appliquait des recettes puisées dans des biographies de saints ascètes trouvées dans d’obscures bibliothèques. A 21 ans elle se convertissait au bouddhisme. Dans ses voyages en Inde et au Tibet elle s’imposa de rudes épreuves physiques, vivant ainsi plusieurs mois en altitude dans la caverne d’un anachorète sans voir personne, apprenant la méditation mais aussi la technique du Toumo qui permet de mobiliser son énergie afin de produire de la chaleur et résister au froid. Ses méditations et ses recueillements sans fin lui firent sans doute perdre la notion du temps. Malheureuse en couple, elle avait ainsi annoncé à son mari qu’elle partait pour un voyage de dix-huit mois en extrême orient mais elle ne revint qu’après quatorze années passées en Inde, en Chine et au Tibet. Philippe Néel, ingénieur des chemins de fer lui envoyait régulièrement de l’argent et entretint avec elle une correspondance passionnée qu’elle garda dans ses malles poussiéreuses jusqu’à la fin de ses jours. Il eut le mérite de la soutenir dans ses recherches et le lien ne fut jamais rompu malgré les orages qui assombrirent la vie du couple.

L’héritage culturel laissé par Alexandra David-Neel se découvrait jusque-là dans sa maison de Digne-les-Bains dans les Alpes du sud où elle passa les dix dernières années de sa vie. Grace à sa « secrétaire-auxiliaire de vie » qui vécut avec elle jusqu’à son dernier souffle, le souvenir demeure. Marie-Madeleine Peyronnet chez qui rien ne disposait à s’intéresser au bouddhisme tibétain fut emportée par la passion de sa patronne et c’est elle après sa mort qui créa ce petit musée de Digne qui a gardé le nom donné par la maitresse des lieux : « Samten Dzong », la forteresse de la méditation. Endroit attachant mais austère sombre et étroit où le visiteur se heurte aux multiples objets rapportés par l’exploratrice : bottes tibétaines, meubles et coffres, masques, tangkas, bonnets, images, lettres et souvenirs de toute sorte. Marie-Madeleine Peyronnet a dirigé ce musée jusqu’à sa retraite en 1995, servant aussi de guide et de gestionnaire mais trop seule pour empêcher les vols discrets de touristes indélicats. « Les gens ne reconnaissent pas qu’ils volent quand ils se font prendre nous confiait-elle avec découragement ; ils disent qu’ils emportent juste un souvenir ».

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Les aventures d’Alexandra en BD: un nouveau souffle donné à la mémoire de l’exploratrice.
Cette femme aujourd’hui âgée de 85 ans est devenue le fil conducteur de la bande dessinée : « Une vie avec Alexandra David-Neel » de Fred Campoy et Mathieu Blanchot, qui donne un nouveau souffle à la vie de notre aventurière mais aussi à celle de son assistante-secrétaire, idée que Mme Peyronnet trouva géniale tant elle avait donné de sa personne pour aider cette exploratrice à achever son œuvre mais aussi à la conserver. Des planches de la BD qui s’inspire du livre de son livre « dix ans avec Alexandra David-Neel » sont exposées à cette rétrospective du musée Guimet.
Un partenariat avec la maison de Digne-Les-Bains où l’aventurière-ethnologue résida jusqu’à sa mort entourée de ses souvenirs, permet donc aujourd’hui au public parisien de découvrir cette femme d’exception, ses voyages fabuleux au pays des neiges, ses souvenirs, mais aussi le message qu’elle nous laisse.
Philippe Rochot

Crédits Photos : RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) © Michel Urtado
Photo d’ouverture : Maison Alexandra David-Neel © Ville de Digne-les-Bains

Ecouter itv Alexandra David-Neel à France Culture. https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/alexandra-david-neel-le-tibet-tel-que-je-lai-vu

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Du Tibet à Paris : les « offrandes » de Gao Bo (Maison Européenne de la Photo)… Philippe Rochot

C’est d’abord un mantra lancinant qu’on perçoit avant de découvrir ses œuvres. Gao Bo aime utiliser toutes les formes d’expression, visuelles et sonores et le chant bouddhiste en est une. Le Tibet tient une place essentielle dans son travail, depuis le voyage qu’il effectua dans les années 2000 et sa rencontre fascinante avec les populations des hauts-plateaux.

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Dix ans après, l’artiste reprend dans ses « offrandes » ses portraits de Tibétains aux regards sombres, interrogatifs, muets, ces visages couverts d’une étoffe blanche censée protéger les voies respiratoires de la poussière des vents de sable du printemps et de la pollution qui a gagné le pays des neiges. Ces masques, fabriqués en Chine et portés comme des baillons, peuvent apparaître comme des symboles d’oppression, de silence imposé, d’éternel mystère qui entoure la cause tibétaine. Dans cet esprit Gao Bo met en parallèle d’anciens masques de cérémonie tibétains et ces visages couverts de vulgaires protections de toile.

gao-bo-offrandes-mep-7-fevrier-2017-3-copierGao Bo à la Maison européenne de la photo (c ) Ph Rochot.

Dix ans après, tout autre artiste aurait cherché à renouveler l’image en retournant sur place. Gao Bo revient au contraire à sa photo d’origine en lui apportant des éléments personnels de vie, des écrits, des signes, des objets, partant du principe qu’aucune œuvre n’est définitive et qu’elle se transforme avec le temps, tout comme sa vision du monde. Il n’hésite pas ainsi à peindre sur ses tirages, à les crayonner, à répandre de la cire et même à les recouvrir de son propre sang en un geste volontairement iconoclaste. La représentation humaine n’est parfois plus visible mais elle est transcendée et c’est ainsi que l’artiste nous guide à travers sa marche du temps.

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J’ai encore en mémoire les portraits de condamnés à mort que Gao Bo avait présentés dans les années 2000 aux rencontres d’Arles : visages immenses de douze hommes voués à la peine capitale, parfois les yeux ouverts sur un fond noir, parfois les yeux fermés sur un fond blanc, accrochés à l’envers comme si déjà ils n’appartenaient plus à notre monde. Gao Bo a pu parler à ces condamnés juste avant leur exécution et même leur serrer la main. Dans un geste de défi face au destin, il va jusqu’à bruler leur image pour en récolter les cendres : geste violent, tentative d’éliminer toute trace de la mort d’un homme tué de la main d’un autre homme, défi lancé à sa propre création mais qui nous projette vers une forme d’éternité.

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Le commissaire de l’exposition François Tamisier écrit à ce sujet : « Aussitôt faite la prise de vue, Gao Bo s’acharne à la transformer, à y inscrire sa peinture. Ratures, griffes, coulures, l’image iconique humaine se floute jusqu’à disparaître. Puis les mots envahissent l’image libérée de sa représentation, mêlant interrogation et réalité ultime. »

 Le souvenir de la révolution culturelle, de ses tribunaux populaires et de ses exécutions publiques auxquelles il était contraint d’assister a souvent hanté l’artiste, tout comme la mort brutale de sa mère qui s’est jetée sous un train devant ses yeux alors qu’il avait huit ans. « Je voulais retrouver mes souvenirs d’enfance » dit-il très simplement. Au-delà de l’image il écrit sur le mur la légende de son œuvre dédiée à celle qui lui a donné la vie, morte à l’âge de trente ans: « Pour ma mère qui nous a quittés trop tôt ». L’existence misérable de cette femme est représentée par une souche d’arbre éclatée devant laquelle il a déposé un coussin blanc ensanglanté : fissures, déchirements, horreurs d’un drame impossible à oublier.

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Que peut-il bien rester dans la tête d’un homme qui a vécu son enfance dans les crimes, la misère et les drames familiaux engendrés par la révolution culturelle ? La tourmente mais aussi le désir de quiétude qu’il va trouver dans les monastères tibétains ou même dans la mort. Des œuvres exposées à la Maison Européenne, je retiendrai encore celle-ci intitulée « l’autre rive » où de fragiles barques de bois lestées de pierres tombales, conduisent vers des visages aux yeux exorbités.

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Gao BO attribue un rôle essentiel à la matière qu’il utilise pour réaliser ses œuvres. Il faut voir l’artiste dans son atelier de la banlieue de Pékin, en blouse ou en tablier, pétrir de ses mains cette matière qui va prendre forme afin de nous prouver qu’elle est indissociable de la création artistique. Car à ses yeux, il n’y a pas d’un côté l’œuvre d’art et de l’autre la matière. La matière participe à la création. « La matière est un sujet en soi » nous dit-il.

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Gao Bo dans son atelier en banlieue de Pékin. (c) Bostudio.

Ses portraits de condamnés à mort ou de Tibétains dépassent deux fois la taille d’un homme: œuvres monumentales, forcément monumentales, réalisées à la chambre grand format et qui ne trouvent leur place que dans les vastes ateliers de l’artiste, dans cette atmosphère brumeuse et paisible de la banlieue de Pékin. Ses œuvres sont à la taille de « l’offrande » qu’il veut faire: « offrande au peuple du Tibet, offrande au Mandala, offrande aux figures disparues, offrande à ma mère… » Ces portraits se retrouvent enfin sur des pierres éparpillées, incrustés dans la roche, dans le caillou, proches de la terre. Ces visages vont ainsi du géant à l’infiniment petit, comme s’il était impossible de les situer dans la dimension de l’univers.

Il serait déplacé, vulgaire de vouloir comparer l’œuvre de Gao Bo à celle des artistes chinois contemporains qui jouent sur la provocation comme Aï Weiwei. Dans le monde de l’art chinois, Gao Bo apparaît bien comme un cas d’école unique.

Philippe Rochot

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La femme voilée du drapeau US : provoc ou génie de l’artiste Shepard Fairey ? Philippe Rochot.

Le portrait de cette femme couverte d’un voile composé du drapeau américain a circulé dans les rues de Washington durant la marche hostile à Donald Trump du 21 janvier. On l’a vu aussi le même jour dans les rues de Paris lors de la manifestation contre le nouveau locataire de la Maison blanche. L’affiche est destinée à lui rappeler que les musulmans font aussi partie du peuple américain. On pourra certes lui reprocher d’avoir symbolisé l’islam par le voile, mais le message est fort.

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Paris 21 janvier 2017 : Esplanade du Champ-de-Mars…Manif anti-Trump. (Ph.Rochot)

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Gilles Jacquier mort en Syrie : nouvel hommage mais enquête dans l’impasse. Philippe Rochot.

Paris XIème, 50 rue de Charonne, l’esplanade Gilles Jacquier. (Ph Rochot)

A l’heure où les journalistes sont régulièrement montrés du doigt et les médias sous le feu constant de la critique il est rassurant de voir que l’on rend hommage à des reporters qui ont payé de leur vie leur volonté de nous informer sur les conflits du monde. Gilles Jacquier faisait partie de ceux-là, tombé caméra au poing le 11 janvier 2012 lors du bombardement d’un quartier alaouite de Homs (Akrama el Jedida) contrôlé par les forces de Bachar el Assad. Cinq ans après, le mystère demeure encore sur les circonstances exactes de sa mort.

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D’emblée les rebelles ont été désignés comme responsables. Ils auraient dit-on repéré le convoi de voitures et tiré sans savoir qu’il s’agissait d’un groupe de journalistes. Une source « proche du dossier » au ministère français de la défense et citée par le Figaro affirme même dès le début: «Les analyses balistiques et les renseignements recueillis sur place par nos sources juste après le drame indiquent que Gilles Jacquier a été tué d’un tir d’obus de mortier de 81 mm venu d’un quartier sunnite rebelle ».

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Algérie. Procès Bouras : médias et journalistes face au pouvoir…Philippe Rochot.

Me Noureddine Ahmine, avocat et Yasmine Kacha (représentante de Reporters Sans Frontières en Afrique du Nord)

Quand on demande à maître Noureddine Ahmine, membre de la « Ligue algérienne des droits de l’homme » s’il est inquiété pour avoir choisi de défendre un journaliste emprisonné, il balaie la question d’un revers de la main et préfère évoquer le sort de son client : Hassan Bouras, envoyé derrière les barreaux pour avoir publié une série d’entretiens avec des habitants de la wilaya d’El Bayadh (à l’ouest d’Alger) où de hauts responsables de l’appareil sécuritaire et judiciaire de la ville sont mis en cause, soupçonnés par les citoyens d’avoir reçu des dessous de table et fait incarcérer des innocents sous de fausses accusations. Le procès en appel de Hassan Bourras, condamné à un an de prison pour « outrage à auxiliaire de justice et agents de la force publique » a évolué vers une peine de six mois avec sursis et le journaliste sera libéré le 17 janvier 2017.

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Hassan Bouras (tsa-algérie.com et Rsf.org)

Un autre cas de journaliste en détention est venu empoisonner le climat qui pèse sur les médias algériens : le décès de Mohamed Tamalt, correspondant à Londres du journal El Khabar, mort en prison le 11 décembre dernier. Il avait écopé de deux années d’emprisonnement pour    « outrage à corps constitués et atteinte à la personne du président » suite à des propos provocateurs diffusés sur les réseaux sociaux, sur son blog et son journal en ligne. Mohamet Tamalt (qui possède aussi la nationalité britannique) avait entamé une longue grève de la faim pour se faire entendre. Nul ne sait si cette épreuve qu’il s’est imposée a pu à elle seule justifier son décès mais les soupçons se sont rapidement installés.

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John Cantlie ou le combat solitaire d’un otage de Daech – Philippe Rochot –

Un confrère qui milite dans une association de soutien aux otages me confiait dernièrement qu’il n’avait jamais entendu parler de John Cantlie. C’est dire si le silence et l’indifférence face au sort de ce journaliste britannique enlevé par Daech il y a plus de quatre ans se sont progressivement installés dans l’opinion. Les attentats de Berlin, Nice, Paris, les offensives sur Mossoul, Alep ou Palmyre ont fait passer au troisième plan le destin de cet homme qui parvient à survivre entre les mains de gens totalement imprévisibles.

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John Cantlie sur le front de Mossoul: Novembre 2016.

Le traitement réservé à John Cantlie par Daech en fait un cas unique, jamais vu dans l’histoire des otages puisque l’organisation utilise ses compétences de journaliste pour en faire le reporter de choc du groupe terroriste. Il apparait donc dans des vidéos en train de relater les bombardements de la coalition sur les cités du nord de l’Irak tenues par l’Etat islamique. Il raconte la vie quotidienne sur les marchés de Mossoul comme le ferait n’importe quel envoyé spécial d’une chaine de télévision occidentale. Sauf que les terroristes l’ont à l’œil et qu’il ne dit pas ce qu’il veut, ni ce qu’il voit et encore moins ce qu’il endure. C’est le jeu diabolique de Daech : utiliser un reporter otage pour diffuser une information qui va se retourner contre le monde d’où il vient.

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Faut-il (vraiment) tirer sur les médias ? Philippe Rochot.

Un Brexit auquel on pensait échapper, un Donald Trump qui aurait dû être battu aux présidentielles américaines, un Fillon qu’on voyait balayé dès le premier tour de la primaire, un chef d’Etat que l’on donnait candidat à sa succession… Les arguments ne manquent pas pour dire que les médias n’ont pas senti le vent de l’histoire et se sont une nouvelle fois fourvoyés. Alors ? Journalistes déconnectés, coupés du réel, séparés de la France profonde et ignorants de la situation internationale ?
Rappelons que les journalistes n’organisent pas les sondages et se contentent d’en livrer le résultat aux lecteurs et donc aux électeurs… Il faut aussi s’interroger sur l’attitude de l’électorat. Voter en contradiction des pronostics avancés ou déclarer le contraire de ce qu’on va voter quand on est interrogé par un institut de sondage est un sport national bien connu.

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Le débat Fillon-Juppé du 24 novembre 2016 sur Tf1-France2: huit millions de téléspectateurs. (Photo FranceTv-info)

Les auditeurs se plaignent de la pauvreté des débats télévisés et des questions piètres des journalistes. Huit millions de téléspectateurs ont pourtant regardé le duel Juppé-Fillon au second tour des primaires. Ils auraient dit-on préféré voir les invités en position d’accusés, montrés du doigt comme dans un procès. Car dans l’opinion un homme politique est d’emblée suspect. S’il est invité à parler c’est qu’il a ses entrées à la télé ou à la radio et que les médias sont complices.

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De la guerre de Corée à mai 68, le regard d’Henri de Turenne… Philippe Rochot

Henri de Turenne, « gentleman reporter ». (collection privée, diffusion Scam)

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Bel hommage que celui rendu à Henri de Turenne à la Société des auteurs multimédia (Scam) avec projection des « Grandes batailles » de l’histoire comme celle de l’Atlantique ou celle de Normandie. Son documentaire sur l’année 1968 (les enfants de Marx et de Coca Cola, extraits de la série « c’était hier ») permet de mesurer l’impact d’une année charnière qui vit les débuts de la révolution culturelle en Chine, le mai 68 français et le printemps de Prague.
Avec son « Vietnam, perle de l’empire », l’homme n’hésite pas à dénoncer les excès du colonialisme français en Indochine. Dans tous ces documentaires, on retrouve un Turenne à la voix ferme, au ton dynamique, au style incisif, aux phrases courtes, « collant à l’image » comme il aimait le faire, un style qui préfigure déjà ce que seront les commentaires des années 2000 à la télé. Henri de Turenne, Prix Albet Londres en 1951 pour ses reportages sur la guerre de Corée parus dans le Figaro, savait aussi pratiquer l’autodérision et nous décrire comment travaillaient les journalistes sur pareil conflit. Je retiens quelques phrases habilement teintées de son ironie discrète:
« Quand je suis arrivé en Corée, je ne savais même pas où c’était sur la carte ». Et d’ajouter:
« Sur les 271 envoyés spéciaux qui se trouvaient au Japon, une soixantaine seulement devait se rendre en Corée. Les autres affirmaient qu’un certain recul était indispensable pour avoir une juste appréciation d’ensemble de la situation… » (Pusan 15 août 1950).

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Henri de Turenne racontait en attendant l’autorisation de monter sur le front nord: « Nous eûmes le temps de nous compter et presque de constituer une association des anciens élèves du lycée Janson-de-Sailly dans ce coin perdu du monde.  »

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Quel avenir pour le photoreportage ? Les grandes lignes de mon intervention au salon de la Photo (14 nov. 2016)

Patrick Chauvel dans ses archives, en préparation de la Fondation qui porte son nom.. (c) Ph. Rochot 2015.

Les photoreporters ont du mal à vivre mais la photo d’actualité a envahi notre quotidien. Il ne faut pas s’en plaindre. J’attaque cette conférence par une photo du pape François au Mur des lamentations à Jérusalem, accompagné d’un représentant de la communauté juive et de la communauté musulmane. C’est l’une des images qui a rencontré le plus de succès à la « Crystal galerie ». Cette galerie, basée à Saint-Ouen est celle de l’Agence France Presse. Elle vend des photos d’actualité sous le slogan : « quand le photojournalisme devient photo d’art ».

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L’AFP a même signé un contrat avec « Habitat » pour la distribution de plusieurs milliers d’images. Un cliché 50/60 se négocie 200 euros et l’auteur récupère un pourcentage non négligeable quand l’image est distribuée à  5000 exemplaires.
Cette exploitation des images d’actualité est un créneau pour les photoreporters. Il faut s’en féliciter…A l’heure où les photos de reportage sont bradées sur Internet il existe donc d’autres débouchés et notamment les galeries. Au printemps dernier l’atelier Yann Arthus-Bertrand organisait une expo intitulée « les années 80 » qui rassemblait les œuvres d’une trentaine de photoreporters les plus célèbres de la place de Paris : Depardon, Rostaing, Bouvet, Simon, Demudler etc… avec Alain Mingam comme commissaire qui allait se montrer quelque peu déçu : « la réalité de la guerre ne se vend pas » nous dit-il… Le « people » avec Bardot ou Gainsbourg s’est bien négocié, la guerre un peu moins. Le débouché en galerie est pourtant une belle perspective pour les gens d’image.

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Certains photographes «cartonnent » carrément tels Don McCullin ou James Nachtwey avec ses photos du 11 septembre, vendues comme photos d’art. Des reporters comme Steve McCurry ou encore des photographes décédés restent des valeurs sûres, tels Gilles Caron ou Henri Cartier-Bresson dont les œuvres peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.

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