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Philippe Rochot… Reportages pour mémoire…

De Donald Trump aux SDF, les fabuleux portraits d’Andres Serrano…(MEP) Philippe Rochot.

Le regard des sans-abri nous accroche dès qu’on pénètre dans la pièce. Ces hommes qu’on n’ose plus guère observer dans la rue nous font face. Ils nous attirent vers leurs conditions de vie, nous interpellent. Et c’est bien le but recherché par l’artiste photographe Andres Serrano, de retour à Paris avec une expo de choc à la Maison Européenne de la Photographie.

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L’homme avait gardé un mauvais souvenir de la France. En 2011 deux de ses photos avaient été saccagées par des catholiques intégristes à Avignon. Elles représentaient le corps du Christ immergé dans un flacon d’urine…
Durant de longues années l’image de l’artiste est restée associée à cette création sacrilège, à cette représentation provocatrice, nous faisant oublier la valeur du reste de son œuvre.

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L’homme démontre aujourd’hui qu’il a pu surmonter ce passage à vide et s’ancrer au réel. Les images qu’il présente à la MEP sont empreintes d’une profonde humanité même si le désir d’interpeler est toujours là, présent comme un besoin.
Andres Serrano dérange avec ses portraits de membres du Ku Klux clan ou ce visage du nouveau président américain, saisi pourtant en 2004 à une époque où Donald Trump commençait son ascension irrésistible vers la fortune et le pouvoir.

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L’artiste interpelle avec ses portraits de SDF saisis dans le métro de New York et dans les avenues de la cité où le blizzard s’engouffre. Ces hommes ou ces femmes sont assis sur les trottoirs et se protègent avec des cartons, des vieux matelas, des vêtements ramassés au hasard. «J’avais besoin d’être confronté à mes propres malaises face aux conditions sociales qui envahissent tous les centres urbains déclare Andrès Serrano. Nous passons tant de temps à ne pas regarder ces gens.»

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Serrano a eu l’idée simple mais géniale d’acheter aux sans-abri leurs pancartes de carton où ils ont écrit leurs suppliques et qu’ils brandissent devant les passants. Elles sont accrochées aux murs de l’expo. On peut y lire ainsi:
– J’ai besoin d’aide chaque centime compte.
– Sur le pavé, fauché et sans chance.
– Artiste affamé sans domicile
– Je suis trop moche pour me prostituer.
– En errance, fauché et affamé.
– Sans abri affamé : quelque chose pourra m’aider.

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On dit que son œuvre, hantée par la religion, le sexe, la mort et la violence, rappelle la peinture classique et baroque.
Les connaisseurs évoquent même les grands maîtres du passé comme Delacroix, Tintoret, Vélasquez ou Courbet quand ils parlent d’Andres Serrano. Lui se contente de dire que son maître est Marcel Duchamp. Et c’est vrai qu’il y a du Duchamp dans ses portraits, grandioses, percutants, hauts en couleurs.

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Andres Serrano est à la recherche de l’identité américaine qu’il veut définir à travers les gens mais aussi les situations, les événements. Alors il n’hésite pas à s’inspirer du 11 septembre 2001 qui marqua l’histoire de l’Amérique contemporaine, pour tenter de dresser le portrait de la société où il vit. Car Andres Serrano est new-yorkais, d’origine haïtienne et hondurienne et il veut faire le portrait de cette diversité.

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On oublie donc pour un temps ses images osées, provocatrices qu’il réalisa sur des défunts allongés dans une morgue, ses œuvres dites « impies » centrées sur le religieux mêlé au sexe ou ce goût étrange du flirt avec la mort et nous voyons plus simplement un éventail de ces personnages qui font l’Amérique…

Philippe Rochot

Maison européenne de la Photo: Paris, rue de Fourcy.

Jusqu’au 29 janvier.

De la guerre de Corée à mai 68, le regard d’Henri de Turenne… Philippe Rochot

Henri de Turenne, « gentleman reporter ». (collection privée, diffusion Scam)

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Bel hommage que celui rendu à Henri de Turenne à la Société des auteurs multimédia (Scam) avec projection des « Grandes batailles » de l’histoire comme celle de l’Atlantique ou celle de Normandie. Son documentaire sur l’année 1968 (les enfants de Marx et de Coca Cola, extraits de la série « c’était hier ») permet de mesurer l’impact d’une année charnière qui vit les débuts de la révolution culturelle en Chine, le mai 68 français et le printemps de Prague.
Avec son « Vietnam, perle de l’empire », l’homme n’hésite pas à dénoncer les excès du colonialisme français en Indochine. Dans tous ces documentaires, on retrouve un Turenne à la voix ferme, au ton dynamique, au style incisif, aux phrases courtes, « collant à l’image » comme il aimait le faire, un style qui préfigure déjà ce que seront les commentaires des années 2000 à la télé. Henri de Turenne, Prix Albet Londres en 1951 pour ses reportages sur la guerre de Corée parus dans le Figaro, savait aussi pratiquer l’autodérision et nous décrire comment travaillaient les journalistes sur pareil conflit. Je retiens quelques phrases habilement teintées de son ironie discrète:
« Quand je suis arrivé en Corée, je ne savais même pas où c’était sur la carte ». Et d’ajouter:
« Sur les 271 envoyés spéciaux qui se trouvaient au Japon, une soixantaine seulement devait se rendre en Corée. Les autres affirmaient qu’un certain recul était indispensable pour avoir une juste appréciation d’ensemble de la situation… » (Pusan 15 août 1950).

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Henri de Turenne racontait en attendant l’autorisation de monter sur le front nord: « Nous eûmes le temps de nous compter et presque de constituer une association des anciens élèves du lycée Janson-de-Sailly dans ce coin perdu du monde.  »

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Quel avenir pour le photoreportage ? Les grandes lignes de mon intervention au salon de la Photo (14 nov. 2016)

Patrick Chauvel dans ses archives, en préparation de la Fondation qui porte son nom.. (c) Ph. Rochot 2015.

Les photoreporters ont du mal à vivre mais la photo d’actualité a envahi notre quotidien. Il ne faut pas s’en plaindre. J’attaque cette conférence par une photo du pape François au Mur des lamentations à Jérusalem, accompagné d’un représentant de la communauté juive et de la communauté musulmane. C’est l’une des images qui a rencontré le plus de succès à la « Crystal galerie ». Cette galerie, basée à Saint-Ouen est celle de l’Agence France Presse. Elle vend des photos d’actualité sous le slogan : « quand le photojournalisme devient photo d’art ».

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L’AFP a même signé un contrat avec « Habitat » pour la distribution de plusieurs milliers d’images. Un cliché 50/60 se négocie 200 euros et l’auteur récupère un pourcentage non négligeable quand l’image est distribuée à  5000 exemplaires.
Cette exploitation des images d’actualité est un créneau pour les photoreporters. Il faut s’en féliciter…A l’heure où les photos de reportage sont bradées sur Internet il existe donc d’autres débouchés et notamment les galeries. Au printemps dernier l’atelier Yann Arthus-Bertrand organisait une expo intitulée « les années 80 » qui rassemblait les œuvres d’une trentaine de photoreporters les plus célèbres de la place de Paris : Depardon, Rostaing, Bouvet, Simon, Demudler etc… avec Alain Mingam comme commissaire qui allait se montrer quelque peu déçu : « la réalité de la guerre ne se vend pas » nous dit-il… Le « people » avec Bardot ou Gainsbourg s’est bien négocié, la guerre un peu moins. Le débouché en galerie est pourtant une belle perspective pour les gens d’image.

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Certains photographes «cartonnent » carrément tels Don McCullin ou James Nachtwey avec ses photos du 11 septembre, vendues comme photos d’art. Des reporters comme Steve McCurry ou encore des photographes décédés restent des valeurs sûres, tels Gilles Caron ou Henri Cartier-Bresson dont les œuvres peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.

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USA : une incursion chez les adeptes du Steampunk … Philippe Rochot.

Photographies: Philippe Rochot. 

Les lunettes ! Très important les lunettes. Elles sont rondes et cerclées de métal, avec des languettes de cuir sur le côté. On les porte négligemment sur la visière du chapeau ou de la casquette. A l’origine elles servent à protéger les yeux de la fumée lachée par le train à vapeur mais là, elles donnent allure et fierté à celui qui les porte.

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Une vieille gare restaurée, une loco noire avec des wagons rouges bringuebalants, c’est le décor idéal pour les adeptes du mouvement « steampunk », rassemblés dans la région de Lancaster le temps d’un week-end. Pas donné à tout le monde de s’habiller « steampunk », le moindre chapeau, la moindre veste coûte plusieurs centaines de dollars.

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Les fans du mouvement rassemblés dans l’ancienne gare restaurée à 10km de la ville appartiennent donc à un milieu social plutôt aisé avec une quarantaine d’années derrière eux. Mais la passion est bien là.

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« Chine: le cri interdit… ». Voyage à travers la politique de contrôle des naissances. Mon oeil sur le doc de Marjolaine Grappe.

« Un enfant c’est peut-être une bouche à nourrir, mais c’est surtout deux bras pour la révolution » disait Mao Zedong qui n’était pas favorable à l’enfant unique. Mais trois ans après sa mort en 1976, son successeur Deng Xiao Ping faisait appliquer une politique impitoyable de contrôle des naissances dont la brutalité continue de faire ses preuves.

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Bien peu de journalistes ont osé se lancer dans des enquêtes approfondies sur le problème de l’enfant unique : trop d’interdits, trop de secrets, trop de peur chez les femmes qui n’osent pas parler des contraintes, des menaces et surtout des stérilisations ou des avortements forcés. Or le pouvoir chinois reconnaît sans honte qu’en trente ans 330 millions d’avortements ont été pratiqués…

Enfant unique et sa mère devant un portrait de Mao, tel qu’on le trouve encore dans les familles chinoises. (Tongxin 2006:  (c) Ph Rochot


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Retour sur l’attentat de Nice : des médias s’expliquent… Philippe Rochot

C’est devenu une rengaine : l’opinion n’est guère satisfaite de la couverture médiatique des attentats en France. Comme il est difficile d’expliquer ce sentiment par le simple « syndrome du messager » qui consiste à rendre responsable le porteur de mauvaises nouvelles, l’université « Paris 2 » sous la direction du sociologue des médias Jean-Marie Charon organisait ce mardi 20 septembre un colloque sur le thème : « le traitement médiatique de l’attentat du 14 juillet à Nice ».

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Un mot d’ordre: ne pas montrer les corps, sauf s’ils sont recouverts: « pas de sang, pas de cadavres… ». (Photo du site l’express.fr)

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Strasbourg et la « Grand Messe » du Dalai Lama… Philippe Rochot.

(Photographies (c) Philippe Rochot)

Le Zénith de Strasbourg peut accueillir près de 9000 personnes. Il était plein en ce dimanche 18 septembre pour l’enseignement du Dalai Lama intitulé: « Une éthique au delà des religions »…Il faut encore y ajouter plusieurs centaines d’admirateurs assis par terre. En position du lotus bien sûr: des moines, des nonnes, des jeunes, des retraités récitant quelques mantras les yeux clos, des fidèles en sandales avec sacs de toile jaune en bandoulière et coussinets brodés venus du Népal ou des régions tibétaines.

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Je compte dix fois plus d’occidentaux que de croyants d’origine asiatique. C’est dire ! Miguel par exemple avec ses 45 ans. Il est venu spécialement de Barcelone pour suivre l’enseignement du Dalai Lama. Il a même acheté le livre des citations du sage indien Nagarjuna. Il se dit peu pratiquant mais fasciné par la pensée bouddhiste. Il a contracté le virus lors d’un voyage touristique au Bhoutan et depuis il s’efforce de suivre toutes les activités qui tournent autour de la secte des « bonnets jaunes »… Il se plaint en constatant que le saint homme ne vient jamais en Espagne.

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Le tibétain, langue d’avenir ? En suivant le Dalai Lama…Philippe Rochot.

C’est une réalité, le Dalaï Lama aime parler l’anglais et montrer ainsi son ouverture au monde. Il se plait à utiliser cette langue de communication internationale que lui avait enseignée Heinrich Harrer dans les salles sombres du Potala, la résidence des Dalaï Lamas à Lhassa, durant les sept années que l’alpiniste autrichien passa au Tibet. Mais malgré un exil de plus d’un demi-siècle, le Dalaï Lama est loin d’avoir oublié le tibétain et se place en défenseur de cette langue, comme un élément de préservation de la culture tibétaine quelque peu malmenée par le pouvoir chinois.

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Le DL durant l’audience accordée à la communauté tibétaine d’Europe au Palais des Congrès à Paris. (13 sept 2016: Ph Rochot)

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« Je voudrais être le dernier Dalaï Lama ». Rencontre avec le chef spirituel tibétain… Philippe Rochot.

(Photographies (c) Philippe Rochot)

L’ironie et la dérision n’ont jamais été absentes de la pensée du Dalaï Lama. Quand on lui pose l’éternelle question sur sa succession il répond que s’il est le dernier Dalaï Lama il en sera content car il terminera sa mission en beauté avec une popularité jamais démentie.

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Malgré ses 81 ans, l’homme ne parait guère inquiet pour sa succession, moins que le pouvoir chinois en tout cas: « le peuple tibétain décidera répète-t-il à longueur d’entretiens ; de toute façon je me suis retiré de la vie politique en 2001, puis définitivement en 2011 ».

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Il faut vraiment savoir que le Dalaï Lama réside dans ce grand hôtel parisien voisin de la place Vendôme pour le rencontrer. Pas de drapeau tibétain à l’entrée, aucune indication dans le hall. La consigne est de ne pas le demander mais simplement chercher la direction de la salle où il reçoit une dizaine de journalistes, dont votre serviteur.

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