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Philippe Rochot… Reportages pour mémoire…

Trésors du Tibet d’Alexandra David-Neel (musée Guimet)… Philippe Rochot

Alexandra David-Neel: Calcutta Après  son retour du Tibet. 1923 (c) Maison Alexandra DN.
Elle rapporta de ses voyages des malles entières de souvenirs, d’écrits, d’objets de culte, mobilisant les chancelleries étrangères des pays traversés pour acheminer tout cela vers la France. Ces trésors se retrouvent aujourd’hui dans sa maison de Digne-Les-Bains dans les Alpes du sud mais aussi au musée Guimet à Paris, exposés jusqu’au printemps : manuscrits en tibétain, peintures et masques de danse, photos, lettres privées, tangkas richement décorés etc…

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Masque Cham (Musée Guimet.

Alexandra David-Neel était attachée à ce « temple des arts asiatiques » où se côtoient les bas-reliefs des édifices cambodgiens, les masques japonais, les bouddhas indiens ou les moulins à prière tibétains en une sorte de musée imaginaire tel qu’André Malraux l’avait rêvé. Là est née sa vocation pour les peuples du toit du monde. Elle appréciait surtout la bibliothèque avec «son étonnante atmosphère créée par les multiples effigies des Dieux et des Sages de l’Orient, ces « vibrations » abondantes qui émanaient non seulement des statues impassibles en apparence mais aussi des centaines d’objets ayant servi à la célébration de cultes divers.»

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Alexandra David-Neel et le lama Yongden qui deviendra son fils adoptif. (c) Maison ADN

Une aventurière qui renouvelle son passeport à l’âge de cent ans a droit au respect. C’est le cas d’Alexandra David-Neel. Elle souffrait de rhumatismes aigus qui l’obligeaient à « marcher avec ses bras » comme elle aimait le dire mais elle éprouvait encore, après un siècle de vie, le besoin de préparer en permanence des itinéraires vers l’orient. Un siècle bien rempli où elle fut successivement chanteuse d’opéra, anarchiste, féministe, orientaliste, tibétologue, exploratrice, journaliste, écrivaine et trempa même dans la franc-maçonnerie. Mais le monde a surtout retenu son expérience exceptionnelle au Tibet.
Alexandra David-Neel fut la première femme occidentale à se rendre dans la ville sainte de Lhassa en 1924, déguisée en mendiante accompagnée de son fils adoptif, le jeune lama Yongden. Elle mettra quatre mois pour atteindre clandestinement la ville sainte, échappant aux pillards et aux mouchards qui avaient repéré la femme blanche. Elle s’est grimé le visage avec de la cendre, elle a enfilé des vêtements de mendiants, elle s’est fabriqué des nattes en poil de yak et enfoncé jusqu’aux yeux sa toque de fourrure traditionnelle. Elle n’ose pas prendre d’appareil photo pour ne pas être repérée en tant qu’étrangère mais sous ses jupes elle cache un pistolet.

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Tibétaines en pélerinage à Lhassa. Alexandra David-Neel s’était habillée comme ces femmes pour pénétrer clandestinement dans la ville sainte. (c) Ph Rochot.

Avec le lama Yongden qui deviendra son fils adoptif ils se fondent dans la foule des pèlerins (ardjopas) qui progressent en se prosternant tous les trois pas et atteignent Lhassa au printemps 1924 pour la fête religieuse du Mönlam. Ils resteront deux mois dans la ville sainte mais Alexandra sera finalement repérée et tous deux seront contraints de prendre la fuite.
Son livre intitulé « Une parisienne à Lhassa » fit sensation à l’époque. Elle avait tant souhaité s’intégrer à la vie des Tibétains, apprendre leur langue, vivre leurs croyances et leurs pratiques qu’on peut la placer aujourd’hui aux côtés des sages bouddhistes dont elle avait suivi l’enseignement.
Comment expliquer pareil itinéraire ? Fillette tourmentée, torturée par les esprits dès l’enfance, Alexandra David-Neel s’infligeait à l’adolescence des tortures, se soumettait aux jeûnes, s’appliquait des recettes puisées dans des biographies de saints ascètes trouvées dans d’obscures bibliothèques. A 21 ans elle se convertissait au bouddhisme. Dans ses voyages en Inde et au Tibet elle s’imposa de rudes épreuves physiques, vivant ainsi plusieurs mois en altitude dans la caverne d’un anachorète sans voir personne, apprenant la méditation mais aussi la technique du Toumo qui permet de mobiliser son énergie afin de produire de la chaleur et résister au froid. Ses méditations et ses recueillements sans fin lui firent sans doute perdre la notion du temps. Malheureuse en couple, elle avait ainsi annoncé à son mari qu’elle partait pour un voyage de dix-huit mois en extrême orient mais elle ne revint qu’après quatorze années passées en Inde, en Chine et au Tibet. Philippe Néel, ingénieur des chemins de fer lui envoyait régulièrement de l’argent et entretint avec elle une correspondance passionnée qu’elle garda dans ses malles poussiéreuses jusqu’à la fin de ses jours. Il eut le mérite de la soutenir dans ses recherches et le lien ne fut jamais rompu malgré les orages qui assombrirent la vie du couple.

04-alexandra-dn-et-sa-caravane-au-tibet-copier-copie2Alexandra David-Neel avec le sultan du Sikkim au col de Tashung: 5100m (c) Maison ADN. 

L’héritage culturel laissé par Alexandra David-Neel se découvrait jusque-là dans sa maison de Digne-les-Bains dans les Alpes du sud où elle passa les dix dernières années de sa vie. Grace à sa « secrétaire-auxiliaire de vie » qui vécut avec elle jusqu’à son dernier souffle, le souvenir demeure. Marie-Madeleine Peyronnet chez qui rien ne disposait à s’intéresser au bouddhisme tibétain fut emportée par la passion de sa patronne et c’est elle après sa mort qui créa ce petit musée de Digne qui a gardé le nom donné par la maitresse des lieux : « Samten Dzong », la forteresse de la méditation. Endroit attachant mais austère sombre et étroit où le visiteur se heurte aux multiples objets rapportés par l’exploratrice : bottes tibétaines, meubles et coffres, masques, tangkas, bonnets, images, lettres et souvenirs de toute sorte. Marie-Madeleine Peyronnet a dirigé ce musée jusqu’à sa retraite en 1995, servant aussi de guide et de gestionnaire mais trop seule pour empêcher les vols discrets de touristes indélicats. « Les gens ne reconnaissent pas qu’ils volent quand ils se font prendre nous confiait-elle avec découragement ; ils disent qu’ils emportent juste un souvenir ».

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La BD d’Alexandra David-Neel.
Cette femme aujourd’hui âgée de 85 ans est devenue le fil conducteur de la bande dessinée : « Une vie avec Alexandra David-Neel » de Fred Campoy et Mathieu Blanchot, qui donne un nouveau souffle à la vie de notre aventurière mais aussi à celle de son assistante-secrétaire, idée que Mme Peyronnet trouva géniale tant elle avait donné de sa personne pour aider cette exploratrice à achever son œuvre mais aussi à la conserver. Des planches de la BD qui s’inspire du livre de son livre « Dix ans avec Alexandra David-Neel » sont exposées à cette rétrospective du musée Guimet.
Un partenariat avec la maison de Digne-Les-Bains où l’aventurière-ethnologue résida jusqu’à sa mort entourée de ses souvenirs, permet donc aujourd’hui au public parisien de découvrir cette femme d’exception, ses voyages fabuleux au pays des neiges, ses souvenirs, mais aussi le message qu’elle nous laisse.
Philippe Rochot

Crédits Photos d’archives: RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) © Michel Urtado
Photo d’ouverture : Maison Alexandra David-Neel © Ville de Digne-les-Bains

Ecouter itv Alexandra David-Neel à France Culture. https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/alexandra-david-neel-le-tibet-tel-que-je-lai-vu

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Trésors du Tibet d’Alexandra David-Neel (musée Guimet)… Philippe Rochot

Alexandra David-Neel avec le sultan du Sikkim (Maison Alexandra David-Neel © Ville de Digne-les-Bains)

Elle rapporta de ses voyages des malles entières de souvenirs, d’écrits, d’objets de culte, mobilisant les chancelleries étrangères des pays traversés pour acheminer tout cela vers la France. Ces trésors se retrouvent aujourd’hui dans sa maison de Digne-Les-Bains dans les Alpes du sud mais aussi au musée Guimet à Paris, exposés jusqu’au printemps : manuscrits en tibétain, peintures et masques de danse, photos, lettres privées, tangkas richement décorés etc…

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Avec son fils adoptif, le lama Yongden.
Alexandra David-Neel était attachée à ce « temples des arts asiatiques » où se côtoient les bas-reliefs des édifices cambodgiens, les masques japonais, les bouddhas indiens ou les moulins à prière tibétains en une sorte de musée imaginaire tel qu’André Malraux l’avait rêvé. Là est née sa vocation pour les peuples du toit du monde. Elle appréciait surtout la bibliothèque avec «son étonnante atmosphère créée par les multiples effigies des Dieux et des Sages de l’Orient, ces « vibrations » abondantes qui émanaient non seulement des statues impassibles en apparence mais aussi des centaines d’objets ayant servi à la célébration de cultes divers.»

Masque de déité terrible pour danse rituelle cham
Masque Cham Paris, musée Guimet – musée national des Arts asiatiques..

Une aventurière qui renouvelle son passeport à l’âge de cent ans a droit au respect. C’est le cas d’Alexandra David-Neel. Elle souffrait de rhumatismes aigus qui l’obligeaient à « marcher avec ses bras » comme elle aimait le dire mais elle éprouvait encore, après un siècle de vie, le besoin de préparer en permanence des itinéraires vers l’orient. Un siècle bien rempli où elle fut successivement chanteuse d’opéra, anarchiste, féministe, orientaliste, tibétologue, exploratrice, journaliste, écrivaine et trempa même dans la franc-maçonnerie. Mais le monde a surtout retenu son expérience exceptionnelle au Tibet.
Alexandra David-Neel fut la première femme occidentale à se rendre dans la ville sainte de Lhassa en 1924, déguisée en mendiante accompagnée de son fils adoptif, le jeune lama Yongden.

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Tibétaines en pélerinage à Lhassa. Alexandra David-Neel s’était habillée comme elles pour entrer clandestinement dans la ville sainte. (2002 Photo Ph Rochot)

Elle mettra quatre mois pour atteindre clandestinement la ville sainte, échappant aux pillards et aux mouchards qui avaient repéré : Photo Ph Rochot.la femme blanche. Elle s’est grimé le visage avec de la cendre, elle a enfilé des vêtements de mendiants, elle s’est fabriqué des nattes en poil de yak et enfoncé jusqu’aux yeux sa toque de fourrure traditionnelle. Elle n’ose pas prendre d’appareil photo pour ne pas être repérée en tant qu’étrangère mais sous ses jupes elle cache un pistolet. Avec le lama Yongden qui deviendra son fils adoptif ils se fondent dans la foule des pèlerins (ardjopas) qui progressent en se prosternant tous les trois pas et atteignent Lhassa au printemps 1924 pour la fête religieuse du Mönlam. Ils resteront deux mois dans la ville sainte mais Alexandra sera finalement repérée et tous deux seront contraints de prendre la fuite.
Son livre intitulé « une parisienne à Lhassa » fit sensation à l’époque. Elle avait tant souhaité s’intégrer à la vie des Tibétains, apprendre leur langue, vivre leurs croyances et leurs pratiques qu’on peut la placer aujourd’hui aux côtés des sages bouddhistes dont elle avait suivi l’enseignement.

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Le Potala, résidence des Dalaï Lama. (2001 Ph Rochot)

Comment expliquer pareil itinéraire ? Fillette tourmentée, torturée par les esprits dès l’enfance, Alexandra David-Neel s’infligeait à l’adolescence des tortures, se soumettait aux jeûnes, s’appliquait des recettes puisées dans des biographies de saints ascètes trouvées dans d’obscures bibliothèques. A 21 ans elle se convertissait au bouddhisme. Dans ses voyages en Inde et au Tibet elle s’imposa de rudes épreuves physiques, vivant ainsi plusieurs mois en altitude dans la caverne d’un anachorète sans voir personne, apprenant la méditation mais aussi la technique du Toumo qui permet de mobiliser son énergie afin de produire de la chaleur et résister au froid. Ses méditations et ses recueillements sans fin lui firent sans doute perdre la notion du temps. Malheureuse en couple, elle avait ainsi annoncé à son mari qu’elle partait pour un voyage de dix-huit mois en extrême orient mais elle ne revint qu’après quatorze années passées en Inde, en Chine et au Tibet. Philippe Néel, ingénieur des chemins de fer lui envoyait régulièrement de l’argent et entretint avec elle une correspondance passionnée qu’elle garda dans ses malles poussiéreuses jusqu’à la fin de ses jours. Il eut le mérite de la soutenir dans ses recherches et le lien ne fut jamais rompu malgré les orages qui assombrirent la vie du couple.

L’héritage culturel laissé par Alexandra David-Neel se découvrait jusque-là dans sa maison de Digne-les-Bains dans les Alpes du sud où elle passa les dix dernières années de sa vie. Grace à sa « secrétaire-auxiliaire de vie » qui vécut avec elle jusqu’à son dernier souffle, le souvenir demeure. Marie-Madeleine Peyronnet chez qui rien ne disposait à s’intéresser au bouddhisme tibétain fut emportée par la passion de sa patronne et c’est elle après sa mort qui créa ce petit musée de Digne qui a gardé le nom donné par la maitresse des lieux : « Samten Dzong », la forteresse de la méditation. Endroit attachant mais austère sombre et étroit où le visiteur se heurte aux multiples objets rapportés par l’exploratrice : bottes tibétaines, meubles et coffres, masques, tangkas, bonnets, images, lettres et souvenirs de toute sorte. Marie-Madeleine Peyronnet a dirigé ce musée jusqu’à sa retraite en 1995, servant aussi de guide et de gestionnaire mais trop seule pour empêcher les vols discrets de touristes indélicats. « Les gens ne reconnaissent pas qu’ils volent quand ils se font prendre nous confiait-elle avec découragement ; ils disent qu’ils emportent juste un souvenir ».

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Les aventures d’Alexandra en BD: un nouveau souffle donné à la mémoire de l’exploratrice.
Cette femme aujourd’hui âgée de 85 ans est devenue le fil conducteur de la bande dessinée : « Une vie avec Alexandra David-Neel » de Fred Campoy et Mathieu Blanchot, qui donne un nouveau souffle à la vie de notre aventurière mais aussi à celle de son assistante-secrétaire, idée que Mme Peyronnet trouva géniale tant elle avait donné de sa personne pour aider cette exploratrice à achever son œuvre mais aussi à la conserver. Des planches de la BD qui s’inspire du livre de son livre « dix ans avec Alexandra David-Neel » sont exposées à cette rétrospective du musée Guimet.
Un partenariat avec la maison de Digne-Les-Bains où l’aventurière-ethnologue résida jusqu’à sa mort entourée de ses souvenirs, permet donc aujourd’hui au public parisien de découvrir cette femme d’exception, ses voyages fabuleux au pays des neiges, ses souvenirs, mais aussi le message qu’elle nous laisse.
Philippe Rochot

Crédits Photos : RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) © Michel Urtado
Photo d’ouverture : Maison Alexandra David-Neel © Ville de Digne-les-Bains

Ecouter itv Alexandra David-Neel à France Culture. https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/alexandra-david-neel-le-tibet-tel-que-je-lai-vu

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De l’Irak aux Philippines, les choix de choc du World Press Photo 2017… Philippe Rochot.

La fuite d’une famille face aux combats qui opposent Daech à l’armée irakienne: photo prise aux environs de Mossoul le 12 novembre 2016 par Serge Ponomarev pour le New York Times.
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Le temps paraît lointain où le World Press primait les ébats d’un couple homosexuel dans un appartement de Moscou… C’était pourtant en 2015 mais ce choix s’était trouvé si contesté que le festival Visa pour l’image avait refusé d’exposer les lauréats comme il le fait chaque année. Aujourd’hui le World Press est rentré dans le rang et prime des photos chocs, du hard news, des images denses au message fort et direct comme la photo de l’assassinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara. Image contestée puisque sa publication a posé aux médias un problème éthique.

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(AP Photo)

Peut-on montrer un homme à terre qui vient d’être froidement exécuté ? Peut-on faire la propagande d’un pseudo-djihadiste criant victoire en brandissant le colt avec lequel il vient d’exécuter sa victime ? La décision du 59ème World Press n’a guère tenu compte de ces critères moraux qui auraient pu polluer son jugement et le prix a été décerné sans états d’âme à l’auteur de l’image… Sans doute faut-il passer outre et se féliciter de voir qu’on récompense aussi le courage et le sang-froid d’un reporter-photographe. Burhan Ozbilic s’était rendu sans enthousiasme au vernissage de cette exposition de photos sur la Russie. La galerie se trouvait à proximité de son bureau et l’ambassadeur russe devait être là. Pourquoi pas un « trombinoscope » avec Alexei Karlov, diplomate de haut rang ? Il aura fallu une parfaite maîtrise de son émotion pour lever son objectif en direction  d’un homme qui venait d’assassiner un ambassadeur et tenait encore l’arme du crime entre ses mains. Mais Burhan a eu cette réflexion très simple: si je ne fais pas d’image, on va me dire: « Ah! Tu étais là-bas et tu n’as pas fait de photos ! « . C’est donc sans hésitations qu’il a éternisé la scène…
Image contestable et contestée. Le président du Jury du World Press, Stuart Franklin ne s’est pas associé au vote et s’en explique: « J’étais fermement opposé à ce que cela devienne la photo de l’année. Il s’en est fallu de peu pour que les discussions tournent en ma faveur. J’ai voté contre. Désolé, Burhan. C’est la photographie d’un meurtre, d’un tueur et d’une victime, vus ensemble dans la même image. Moralement, publier cette image est aussi problématique que de publier une photo de décapitation terroriste. »

world-press-environs-mossoul-buran-ozbilici(c) Laurent Van Der Stockt. Getty reportage pour Le Monde.
Cette année le World Press baigne dans les conflits du moment avec plusieurs photos sur la guerre d’Irak comme celle de Laurent Van Der Stockt pour Le Monde, prise dans un quartier de Mossoul, perquisitionné par les forces spéciales irakiennes et où la peur se lit sur les visages des enfants…
Le jury du World Press n’ pas oublié les événements des Philippines où le président Duterte encourage la population à régler ses comptes avec les trafiquants de drogue. Cas unique au monde où le pouvoir de l’Etat demande aux gens de faire justice eux-mêmes. Et cela donne des images de corps abandonnés dans les rues de Manille comme la photo très suggestive de Daniel Berehulak pour le New York Times qui emporte l’un des seize prix.

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Malgré le vaste choix offert au jury du World Press, nous retombons pourtant dans les clichés traditionnels primés régulièrement par la Fondation, du style « vierge à l’enfant », avec la photo de Paula Bronstein, prise à Kaboul après un attentat montrant une femme en larmes portant un enfant blessé dans ses bras, image qui perpétue la tradition chrétienne dans la création photographique.

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world-press-guerre-rhinos-brent-sirton(c) Brent Stirton: Getty Images/ National geographic.

Au-delà des guerres, sport et nature sont également récompensés à ce 59ème World Press. Brent Sirton qui présentait l’an dernier à Visa ses fabuleuses photos du trafic de l’ivoire dans la brousse africaine, emporte un prix au World Press avec son rhinocéros abattu dont le corps à la corne arrachée se décompose au soleil.

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Et puis cette photo de joueurs de rugby signée Giovanni Capriotti, où s’entremêlent les corps pour la conquête du ballon ovale nous fait oublier les conflits du monde tout comme ce modeste salon de coiffure à Cuba de Tomas Munita qui nous rappelle s’il en était besoin que la misère est sans doute plus douce au soleil.

world-press-photo-2017-cuba-tomas-murita(c) Cuba: Tomas Munita.

world-press-photo-071_francis-pecc81rez-tenerife-canaries(c) Francis Pérez: tortue emprisonnée dans un filet de pêche… Ténériffe.

– Aujourd’hui le World Press est rentré dans le rang et prime des photos chocs, du hard news, des images denses au message fort et direct comme la photo de l’assassinat de l’ambassadeur de Russie à Ankara. I
Philippe Rochot

Du Tibet à Paris : les « offrandes » de Gao Bo (Maison Européenne de la Photo)… Philippe Rochot

C’est d’abord un mantra lancinant qu’on perçoit avant de découvrir ses œuvres. Gao Bo aime utiliser toutes les formes d’expression, visuelles et sonores et le chant bouddhiste en est une. Le Tibet tient une place essentielle dans son travail, depuis le voyage qu’il effectua dans les années 2000 et sa rencontre fascinante avec les populations des hauts-plateaux.

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Dix ans après, l’artiste reprend dans ses « offrandes » ses portraits de Tibétains aux regards sombres, interrogatifs, muets, ces visages couverts d’une étoffe blanche censée protéger les voies respiratoires de la poussière des vents de sable du printemps et de la pollution qui a gagné le pays des neiges. Ces masques, fabriqués en Chine et portés comme des baillons, peuvent apparaître comme des symboles d’oppression, de silence imposé, d’éternel mystère qui entoure la cause tibétaine. Dans cet esprit Gao Bo met en parallèle d’anciens masques de cérémonie tibétains et ces visages couverts de vulgaires protections de toile.

gao-bo-offrandes-mep-7-fevrier-2017-3-copierGao Bo à la Maison européenne de la photo (c ) Ph Rochot.

Dix ans après, tout autre artiste aurait cherché à renouveler l’image en retournant sur place. Gao Bo revient au contraire à sa photo d’origine en lui apportant des éléments personnels de vie, des écrits, des signes, des objets, partant du principe qu’aucune œuvre n’est définitive et qu’elle se transforme avec le temps, tout comme sa vision du monde. Il n’hésite pas ainsi à peindre sur ses tirages, à les crayonner, à répandre de la cire et même à les recouvrir de son propre sang en un geste volontairement iconoclaste. La représentation humaine n’est parfois plus visible mais elle est transcendée et c’est ainsi que l’artiste nous guide à travers sa marche du temps.

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J’ai encore en mémoire les portraits de condamnés à mort que Gao Bo avait présentés dans les années 2000 aux rencontres d’Arles : visages immenses de douze hommes voués à la peine capitale, parfois les yeux ouverts sur un fond noir, parfois les yeux fermés sur un fond blanc, accrochés à l’envers comme si déjà ils n’appartenaient plus à notre monde. Gao Bo a pu parler à ces condamnés juste avant leur exécution et même leur serrer la main. Dans un geste de défi face au destin, il va jusqu’à bruler leur image pour en récolter les cendres : geste violent, tentative d’éliminer toute trace de la mort d’un homme tué de la main d’un autre homme, défi lancé à sa propre création mais qui nous projette vers une forme d’éternité.

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Le commissaire de l’exposition François Tamisier écrit à ce sujet : « Aussitôt faite la prise de vue, Gao Bo s’acharne à la transformer, à y inscrire sa peinture. Ratures, griffes, coulures, l’image iconique humaine se floute jusqu’à disparaître. Puis les mots envahissent l’image libérée de sa représentation, mêlant interrogation et réalité ultime. »

 Le souvenir de la révolution culturelle, de ses tribunaux populaires et de ses exécutions publiques auxquelles il était contraint d’assister a souvent hanté l’artiste, tout comme la mort brutale de sa mère qui s’est jetée sous un train devant ses yeux alors qu’il avait huit ans. « Je voulais retrouver mes souvenirs d’enfance » dit-il très simplement. Au-delà de l’image il écrit sur le mur la légende de son œuvre dédiée à celle qui lui a donné la vie, morte à l’âge de trente ans: « Pour ma mère qui nous a quittés trop tôt ». L’existence misérable de cette femme est représentée par une souche d’arbre éclatée devant laquelle il a déposé un coussin blanc ensanglanté : fissures, déchirements, horreurs d’un drame impossible à oublier.

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Que peut-il bien rester dans la tête d’un homme qui a vécu son enfance dans les crimes, la misère et les drames familiaux engendrés par la révolution culturelle ? La tourmente mais aussi le désir de quiétude qu’il va trouver dans les monastères tibétains ou même dans la mort. Des œuvres exposées à la Maison Européenne, je retiendrai encore celle-ci intitulée « l’autre rive » où de fragiles barques de bois lestées de pierres tombales, conduisent vers des visages aux yeux exorbités.

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Gao BO attribue un rôle essentiel à la matière qu’il utilise pour réaliser ses œuvres. Il faut voir l’artiste dans son atelier de la banlieue de Pékin, en blouse ou en tablier, pétrir de ses mains cette matière qui va prendre forme afin de nous prouver qu’elle est indissociable de la création artistique. Car à ses yeux, il n’y a pas d’un côté l’œuvre d’art et de l’autre la matière. La matière participe à la création. « La matière est un sujet en soi » nous dit-il.

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Gao Bo dans son atelier en banlieue de Pékin. (c) Bostudio.

Ses portraits de condamnés à mort ou de Tibétains dépassent deux fois la taille d’un homme: œuvres monumentales, forcément monumentales, réalisées à la chambre grand format et qui ne trouvent leur place que dans les vastes ateliers de l’artiste, dans cette atmosphère brumeuse et paisible de la banlieue de Pékin. Ses œuvres sont à la taille de « l’offrande » qu’il veut faire: « offrande au peuple du Tibet, offrande au Mandala, offrande aux figures disparues, offrande à ma mère… » Ces portraits se retrouvent enfin sur des pierres éparpillées, incrustés dans la roche, dans le caillou, proches de la terre. Ces visages vont ainsi du géant à l’infiniment petit, comme s’il était impossible de les situer dans la dimension de l’univers.

Il serait déplacé, vulgaire de vouloir comparer l’œuvre de Gao Bo à celle des artistes chinois contemporains qui jouent sur la provocation comme Aï Weiwei. Dans le monde de l’art chinois, Gao Bo apparaît bien comme un cas d’école unique.

Philippe Rochot

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Syrie, Somalie, Yemen, Iran… Les pays maudits de Donald Trump représentés à la Maison des Journalistes… Philippe Rochot

Mana, journaliste afghane en exil à Paris. (c) Ph Rochot)

Au moment où Donald Trump signait son décret anti-immigration, la Maison des Journalistes à Paris se félicitait par la voix de son président Christian Auboynau, d’accueillir des citoyens des nations bannies par les nouvelles mesures anti-terroristes de l’administration américaine : des Syriens, des Yéménites, des Soudanais, des Libyens, des Iraniens, autant de journalistes de pays en guerre qui ont fui les combats, les dictatures, les menaces ou les fatwas dirigées contre les médias. Ces hommes et ces femmes qui seraient suspects aux yeux de la maison blanche sont ici les bienvenus.

maison-journalistes-wb-reza-hidalgo-1Reza, figure des photographes exilés et parrain de la Maison des journalistes. (Ph Rochot)

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La femme voilée du drapeau US : provoc ou génie de l’artiste Shepard Fairey ? Philippe Rochot.

Le portrait de cette femme couverte d’un voile composé du drapeau américain a circulé dans les rues de Washington durant la marche hostile à Donald Trump du 21 janvier. On l’a vu aussi le même jour dans les rues de Paris lors de la manifestation contre le nouveau locataire de la Maison blanche. L’affiche est destinée à lui rappeler que les musulmans font aussi partie du peuple américain. On pourra certes lui reprocher d’avoir symbolisé l’islam par le voile, mais le message est fort.

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Paris 21 janvier 2017 : Esplanade du Champ-de-Mars…Manif anti-Trump. (Ph.Rochot)

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Chine : mirages et fantasmes sur la nouvelle route de la soie… Philippe Rochot

Urumqi, capitale du Xinjiang, peuplée de 90%de Hans (l’ethnie majoritaire en Chine). « Carrefour et KFC » devant la grande mosquée… (P. Rochot)

Le seul nom de « route de la soie » a de quoi faire rêver. On y sent l’odeur des épices, celle du cuir usé des selles de chameaux et la douceur des soieries. En baptisant ainsi la nouvelle ceinture économique destinée à enserrer l’Asie centrale dans un carcan économique, la Chine a misé juste. Mais la nouvelle route de la soie qui se dessine ne sera pas parcourue par des caravanes, ne passera pas par les pistes chamelières et transportera bien d’autres choses que des étoffes. C’est toute la technologie chinoise qui continuera de pénétrer sur notre vieux continent.

l-xinjiang-karakolMosquée à Yarkan: Xinjiang. (PR)

Car le maître du jeu sera bien l’Empire rouge qui se détourne des nations du Pacifique et s’oriente un peu plus vers l’Europe dans ses nouveaux choix économiques et stratégiques. Dans son livre intitulé « la gouvernance de la Chine » Xi Jinping définit clairement ses intentions : « Nous devons construire un pont de croissance et de prospérité qui reliera les deux grands marchés chinois et européens afin de réaliser le grandiose objectif d’élever le montant du commerce bilatéral à mille milliards de dollars en 2020 ». Le N°1 chinois a lancé ce projet en 2013 à l’occasion d’une visite officielle au Kazakhstan.

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Xi Jinping parmi les Ouighours du Xinjiang: 2014.

Les nations d’Asie centrale par l’odeur du yuan alléchées, ont toutes adhéré à ce projet de « nouvelle route de la soie ». Il concerne à présent soixante-cinq pays d’Asie et d’Europe qui ont accepté de renouer avec cet itinéraire mythique. Et il est étonnant de voir qu’à l’heure du repli de l’Amérique de Trump et du Brexit britannique, c’est un leader de la Chine communiste qui plaide pour le libéralisme, l’ouverture économique et la mondialisation…

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« La vallée des loups » ou le rêve achevé de Jean-Michel Bertrand (film)… Philippe Rochot

Des jeunes loups qui se roulent dans l’herbe, une louve qui brave le regard du montagnard et puis la meute qui regagne à la hâte sa tanière. Le rêve de Jean-Michel Bertrand était d’approcher les loups dont il venait de découvrir l’existence dans sa région natale du Champsaur : un rêve réalisé mais à quel prix. Avec son film « la vallée des loups » tourné au cœur des Alpes, il nous fait vivre sa quête incessante de l’animal, comme une obsession.

Jean-Michel Bertrand
Jean-Michel Bertrand

Car le loup est bien là. Il est revenu dans nos montagnes depuis deux décennies en provenance des Alpes italiennes. Il est présent dans une quinzaine de départements français, accueilli soit comme un prédateur par les éleveurs, au même titre que l’ours dans les Pyrénées soit comme une richesse par les amoureux de la nature…
A force de persévérance, de passion, de curiosité et de volonté, Jean-Michel Bertrand a pu les observer et même s’intégrer à leur univers. Le témoignage qu’il nous livre a quelque chose de captivant. Il a fallu trois ans à ce montagnard tranquille des Hautes-Alpes âgé de 57 ans pour découvrir leur territoire, leur tanière, leur terrain de jeu, leurs sentiers de déplacement, leurs habitudes, leurs proies.

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Gilles Jacquier mort en Syrie : nouvel hommage mais enquête dans l’impasse. Philippe Rochot.

Paris XIème, 50 rue de Charonne, l’esplanade Gilles Jacquier. (Ph Rochot)

A l’heure où les journalistes sont régulièrement montrés du doigt et les médias sous le feu constant de la critique il est rassurant de voir que l’on rend hommage à des reporters qui ont payé de leur vie leur volonté de nous informer sur les conflits du monde. Gilles Jacquier faisait partie de ceux-là, tombé caméra au poing le 11 janvier 2012 lors du bombardement d’un quartier alaouite de Homs (Akrama el Jedida) contrôlé par les forces de Bachar el Assad. Cinq ans après, le mystère demeure encore sur les circonstances exactes de sa mort.

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D’emblée les rebelles ont été désignés comme responsables. Ils auraient dit-on repéré le convoi de voitures et tiré sans savoir qu’il s’agissait d’un groupe de journalistes. Une source « proche du dossier » au ministère français de la défense et citée par le Figaro affirme même dès le début: «Les analyses balistiques et les renseignements recueillis sur place par nos sources juste après le drame indiquent que Gilles Jacquier a été tué d’un tir d’obus de mortier de 81 mm venu d’un quartier sunnite rebelle ».

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