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Philippe Rochot… Reportages pour mémoire…

« Mieux informer les gens pour les rendre plus tolérants »: le dernier message d’Henri de Turenne… Ph. Rochot

(Henri de Turenne: 2014. Photo Alain Louyot.)

Bien peu de journalistes peuvent aujourd’hui prétendre avoir été témoins de cette guerre de Corée qui fit plus de 500 000 morts. Henri de Turenne fait partie de ceux là. Il a même vu tomber sur le front coréen une vingtaine de ses confrères. Son témoignage lui valut le prestigieux Prix Albert Londres en 1951 pour un reportage publié dans la Figaro, alors qu’il était envoyé sur cette péninsule déchirée, par l’Agence France Presse.

Hen de turenne le figaro.fr

Henri de Turenne avait commencé sa carrière dans la presse écrite mais avait rapidement constaté que la télévision allait devancer les médias traditionnels: « Pour moi la télévision, c’était atteindre le plus grand nombre, mieux informer les gens pour les rendre plus tolérants. On se sentait vraiment une vocation, un peu comme des profs » aimait-il dire. C’est donc la télé qui permettra à Henri de Turenne de nous livrer ses témoignages de journaliste sur le monde en guerre, de l’Indochine à l’Afrique.

Henri de turenne france culture

J’ai côtoyé ce témoin de son temps à l’occasion des délibérations du jury Albert Londres. Il ne parlait pas fort; on sentait l’homme fatigué mais l’esprit toujours vif. L’assemblée se taisait quand il commençait à porter un jugement sur un reportage. A ceux qui estimaient qu’à plus de 90 ans un journaliste n’avait plus sa place dans un jury, il était facile de répondre que son opinion sur les reportages apportait au contraire un regard différent, jamais conformiste, toujours détaché du formatage qui menace plus que jamais le traitement des grands sujets d’actualité.

On doit à Henri de Turenne la création du prix audiovisuel au sein du prix Albert Londres en 1985, (un prix qui fut attribué à Christophe de Ponfilly pour ses reportages sur l’Afghanistan.)

A l’heure où les médias sont plus que jamais exposés à la critique et aux positions complotistes, il est réconfortant de nous rappeler ce que fut la carrière d’Henri de Turenne. Il n’a jamais voulu dit-on écrire ses mémoires, préférant survoler son passé comme s’il n’avait pas d’importance, afin de privilégier celui des autres.

En 2013, il avait fallu le convaincre de nous présenter ses reportages sur la guerre d’Indochine. Il n’en voyait pas la nécessité: trop effacé, trop modeste. C’est pourtant sur les conflits du monde qu’il nous apporte les témoignages les plus précieux. Il faut bien sûr citer « les grandes batailles du passé, série d’émissions historiques réalisées avec Daniel Costelle, qui resteront gravées dans nos mémoires.

Henri de turenne géopolis

Cette passion des conflits du monde fut elle un héritage de ce père courageux, Arnaud de Turenne, pilote de l’armée de l’air qui s’illustra durant la première guerre mondiale ou le simple besoin de nous informer sur la détresse des hommes ? Il voulait disait-il « expliquer leur passé aux Français » comme il l’a confié à Anne Chaon de la société des auteurs multimédias (SCAM) en ajoutant ceci: « Mon père a fait les deux guerres, moi je suis arrivé trop tard. Il s’est engagé, jeune homme, mais c’est Hitlerqui est arrivé trop vite ».

Turenne avait réussi contre toute attente à réaliser une interview avec le pilote qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima. Mais le scoop n’était pas sa vocation. Il préférait le témoignage en profondeur.

Le reporter et écrivain-voyageur Olivier Weber se rappelle de son humour, « un humour malicieux malgré une déconvenue lorsqu’il couvrait de violentes manifestations à Djibouti entre les forces gouvernementales et l’opposition et qu’il lui fallait « faire court » en raison des pages du tiercé dont le résultat n’allait pas tarder à tomber, à 6000 km de là.  »

La présidente du Prix Albert Londres Annick Cojean redoutait cette nouvelle qui endeuille aujourd’hui le monde du reportage: « Il aurait eu 95 ans en novembre prochain dit-elle. Son pas s’était ralenti, son dos un peu courbé, et les rides avaient creusé un peu plus son beau visage au cours des derniers mois… Il était fougueux, impétueux, enflammé. Il n’aimait rien tant que l’audace en matière de journalisme, en écriture, en attitude, en choix de sujets. Il détestait les conventions, le formatage et tout ce qui pouvait brimer la liberté, l’imagination, l’innovation et… l’aventure. »

Jean-Claude Guillebaud, président du prix Bayeux des correspondants de guerre nous écrit:  » c’était le plus jeune d’entre nous, le plus courtois, le plus perspicace. Il avait commencé sa carrière, m’avait-il raconté, comme correspondant de presse à Berlin, juste après la capitulation du Reich. Dans Berlin en ruine, il restait cent mille cadavres sous les décombres. »

Que vont retenir les médias de la disparition d’Henri de Turenne? Sur les réseaux sociaux, ce nom signifie t-il encore quelque chose ? Sans doute faut-il retenir le bref message de Jean-Paul Mari, grand reporter qui nous livre le mot de la fin: « Vivant il était une référence, mort il le restera ».

Philippe Rochot

 

Liban 40 ans déjà: la chute du camp palestinien de Tel al-Zaatar: Philippe Rochot

De la « colline du thym » à Sabra-Chatila, des massacres à l’impact bien différent. (Camp de Tel al-Zaatar après l’assaut: © Ph Rochot.)

          Le quarantième anniversaire de la chute du camp palesinien de Tel al-Zaatar qui fit près de 2000 morts en août 1976 est passé inaperçu. Qui se souvient encore que le siège de cette enclave de 50 000 habitants en secteur libanais chrétien, à l’est de Beyrouth a duré près de deux mois pour se conclure par un massacre de grande ampleur ? Encerclé, bombardé par les Phalangistes et les «  Gardiens du Cèdre  », le camp palestinien est tombé le 12 août 1976. Les combattants libanais n’ont pas fait de cadeaux. Il s’agissait pour eux d’éliminer un repère de fedayines qui s’était transformé en «  Etat dans l’Etat  » et dont le contrôle échappait aux autorités. Le monde s’est ému durant quelques jours du sort réservé aux combattants et aux populations palestiniennes qui vivaient là, mais les larmes ont rapidement séché.

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Béchir Gemayel : discours sur les ruines du camp de Tell Zaatar : sept 1976. © Ph Rochot.

Très différente sera la réaction internationale lors des massacres dans les camps palestiniens de Sabra-Chatila du 16 au 18 septembre 1982, alors que le nombre de victimes est sensiblement le même : 2000 morts. Il s’gissait pourtant du même type d’acteurs: extrémistes phalangistes conduisant une opération de représailles contre les Palestiniens. Mais cette fois les deux camps étaient encerclés par l’armée isrélienne dans le cadre de l’opération «  Paix en Gailée  » qui avait débuté en juin 1982. Les hommes d’Elie Hobeika malgré la présence de Tsahal entendaient venger l’assassinat de leur chef Béchir Gemayel, élu président de la République et décédé deux jours plus tôt dans un attentat. Cette fois-ci, la passivité de l’armée israélienne va décupler l’impact du massacre sur la scène internationale. L’Etat hébreu est montré du doigt. La presse arabe et internationale s’emparent de l’affaire qui tiendra la «  Une  » durant plusieurs mois. A tel point qu’ Israël est contraint de créer une commission d’enquête pour faire la lumière sur le rôle de son armée lors de ces massacres.

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Valse Béchir Ari Folman 2008

Affiche du film de Ari Folman, « Valse avec Béchir » (2008), remarquable expression du traumatisme israélien après les massacres de Sabra-Chatila de septembre 1982..

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En février 1983, la commission dirigée par le juge Kahané confirme la culpabilité des milices chrétiennes libanaises, et reconnaît que Ariel Sharon, ministre de la défense est indirectement responsable de cette tragédie pour n’avoir pas prévu les conséquences de l’entrée des Phalangistes dans les camps palestiniens de Sabra-Chatila. Israël est donc impliqué dans un massacre défini comme génocide par l’assemblée générale des nations unies : du pain béni pour les ennemis de l’Etat hébreu. La commission Kahané a jugé utile de rappeler que d’autres massacres plus importants ont eu lieu dans le conflit du Liban qui n’ont guère ému la communauté internationale, allusion précise au massacre de Tel al-Zaatar de 1976, mais les juges n’ont pas reconnu ces faits comme circonstance atténuante .

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Camps de Sabra-Chatila bombardés par les milices chiites du mouvement « Amal ». Mars 1985 : © Ph Rochot.

Tois ans après la tuerie de Sabra-Chatila en 1982, cette remarque va se vérifier une nouvelle fois. Les milices chiites du mouvement Amal attaquent ces mêmes camps au printemps 1985, faisant encore plusieurs centaines de morts. L’objectif est d’empêcher les milices palestiniennes de se réinstaller à Beyrouth-ouest. Les bombardements sont très meurtriers et votre serviteur peut en témoigner. Ce nouveau volet de la guerre du Liban va durer plus d’un an mais intéressera peu les médias occidentaux qui considèrent que l’affaire est purement libano-libanaise et ne mérite pas même qu’on en cite les victimes… Puis nous asisterons à d’autres formes d’offensives, comme celle de Tsahal contre le Hamas à Gaza en juillet 2014 qui fera plus d’un millier de morts. Cette fois-ci l’événement sera suivi au jour le jour par la presse internationale en raison de l’implication directe d’Israël. Ainsi, suivant les acteurs en place et en action, suivant l’identité des populations touchées, les massacres n’ont pas le même impact à travers le monde.

Philippe Rochot

 

 

 

Steve McCurry à Turin: au-delà des manipulations d’images…Philippe Rochot

Il aura suffi que le célèbre photographe américain Steve McCurry laisse « traîner un morceau de jambe » et un reste de poteau de signalisation sur une photo de rue à Cuba pour que le monde de la photo découvre les manipulations opérées par l’un des plus grands photoreporters de l’agence Magnum et du National Geographic.

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L’expo de Steve Mc Curry à la Venaria reale (Turin) (Ph Rochot)

Le « Photoshopage » était grossier, offensant, évident et pourtant il a fallu attendre que les 250 images de la grande expo consacrée à Steve McCurry au palais « Venaria reale » près de Turin soient accrochées pour qu’on s’aperçoive de la supercherie. Les organisateurs et le commissaire de l’expo n’y avaient vu que du feu…Pour les spécialistes, c’est un secret de polichinelle. McCurry corrige et trafique régulièrement ses images. Il a largement montré ses méthodes au cours de ces dernières années : personnages effacés, disparus, gommés, couleurs saturées à l’excès. L’homme n’aime pas que les autres percent ses secrets mais ne renie pas ses méthodes. Il s’en est expliqué sur le blog photos du quotidien « La Repubblica ».
« Aujourd’hui, je définirais mon travail comme une narration visuelle…La plupart de mes travaux récents ont été réalisés pour mon propre plaisir dans des lieux que j’avais envie de visiter pour satisfaire ma curiosité sur les gens et la culture. Mon travail à Cuba, par exemple, a été fait au cours de quatre voyages personnels. ».

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Steve McCurry tient donc à distinguer d’un côté son travail de photoreporter pour lequel il ne pratiquerait aucune retouche et de l’autre sa démarche personnelle où il s’autorise un traitement d’image. Il se définit à présent comme un « storyteller », un raconteur d’histoires, non plus un photojournaliste…Et il ajoute : « je ne fais plus un travail de news, je ne cherche pas à donner des informations sur un lieu, je ne prétends pas vous faire comprendre comment est Cuba aujourd’hui, comment vivent les gens dans cette société, je n’ai pas ces contraintes. » Et l’homme de botter en touche en disant que la manip sur la photo de Cuba a été faite sans son accord.

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McCurry est devenu un conteur, un artiste, un créateur, un metteur en images de la vie. Quand il photographie l’effondrement des tours jumelles à New York le 11 septembre 2001 il va sublimer la scène, en forcer encore les aspects dramatiques, donner une puissance supplémentaire à son image. C’est son choix, sa liberté de création, l’événement brut n’étant pour lui qu’une base de travail et d’inspiration.

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A l’expo de Turin, sous les voûtes immenses de l’Orangerie de l’ancien palais royal de Venaria à dix km de la cité, l’affaire paraît oubliée, les manipulations existantes écartées. Les visiteurs ne se posent apparemment pas la question. Steve McCury continue de séduire. Il n’a pas oublié de reprendre l’image qui a fait sa réputation : celle de Sharbat Gula, la jeune afghane aux yeux verts fascinants. Le poids des années n’a pas atténué la puissance de son regard, mais les difficultés de la vie dans les camps de réfugiés, ses nombreuses maternités, l’exode, ont fait vieillir la femme prématurément. Du premier portrait réalisé en 1984, au visage retrouvé en 2002, seuls les yeux nous permettent de reconnaître Sharbat Gula. C’est bien elle mais il est choquant d’apprendre que pour s’en assurer, Steve McCurry et la rédaction du National Geographic ont fait appel à des experts du FBI.

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Ces spécialistes ont ainsi examiné  au microscope le portrait de l’Afghane comme celui d’une vulgaire criminelle afin d’apporter la preuve incontestable que la prestigieuse revue et le célèbre photographe avaient retrouvé sa trace 17 ans après… Le photographe s’en tire en disant qu’elle représente le destin de tous les réfugiés du monde et qu’il fallait suivre sa trace à travers le temps.

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L’expo nous rappelle aussi que Steve McCurry a couvert l’Afghanistan avant et pendant l’occupation soviétique. Il rétablit dans nos mémoires ses superbes visages de moudjahidines en position dans les montagnes et même le portrait de feu le commandant Massoud, en état de saturation avancé des couleurs mais bien réel quand-même…
Le public de Turin conserve son entière admiration pour le travail de Steve McCurry, s’attachant surtout au message qu’il transporte, à sa passion sans limite pour les autres cultures, les terres en conflit, les rebelles, les petites gens, les enfants des rues. Et là les manipulations semblent sans importance tant l’image transmise est surprenante et fascinante ; les personnages rencontrés font tout oublier..
Philippe Rochot
Le Monde de Steve McCurry : Venaria reale, 10 km de Turin, jusqu’au 25 septembre 2016. Semaine : de 10h à 15h. WE : 10h à 18h. Fermé le lundi. Entrée plein tarif : 14 euros.

De Nice à Mossoul, la France en première ligne face à Daech. Philippe Rochot.

Comment rassurer les Français après l’attentat de Nice ? Depuis le 14 juillet le gouvernement proclame haut et fort que la riposte contre Daech continue sur le terrain, que des positions autour de Mossoul ou de Rakka ont été bombardées et que les frontières de l’Etat islamique diminuent comme peau de chagrin. « Nous frappons Daech tous les jours » affirme Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense qui parle de « pousser l’offensive jusqu’au bout ».

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Jean-Yves Le Drian et les troupes françaises engagées dans la lutte contre Daech.

Ce repli n’entame pourtant guère la détermination du groupe terroriste. Il n’a pas besoin de territoire pour lutter contre l’occident et les mécréants, juste quelques repères, quelques bases, quelques cellules et surtout alimenter sa propagande sur le Net qui attire tant de volontaires de par le monde et en particulier en France. Dans ces conditions les frappes de la coalition ne sont guère efficaces et nous rendent particulièrement vulnérables.

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Le territoire de Daech…

Dès le début, la France a voulu se placer en première ligne sur le front irako-syrien. En 2013, François Hollande était prêt à frapper des sites tenus par les forces de Bachar el Assad en représaille à l’utilisation de l’arme chimique par l’armée syrienne dans la Ghouta de Damas. Sauf que le président français a été lâché par Barack Obama qui n’a pas voulu lancer l’Amérique dans pareille aventure militaire : trop risqué, trop impopulaire. Nous avons donc à notre tour renoncé. Sans doute faut-il s’en féliciter. Mais aussi s’en inquiéter tant la politique de défense de notre pays dépend à ce point du Palais de l’Elysée. De par notre constitution, la puissance militaire française est pratiquement entre les mains d’un seul homme. Le président de la république et donc le chef des armées dispose d’un vaste pouvoir pour envoyer la troupe sur une terre de conflit.

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Sarkozy et Cameron en Libye; une intervention qui a fait perdre du credit a la France sur la scène internationale.

On l’a vu en 2011 avec l’intervention en Libye, présentée par Nicolas Sarkozy comme une opération de protection d’un peuple menacé et qui s’est transformée en traque contre le colonel Kadhafi afin d’éliminer un chef d’Etat étranger devenu encombrant. Pareille opération nous a fait perdre notre crédibilité sur la scène internationale.
L’intervention de la France au Mali lancée par François Hollande en accord avec Bamako pour arrêter les colonnes de combattants proches de « El Qaïda au Maghreb islamique » descendant vers le sud en janvier 2013 était sans doute justifiée. Il y avait déjà des attentats anti-Français, des prises d’otages de Français au Sahel mais nous sommes devenus une cible toute désignée par les mouvements terroristes qui se partagent la zone entre le sud algérien, le nord du Mali et l’ouest du Niger. Le sentiment d’hostilité face à l’ancien colonisateur que nous representons pour ces groupes a fait le reste.

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Intervention de la France au Mali en janvier 2013; (image ECPAD)

En 2003, la France avait choisi avec raison de ne pas intervenir en Irak aux côtés des armées américaines et britanniques dont l’objectif était de renverser Saddam Hussein. Cette attitude fut appréciée du monde arabe qui avait pu juger la légèreté de l’administration Bush dont la politique provoqua l’éclatement de la nation irakienne. La campagne militaire américano-britannique a largement contribué à la naissance de Daech, vécue comme un sursaut, une révolte contre une injustice. Mais les partisans du groupe terroriste ont la mémoire courte et ne savent pas gré à la France d’avoir refusé de participer à cette aventure militaire. Aujourd’hui au contraire, notre alliance avec les Etats-Unis dans la coalition dirigée contre Daech nous place en première ligne et nous en payons le prix.

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Nice 16 juillet 2016. l’hommage aux victimes sur la Promenade des  Anglais.

Il serait facile d’en conclure qu’il ne fallait pas intervenir en Irak ou en Syrie mais je suppose que la question a été vue et revue dans nos Etats-majors, que les conséquences et les risques ont été évalués, analysés, calculés. Je me demande pourtant ce que peut faire le « Charles de Gaulle » dans une guerre de cette dimension ? Le combat contre Daech n’est pas sur le terrain des opérations militaires. Il est dans les têtes. Il doit être traité comme un mal tenace qui touche les esprits faibles et vulnérables, les exclus, les délinquants petits et grands, ceux qui veulent se redonner quelques valeurs morales en détournant des valeurs religieuses, un mal qui les transforme en quelques jours ou quelques mois en meurtriers, en assassins, en chauffeurs fous. Il est clair que la solution pour éliminer Daech ne passera pas uniquement par les armes.
Philippe Rochot.com/

John Cantlie et le jeu diabolique de Daech… Philippe Rochot.

L’attentat de Nice nous a fait tourner un peu vite la page de la tragedie vécue par John Cantlie, otage britannique entre les mains de Daech depuis plus de trois ans. Le journaliste qui continue de jouer son rôle « d’envoyé spécial » de l’Etat islamique apparait très diminué dans une vidéo enregistrée devant les dégâts provoqués par les bombardements de la coalition à l’université de Mossoul.

Cantlie juillet 2016 Mossoul

John Cantlie a du mal à marcher alors qu’il réalise un « plateau » en mouvement devant l’université de Mossoul.(image Daech)

Les Britanniques n’aiment pas traiter avec les preneurs d’otages. C’est là leur moindre défaut. Un otage capturé perturbe le jeu international et la politique du pays, diffuse des vidéos dérangeantes sous la pression des ravisseurs, entraîne la création de comités de soutien, provoque des manifestations ou des campagnes de pétitions nuisibles à l’intérêt supérieur de la nation. L’otage britannique John Cantlie en fait sans doute l’amère expérience. Voilà plus de trois ans qu’il est entre les mains de Daech. Il a partagé la détention d’otages français comme celle des journalistes Nicolas Hénin et Didier François. Il les a vus partir après huit mois de captivité mais il est resté détenu par des ravisseurs au comportement imprévisible et pervers.
Les hommes de Daech ont utilisé dès le début les qualités professionnelles de Cantlie pour le présenter comme l’envoyé spécial de l’Etat islamique sur le front du Jihad. Déjà huit vidéos de propagande à son actif où il dénonce les résultats des bombardements de la coalition, souligne la joie de vivre des habitants de Mossoul sous l’autorité de Daech ou s’affiche en reporter de guerre sur le front de Kobané.

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Les métamorphoses de John Cantlie à l’épreuve du temps et de ses trois ans et demi de détention.

Fini le temps où les otages ânonnaient devant une caméra un communiqué rédigé par les terroristes. Il fallait inventer autre chose. A présent les ravisseurs confient un rôle à l’otage et nous renvoient en plein visage les gesticulations de ce pseudo envoyé spécial modèle BBC ou CNN.
John Cantlie est-il libre de ses propos ? A-t-il choisi librement de devenir le porte-parole de Daech pour sauver sa peau ? S’est-il volontairement converti à l’islam ou a-t-il pensé qu’il était de bon ton de prononcer la Chahada pour être mieux traité ? Lui seul pourrait répondre, mais quand on sait que Cantlie a été enlevé en compagnie du journaliste américain James Folley qui sera exécuté en août 2014, on peut penser que sa marge de manœuvre est des plus limitée. Il sait que Londres ne paiera pas pour lui, qu’il ne sera pas l’enjeu d’une quelconque négociation et que son destin est uniquement entre ses mains. L’opinion britannique n’est guère mobilisée sur son cas. La seule pétition qui circule sur les réseaux sociaux en faveur de sa libération concerne uniquement les « résidents hors du royaume uni ».

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Les habits neufs de John Cantlie, en tenue d’Envoyé spécial. (Photo Daech)

Didier François, journaliste d’Europe1 qui a partagé sa cellule le décrit comme quelqu’un de pragmatique: « Il avait la certitude que son gouvernement ne négocierait pas sa libération. Il a donc rapidement adopté une stratégie de survie ».
Ses fonctions de porte-parole de Daech ne lui valent pourtant guère un traitement de faveur. La vidéo du 12 juillet dernier a quelque chose d’inquiétant. On y voit un homme amaigri, pale, les traits creusés, qui a du mal à marcher. Cela prouve que le comportement de John Cantlie est bien le résultat d’une pression physique et morale inacceptable sur un otage désemparé.

Les esprits forts y voient déjà une forme du syndrome de Stockholm où l’otage s’attache à la cause de ses ravisseurs. C’est oublier que Cantlie aux dires de ses proches est un homme solide. Penser de même qu’il s’est converti aux « valeurs » défendues par Daech laisserait supposer qu’il est dépourvu de tout sens moral, ce qui est loin d’être le cas.
Comme l’écrit l’ancien otage Nicolas Hénin sur les réseaux sociaux : « Sa captivité n’a pas de raison d’être et enfreint toutes les règles de l’islam. John est un grand homme, pieux et généreux. Il connaît les valeurs de justice et de vérité. Il faut le libérer ».

Philippe Rochot

Le sport vu par les « citoyens du monde »: Concours photo des Alliances françaises. Philippe Rochot.

Le sport n’est pas dans les stades, il est avant tout dans la rue, dans les villages, dans les campagnes et touche tous les milieux sociaux. C’est la leçon que nous donnent les photographes amateurs qui ont participé au concours des alliances françaises à travers le monde avec pour thème le sport et dont les images sont exposées au siège de l’association à Paris jusqu’au 18 aout.
Le domaine du concours était vaste, ouvert à tous, touchant 50 pays différents. Le regard que portent ces passionnés de l’image sur des disciplines qui nous sont souvent inconnues a quelque chose de fascinant.
Parmi les quelques dizaines d’images sélectionnées, on retiendra ce match de cricket dans une banlieue de Dacca au Bangladesh où les joueurs sont des transsexuels, vêtus d’un simple sari et apparemment passionnés par la discipline. On est loin des pelouses bien peignées et des joueurs en costume blanc.(image d’ouverture d’article, photo de Mohamed Reaz Uddin)

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Le vainqueur du concours, Darya Shara, nous offre deux images très esthétiques de gymnastique rythmique en Argentine. Mais son métier de graphiste transparaît dans son travail, ce qui place ses photos en marge du témoignage direct.

 

Pour ma part, je reste surtout attiré par les scènes plus ancrées sur le quotidien des populations comme ce match de foot en Haïti pratiqué par les enfants des rues pour qui le ballon rond représente une part de rêve et de réussite dans la vie.

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Après l’Euro-2016, pleins feux sur Rio ! Ph. Rochot.

Un œil sur le livre de Michel Faure: « Une histoire du Brésil »…

Quand les clameurs de l’Euro-2016 se seront tues, les regards se tourneront vers le Brésil et les JO. Le pays avait perdu la face lors de la coupe du monde de foot-2014, en encaissant 7 buts de l’équipe d’Allemagne.Va-t-il subir une nouvelle humiliation cet été sur les stades ?

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Scène de rue: Sao Paulo. (c) Ph Rochot.
Le moment n’est guère favorable. A deux mois des Jeux, l’Etat de Rio a décrété le statut de « calamité publique » en raison de la crise budgétaire. Cette décision lui permet de prendre des mesures d’exception pour faire fonctionner les services publics. Les JO de Rio se déroulent donc au plus mauvais moment pour le pays. Dilma Roussef, destituée au mois de mai pour avoir maquillé les comptes publics est remplacée provisoirement par son ex vice-président Michel Temer. Mais l’entourage de son ancien bras droit est à son tour mis en cause sur des affaires de corruption. Ce petit monde connaitra son sort au mois d’août, en pleine période des jeux : la honte pour un pays hôte.

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Les promenades photographiques de Vendôme exposent 200 de mes photos de reportage: du 25 juin au 18 sept.

Tchad: match de foot à Ndjamena: les resquilleurs. 1983. (Ph Rochot)

Dans le cadre des traditionnelles « Promenades photographiques », la ville de Vendôme expose 200 de mes photos de reportage au manège de Rochambeau. La plus ancienne est prise en 1970 en Arabie saoudite; la plus récente en février 2016 avec les SDF de La Nouvelle Orléans… C’est un honneur pour moi de présenter mon regard sur le monde aux côtés de grands photographes comme Weegee, Matthieu Ricard ou Eric Bouvet.

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Sahara, Front Polisario, 1978. Photo Ph Rochot.

Thème de ces rencontres: « qui est photographe » ? Pas moi peut-être mais à coup sûr un passionné de la photo qui après 40 ans de reportage télévisé, préfère toujours l’image fixe au film ou à la vidéo.

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Paris 2010. Un 14 juillet arrosé. (c) Ph Rochot.

Les expos des « promenades photographiques » montrent le travail d’une douzaine d’autres photographes et pourront être vues du 25 juin au 18 septembre.

Lancement expo Vendôme

Mes remerciements à Odile Andrieu et à toute l’équipe des « Promenades ».

Retrouver ces photos dans mon livre-photos: « Reportages pour mémoire », éditions Erick Bonnier. Prix spécial Vendôme: 19 Euros.

Et sur mon site: philipperochot.piwigo.com/

Reportages pour mémoire Couv Ph Rochot (Copier)

Au pays des 17 millions de réfugiés… Philippe Rochot

Les images de réfugiés débarquant d’un canot pneumatique quelque part sur une plage de Grèce ou pataugeant dans la boue d’un camp nous sont devenues familières mais on connait moins le système qui gère ces camps parfois de la taille d’une véritable ville. C’est ce que nous invite à découvrir Anne Poiret dans son film « Bienvenue au Refugistan »… Refugistan, pays des réfugiés, un pays qui n’existe pas mais où la population équivaudrait à celle des Pays-Bas si l’on rassemblait les quelque 17 millions d’habitants de par le monde qui vivent dans ces tentes, ces plastiques bleus ou ces baraquements. Le Refugistan est un pays où les mots d’ordre sont simples : interdit de sortir et interdit de travailler…

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Le camp de Azrak en Jordanie ou la déprime assurée… (extrait de Bienvenue au Refugistan »).

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