« Taïwan face à la menace chinoise » :  Faut-il avoir peur de Xi Jinping ? Conférence Inalco.

La Chine va-t-elle profiter de la guerre en Ukraine pour lancer son offensive sur Taiwan ? L’Amérique peut-elle facilement voler au secours de l’île rebelle alors qu’elle est occupée par le conflit ukrainien ?

Une poignée d’experts, à l’invitation de l’Institut des Langues et Civilisations orientales, ont tenté de répondre à une série de questions, régulièrement posées par les médias. On en retiendra que l’invasion de Taiwan ne sera sans doute pas une promenade de santé.

Tsai Ing-wen, la présidente taiwanaise devant les forces navales de l’île. ((c) AFP.

Les déclarations du numéro un chinois ont quelque chose d’inquiétant : « la réunification avec Taiwan est trop importante pour être laissée aux générations futures » déclarait Xi Jinping l’an passé. Depuis, il a tout mis en œuvre pour renforcer le rôle de l’armée. Juliette Genevaz, maitre de conférences en Sciences politiques, nous fait remarquer qu’il a pris la tête de la Commission militaire avec la ferme intention de moderniser encore l’Armée populaire de libération, tout en s’appuyant sur les commissaires politiques.

« L’armée doit concentrer toute son énergie à la guerre, y consacrer tous ses efforts, accélérer l’amélioration de sa capacité à vaincre, accomplir efficacement sa mission et ses tâches dans la nouvelle ère » a déclaré le numéro 1 chinois.

Si Taiwan devait proclamer son indépendance, alors la ligne rouge serait franchie aux yeux de Pékin et l’intervention militaire inévitable.

De G à D : Sebastien Colin, maître de conférence à l’Inalco, Baptiste Fallefoz, journaliste France24, Juliette Genevaz, maître de conférence en sciences politiques, Pierre Antoine Donnet, ex correspondant AFP en Chine, sinologue, écrivain.

On est loin aujourd’hui de la formule « un pays, deux systèmes » qui avait alimenté les débats autour de Taiwan et de Hong-Kong dans les années 90. Les Taiwanais ont été refroidis par la répression du mouvement démocratique hong-kongais et la mainmise du pouvoir communiste sur l’ancienne colonie britannique.

Même si une partie des médias taiwanais relaient facilement les thèses de Pékin, il reste que 73% des habitants sont prêts à défendre leur pays observe Pierre-Antoine Donnet. Pour cet ancien correspondant de l’AFP en Chine, auteur de plusieurs ouvrages sur l’empire rouge comme « Chine, le grand prédateur », la stratégie qu’appliquerait l’Armée populaire serait celle du blocus de l’île. Taiwan pourrait ainsi être paralysée en une dizaine de jours.

Taiwan: scène de rue à Taipeh. Une certaine insouciance, mais aussi une certaine confiance… (c) Ph Rochot.

En revanche, un débarquement amphibie serait compliqué. L’Armée chinoise est sans doute la première armée du monde mais les Taiwanais sont capables de mobiliser près d’un million de réservistes. Pour Pierre-Antoine Donnet, il faudrait que Taiwan puisse contenir une offensive chinoise durant une semaine afin de laisser le temps à la 7ème flotte américaine d’intervenir. Et de rappeler que les Etats-Unis entretiennent 350 bases dans le monde alors que la Chine n’en possède qu’une seule, celle de Djibouti.

La présidente Tsai Ing-wen, en inspection parmi les forces taiwanaises, image présentée lors de la conférence de l’Inalco.

On sait également que Pékin a construit trois porte-avions dont deux sont en service, alors que les Etats-Unis en possèdent douze avec un niveau technologique largement supérieur. De plus, Taiwan disposerait d’un missile de croisière capable de frapper le commandement militaire chinois basé près de Shanghai. Et le pouvoir communiste le sait.

Il sait de même qu’une invasion de l’île aurait des conséquences catastrophiques sur le plan économique, ne serait-ce qu’à cause de la dépendance de la République Populaire de Chine vis-à-vis des Etats-Unis.

Pierre-Antoine Donnet ne voit donc pas d’intervention chinoise sur Taiwan avant cinq ou dix ans. Les manœuvres militaires très agressives, entreprises par l’Armée populaire autour de Taiwan au mois d’août dernier lors de la visite de Nancy Pelosi sur l’île rebelle ont servi d’avertissement. La présidente de la chambre des représentants américaine, ainsi que la Maison blanche, ont reçu le message « cinq sur cinq ». Aujourd’hui, l’homme qui dirigea les manœuvres du mois d’août, He Weidong est en bonne place dans la toute puissante Commission militaire.

La présidente taiwanaise, Tsai Ing-wen, aime afficher sa passion pour les chats et une certaine force tranquille qui agace le pouvoir chinois. (c) Ph Rochot : 2020.

Pour les dirigeants chinois, la guerre en Ukraine apparait comme un test de comportement des forces russes et de réaction des occidentaux. Or il faut reconnaitre que l’Armée rouge n’a jusque-là guère brillé sur le front du Dniepr et Xi Jinping le sait. Le numéro 1 chinois, sans l’avouer publiquement, a même pris quelque distance avec Vladimir Poutine, regrettant les menaces nucléaires proférées par le maître du Kremlin.

Tous ces éléments contribuent à retarder une intervention militaire sur l’île de Taiwan. Mais les plans d’invasion sont bien là. Si les navires de guerre chinois se sont éloignés, les avions de chasse franchissent régulièrement la ligne médiane qui sert normalement de ligne rouge. Et les incursions engagent à chaque fois de plus en plus d’appareils. Xi Jinping tient fermement les rennes du parti communiste et donc du pays depuis le 20ème congrès du PC. Nos experts estiment que jamais un leader chinois n’avait obtenu autant de pouvoirs depuis l’ère Mao Zedong.

Philippe Rochot

Conférence organisée par l’Inalco et le site Asialyst, avec :

  • Sébastien Colin, sinologue et géographe, maître de conférences au département Chine de l’Inalco. 
  • Juliette Genevaz, maître de conférence en science politique à l ‘Université Jean Moulin (Lyon III) et chercheure associée à l’Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est (IFRAE/Inalco)
  • Pierre-Antoine Donnet, journaliste à Asialyst, ancien correspondant de l’AFP à Pékin. 

 
Modérateur : 

  • Baptiste Fallevoz, journaliste à Asialyst et France 24. Ancien correspondant en Chine.

Une réflexion sur “« Taïwan face à la menace chinoise » :  Faut-il avoir peur de Xi Jinping ? Conférence Inalco.

  1. Les plus grands pays, les plus grandes puissances lorgnent toujours sur le tout petit voisin qui exprime une liberté d’être et de penser. Il y a un aspect psychologique à creuser. Ces sont les gros qui sont complexés et qui en veulent toujours plus, et ce sont les petits qui pensent à vivre. Par-dessus tout cela : les intérêts économiques des autres entités et leurs volontés de régner sur un marché. L’Histoire se répète, mais jusqu’ à quand ?

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