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Philippe Rochot…Reportages pour mémoire…

Les femmes au Mur des lamentations: une affaire d’hommes… Philippe Rochot

Le débat sur la mixité au Mur des Lamentations nous permet de replonger dans les superbes images de cette fin du 19ème siècle, réalisées par Julien Bonfils, photoreporter avant l’heure et précieux témoin des sociétés du Proche-Orient…

Mur lamentations Félix Bonfils

Le « Mur des pleurs » fin 19ème : photographie de Julien Bonfils. (DR)

Julien Bonfils apporte la preuve par l’image que les hommes et les femmes participaient bien ensemble et sans problème apparent à la prière au « Mur de l’Ouest », ou plutôt au « mur des pleurs » tel qu’il était surnommé à l’époque.
Faut-il donc se réjouir de la création d’un troisième emplacement au mur des lamentations permettant aux hommes et aux femmes de prier ensemble alors qu’il eût été possible d’abolir cette discrimination entre les sexes en ouvrant l’esplanade à tous ?

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Hommes et femmes au Mur des lamentations: Photo Julien Bonfils (vers 1900).
Les connaisseurs des textes sacrés affirment que nulle part il est écrit que les femmes doivent être séparées des hommes. Ce sont les hommes qui ont décidé qu’il fallait écarter les femmes des sites de prières sous de sombres prétextes d’impureté ou encore pour empêcher que la présence d’une femme ne détourne l’homme du recueillement et qu’il ne cède à la tentation…

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Mur des lamentations, 2012. La meilleure place réservée aux hommes. (Photo P. Rochot)

Les ultra-orthodoxes sont en première ligne. On a vu leur comportement sur les avions d’El Al, refusant de s’asseoir à côté des femmes et transformant en véritable cauchemar un vol New-York tel Aviv en sept 2014.
Ces « Haredim », les « craignant-Dieu » refusent tout contact ou approche physique avec des femmes autres que leurs épouses. les ultra-orthodoxes font régulièrement scandale dans des lieux publics en Israël, notamment dans les bus.

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Mur des lamentations 2012 (Ph Rochot).

Pareil comportement est-il justifié ? Une séparation hommes/femmes est-elle souhaitable ?
Le rabbin Daniel Fahri nous rappelle sur son site internet que « c’est seulement depuis la réunification de Jérusalem, (après la guerre de juin 1967) suivie du déblaiement et de l’aménagement d’une vaste esplanade devant le Kotel (le lieu proche du saint des saints) que les autorités religieuses ont imposé la création de deux sections très inégales : l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes, avec des accès distincts et une importante « mehitza » (séparation) entre les deux. Lors des cérémonies de bar-mitsva (la communion) les grand-mères, les mères, les sœurs, les cousines, les amies s’agglutinent aux abords de la dite séparation pour pouvoir espérer, juchées sur des chaises, assister à ce moment si important de la vie religieuse de leur petit chéri. »

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(Photo de Julien Bonfils).

Un chercheur confirme : le Temple de Jérusalem était bien mixte au temps du roi Salomon jusqu’à sa destruction. « Seules les parties réservées aux Cohen et aux Levis étaient interdites aux femmes. La seule séparation qui existait entre hommes et femmes se situait lors de la fête du puisement de l’eau pour éviter la promiscuité » Cette fête prenait en effet des allures de concours de chemises mouillées qui frisait sans doute l’indécence…
Et les femmes dans tout ça ? Elles réagissent. Des pratiquantes militantes ont créé un groupe baptisé « femmes du mur ». Elles veulent libérer le mur de la mainmise des ultra-orthodoxes et donner aux femmes qui le souhaitent, les mêmes droits que les hommes de pratiquer selon les rites de leur choix. Elles provoquent parfois les ultrareligieux en revêtant des châles de prière réservés aux hommes.

Mur femmes au mur

Le mouvement des « femmes du mur » (site Radio Canada).
Une de ces militantes, Peggy, confiait à Radio-Canada : « « Si je mets un châle de prière ici, je me fais arrêter et je risque six mois de prison et 10 000 shekels (1500 euros) d’amende. » Malgré la création d’un site mixte, le risque pour ces femmes est toujours bien réel. Elles ont quand-même trouvé des alliés chez les rabbins comme le réformiste Gilad Kariv : « Le problème soulevé par les « Femmes du mur » nous rappelle dit-il la nécessité de revoir la relation entre la religion et l’État en Israël et de renverser le monopole orthodoxe. Cette bataille est de même nature que celle visant à laisser les femmes s’asseoir à l’avant des autobus. »

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Un long combat reste donc à mener pour que la femme ait les mêmes droits que l’homme en matière religieuse. Et ce combat touche et concerne bien entendu les trois religions monothéistes…

Philippe Rochot

Ai Weiwei et ses cerfs-volants du bout du monde… Philippe Rochot

Ai Weiwei nous avait habitués à la provoc : les vases Ming brisés au sol, les doigts d’honneur sur les lieux historiques de la planète ou encore ces millions de graines de tournesol répandues par terre, allusion ironique aux mots d’ordre de Mao qui voulait que le peuple se tourne vers lui comme le tournesol vers le soleil… Et puis au lendemain du tremblement de terre du Sichuan au printemps 2008 il avait exposé 9000 cartables en mémoire des écoliers tués lors du séisme, pour dénoncer la corruption qui avait prévalu dans la construction des écoles.

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Le dragon en Chine est le symbole de l’immortalité, de la persévérance et de la force.. 

Ses trois mois de détention et sa mise en résidence surveillée ont-ils changé l’artiste ? Pas sûr disent ses fidèles. Reste que l’homme nous présente aujourd’hui une œuvre d’une grande finesse dans l’un des centres commerciaux les plus huppés de Paris : le « Bon Marché ». Survolant les étals de parfum dernier chic ou les montres à 10000 euros, on peut voir de grands cerfs-volants chinois, fabriqués à l’aide de fines tiges de bambou et d’un papier de soie blanc.

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Pour cette exposition baptisée « Er Xi », traduisez « Air de jeux », Ai Weiwei s’est inspiré du « Shanhaijing », le livre des Monts et des Mers », un ensemble de contes populaires qui remontent à plus de deux mille ans et font évoluer démons et divinités de la Chine antique.

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Les poissons « Shu »: ils possèdent trois queues six pattes quatre têtes..

« Le cerf-volant est le premier objet que j’ai fabriqué quand j’avais 10 ans, avec du bambou arraché de nuit aux volets des fenêtres », raconte Ai Weiwei.

A 58 ans, il a toujours gardé son âme d’enfant et se plait à réaliser des centaines de « selfies, » exposés sur les murs blancs du grand magasin parisien. Ai Weiwei est aujourd’hui libre, libre de voyager et de vivre à l’étranger mais il restera toujours l’enfant turbulent, incorrigible, véritable casse-tête pour les autorités chinoises.

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Le Shusi, oiseau avec des pieds humains…

 

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Les selfies d’Aï Weïweï..

                                                                         Philippe Rochot

ROBERT CAPA, vu et revu par RSF… Philippe Rochot.

L’homme a dit-on besoin de héros positifs. Et Robert Capa en est sûrement un. Voilà pourquoi nous sommes sensibles à tout ce qui peut toucher le personnage. Malgré les suspicions qui agitent régulièrement le récit de sa carrière, il reste un grand photographe de guerre : un photographe et non pas un caméraman…

Reporters Sans Frontières qui publie 100 de ses photos « pour la liberté de la presse » le présente pourtant en couverture tenant en main une caméra. En réalité, Capa a peu filmé dans sa vie, en dehors d’une série de séquences qui apparaissent dans un film de Luis Buñuel, produit en 1936 sur la guerre d’Espagne. Il venait alors de rallier les « Brigades internationales » et tournait aux côtés d’un caméraman russe. Aux yeux de l’histoire, l’image de Capa doit donc être associé à un appareil photo et non pas à une caméra.

RSF dans cet album, évite d’entretenir la polémique sur les deux sujets qui ont égratigné la légende-Capa : la photo de la « chute » du républicain espagnol et le timing de sa présence sur les plages de Normandie lors du débarquement.

Capa républicain espagnol tombant

Quand on parle de Robert Capa, on ne peut éviter de montrer cette image du combattant qui s’effondre avec son fusil sur une colline de la région de Cordoue en 1936. RSF ne prend pas de risques et légende ainsi la photo : « Républicain tombant ». Je pensais pourtant que l’homme avait trouvé la mort dans cette fusillade. Les légendes comme celle de « Life » qui date l’événement en 1937, ne prêtent à aucune confusion: « l’appareil Photo de Robert Capa surprend un soldat espagnol à l’instant où il tombe, frappé d’une balle dans la tête ».

La date, l’identité du personnage et la tragédie qu’il vit sont pourtant contestés. Le Musée de New York date la photo du 12 juillet 1937 avec une légende explicite : « spanish soldier, drop with a bullet through his head ». (ref Robert Capa « traces d’une légende » de Bernard Lebrun et Michel Lefebvre). Dans l’histoire de la photo, cette image est finalement légendée : « le milicien qui tombe ». Il n’est plus question de mort.

Normandie débarquement
Autre élément qui sème le doute dans la vie de reporter de Robert Capa : le débarquement sur la plage d’Omaha Beach en Normandie le 6 juin 1944. RSF n’aborde nulle part la polémique, comme pour ne pas ternir l’image du héros. Il aurait en fait débarqué avec la deuxième vague à 7h 30. Et non pas à 6h30 avec la première vague. Il ne serait resté sur place qu’une demi-heure, ce qui est largement à son honneur. Car que faire de plus en cette plage d’Omaha à moins d’y mourir ? Capa au contraire a rapporté lui-même ses films dont 11 photos seulement seront exploitables mais qui ont valeur de témoignage essentiel. Il n’a pas démérité.

Capa Normandie débarquement
Parmi les « 100 photos pour la liberté de la presse » de Robert Capa, seules une trentaine décrivent des scènes de guerre. L’album présente le travail d’un reporter profondément humaniste vu à travers des scènes de victoire du Front populaire, du Tour de France de 1939, de la vie quotidienne de Pablo Picasso, d’Ernest Hemingway ou de Matisse, ou encore de tournages en compagnie de vedettes du cinéma des années 50.

Même quand Capa photographie la guerre, on y voit toujours la vie. C’est la leçon que tire Cynthia Young, curatrice des archives de Capa :
« Les images de Robert Capa rapprochaient les lecteurs de la réalité de la guerre d’Espagne puis de la 2ème guerre mondiale, comme on ne l’avait jamais fait auparavant, avec plus d’action, plus d’information, plus d’émotion ».  La revue fait aussi parler John Kerry. Le secrétaire d’Etat américain nous ressort la citation usée de Capa qui fait la joie des écoles de journalisme : « si ta photo n’est pas bonne c’est que tu n’étais pas assez près »

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Picasso et Françoise Gilot: 1948 (extrait album RSF.)
Patrick Modiano qui évoque le photographe dans un de ses romans, nous donne sans doute l’éclairage le plus réaliste, le plus sobre, le plus sincère et peut-être le plus vrai sur sa personnalité : « Il éprouvait une sorte de mal de vivre et une angoisse qui se mêlaient à une très grande gaieté et une très grande jovialité. Voilà pourquoi sans doute il n’éclatait jamais de rire, mais il gardait les yeux a demi-fermés, la cigarette aux lèvres et son rire était intérieur et silencieux ».
Même si les « 100 photos pour la liberté de la presse » n’abordent pas les sujets polémiques qui entachent la mémoire de Robert Capa, il faut se féliciter de la sortie de cet album qui marque le cinquantième numéro de la collection et les trente ans de l’association RSF…

Philippe Rochot

Les derniers jours de « Beauté Congo ». Philippe Rochot.

Beauté Congo ! Le nom sonne comme celui d’un Top model de Kinshasa, d’une fille de joie du quartier de Matongé ou d’une « artiste » aux hanches lourdes et à la poitrine tombante s’exposant dans la nuit glauque de Lubumbashi… Rien de tout cela, c’est en réalité le nom donné à l’expo des dessinateurs congolais au regard tendre, naïf et bon enfant, présentée à la Fondation Cartier à Paris et qui s’apprête à fermer ses portes le 10 janvier.…

 

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« Le vieil enfant »: celui qui ne veut pas sortir du ventre de sa mère…

André Magnin, commissaire de l’expo a trouvé les mots justes pour définir cette forme d’expression née au pays du Grand fleuve : « L’art congolais appartient à lui-même il est vain de chercher à l’inscrire dans l’histoire de l’art. Il n’y a pas de discours pour conduire le goût, pour justifier un trait, une forme ou une couleur.Cet art s’appréhende par la connivence des regards.»

L’œuvre de Chéri Samba, le plus connu de ces peintres populaires a fait école dès les années 70. Et il faut rendre hommage à ce pionnier d’un art hors du commun, simple, naïf, direct et toujours sincère.

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Son « éminence-dessinateur » Chéri Samba…

Chéri Samba que les Congolais appellent « Son Eminence », a commencé à peindre sur des sacs de farine, avec de la peinture industrielle. Pendant dix ans son travail n’a donc pas pu dépasser la dimension de ces enveloppes rugueuses. Mais qu’importe le support, car le génie écrasait la misérable matière, ou plutôt lui donnait une autre dimension. « Son Eminence » Chéri Samba explique facilement son succès : « c’est une peinture qui vient du peuple, concerne le peuple et s’adresse au peuple. Elle est tout de suite comprise par tous et le peuple s’y reconnaît ». Voilà pourquoi cet art a démarré dans la rue. Sauf qu’au début, c’étaient surtout les Européens de passage qui achetaient les toiles…

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« Oui il faut réfléchir » !

Chéri Samba a fait entrer son œuvre, son style, ses créations, à l’académie des Beaux Arts de Kinshasa lors d’une expo baptisée « Art partout », donnant l’impulsion nécessaire au développement de la peinture populaire.
Puis la photo est entrée dans les mœurs de ces artistes naïfs. J’ai retenu le travail de Kiripi Katembo qui nous livre à 36 ans un portrait renversant de Kinshasa, sa ville, telle qu’il la voit se refléter dans les flaques d’eau. La photo est pour lui un nouveau moyen d’expression qui lui permet de « mettre la peinture au frigo » et de sortir de son atelier pour rencontrer la vie sociale de la cité bouillonnante. Sauf qu’on retrouve le « mode peinture » dans ses photos, prouvant s’il en était besoin que les deux formes d’expression sont devenues indissociables chez les artistes africains.

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Kinshasa ou la vie à l’envers, vue par Kiripi Katembo..
JP Mika, le plus jeune des peintres populaires exposés ici en est un bel exemple. il s’inspire des œuvres photographiques des années 60 réalisées dans les studios de Kin ou de Bamako pour nous livrer son œuvre. Les deux grands de la photo africaine, Malik Sidibé et Seydou Keida servent ainsi de modèles aux peintres populaires.

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A l’expo « Beauté Congo », les visiteurs qui défilent appartiennent à toutes les classes sociales et à tous les âges, couvrant une période de vie qui va de la maternelle à la maison de retraite : preuve que les peintres populaires du Congo ont réussi leur pari au-delà de leur Congo natal.
Philippe Rochot

(expo prolongée jusqu’au 10 janvier)

L’Etat islamique, maître du jeu : l’incontournable stratégie de Daech… Philippe Rochot.

François Hollande à bord du Charles de Gaulle au large de la Syrie…(pool AFP)

Les Français ont sans doute quelques raisons d’être fiers de la présence du «Charles de Gaulle» au large des côtes syriennes, engageant ses chasseurs « Rafale » ou ses « Super-Etendard » contre les positions de Daech, avec en prime le chef de l’Etat à bord du prestigieux porte-avion. Ce bel enthousiasme résulte de la légitime volonté de réplique après les attentats du 13 novembre mais il sera sans doute éphémère. Pareille manœuvre place de nouveau la France en première ligne alors qu’elle se sait vulnérable.

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Le Charles de Gaulle 2000 personnes à bord. Plus de cent sorties par semaine.

Tout se passe comme si nous n’avions pas su trouver d’autre solution pour contrer l’expansion de l’Etat islamique que d’envoyer notre flotte au large de la Syrie et dans le Golfe. Manque d’imagination, erreurs d’analyse, alliances douteuses et éphémères, il ne restait plus qu’à faire parler les armes pour donner l’impression à l’opinion publique que nous étions les maîtres du jeu.

Nos dirigeants, qu’ils soient de droite ou de gauche ont sans doute un point commun : la détente facile. Nicolas Sarkozy, sur les conseils de quelque philosophe-imposteur en mal de publicité, a jugé utile d’accélérer le cours de l’histoire en lançant nos forces sur la Libye pour renverser Kadhafi, alors qu’il appartenait au peuple libyen de régler son compte avec le dictateur. François Hollande était sur le point de frapper les positions de l’armée de Bachar el Assad dès l’été 2013 pour réprimer le régime syrien, accusé d’avoir utilisé des gaz de combat dans la banlieue de Damas.       L’isolement de la France après la défection américaine a contraint l’Elysée à faire marche arrière. Avec raison sans doute. Le régime syrien sait aussi organiser des attentats chez nous et il l’a prouvé. La différence avec Daech c’est qu’il ne les signe pas, les dément, s’indigne d’être montré du doigt, les attribue aux « sionistes ».

Il eût été difficile de frapper l’armée syrienne pour ensuite se rapprocher du régime syrien et de la Russie afin de faire front commun contre Daech. Pareille alliance opportuniste était impensable il y a encore quelques mois.

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François Hollande avec le général d’armée Pierre de Villiers.

Le chef de l’Etat (et donc le chef des armées) a promis d’écraser Daech. Mais pareil engagement se heurte aux réalités du terrain. Daech n’est pas qu’un groupe terroriste. C’est une armée, un Etat comme il se qualifie lui-même, avec ses dirigeants, ses ministres, ses chefs, ses officiers, sa troupe dont une bonne partie était engagée dans les armées de Saddam Hussein. Des professionnels de la guerre. Les djihadistes venus d’Europe ne représentent qu’un élément exotique de ce vaste mouvement.

Quand François Hollande proclame haut et fort que nos avions ou nos missiles vont bombarder les positions de Daech ou ses camps d’entraînement, il est clair que ces terrains d’opérations ont été évacués depuis longtemps.

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Les gens de Daech savent se fondre dans la nature ou dans la population des villes. Ca n’est pas là que nous irons les chercher, à moins d’envoyer des troupes au sol, le cauchemar pour une nation. Forcer l’occident à s’engager dans l’escalade : c’est le mot d’ordre de Daech et la France y plonge avec délice, sans retenue, persuadée qu’on peut étouffer cet Etat terroriste avec les technologies avancées dont nous avons le secret.

Plus nous frapperons Daech en Syrie ou en Libye et plus la guerre sera portée sur le territoire national. Les donneurs d’ordre continueront leur sinistre besogne depuis la Syrie, sachant qu’ils pourront trouver sur place en Europe, des centaines de volontaires du djihad pour se faire exploser sur les lieux publics.

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Bombardement de la coalition sur les positions de Daech en Syrie: Photo de Bulent Kilic (AFP)  qui a obtenu le Worldpress pour cette image: 2014.



Daech va chercher à attirer dans ce traquenard les pays qui jusque-là n’étaient pas engagés dans les conflits syriens et irakiens, les forçant à répondre à des opérations terroristes dont elle seule a le secret. Personne n’échappera à ce piège. L’Allemagne sera sans doute frappée prochainement, puisqu’Angela Merkel vient d’accepter d’envoyer la Bundeswher prêter main forte à l’armée française dans la lutte contre le terrorisme, en Syrie et en Afrique. Daech l’accusera d’aller « combattre les musulmans de Syrie ou du Mali » et ce slogan sera repris par des populations ignorantes et désorientées, prêtes à dénoncer l’offensive des « croisés et des mécréants ».

Les Britanniques qui viennent de s’engager dans le conflit avec beaucoup de réticence paieront aussi le prix du sang. En réalité, les nations occidentales n’ont guère le choix.
Eliminer Daech ou l’étouffer prendra du temps. Il faut bien sûr s’attaquer  aux bailleurs de fonds, peser sur des Etats comme l’Arabie saoudite dont des associations dites humanitaires financent en secret les mouvements salafistes, alors que la famille royale proclame haut et fort que Daech doit être écrasé.

Car au bout du compte, l’Arabie a peur de Daech, peur de voir un jour pareil Etat terroriste lui donner des leçons de morale religieuse, lui souffler la garde des lieux saints de l’islam et trainer sous le sabre de ses bourreaux, les princes corrompus du royaume.

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Abou Bak’r el Bagdadi est il réellement l’homme qui décide de la stratégie de Daech ?

L’entrée du « Charles de Gaulle » dans la guerre contre l’Etat islamique, l’alliance de la Russie, de la France et de l’Amérique qui se rapprochent du pouvoir syrien, les mesures comme les contrôles aux frontières ou la surveillance des imams hostiles, sont autant d’éléments qui correspondent à la stratégie diabolique et parfaitement planifiée de Daech pour nous dénoncer aux yeux des croyants et attirer les puissances occidentales dans le bourbier irako-syrien.

L’organisation terroriste se nourrit de la haine qu’elle provoque pour ensuite s’afficher en martyr face à la communauté musulmane. Frapper Daech du « Charles de Gaulle » ou d’ailleurs, des côtes syriennes ou du Golfe, ne suffira pas à l’éliminer. Bien au contraire.
Philippe Rochot

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Les hommages aux victimes du 13 novembre: Paris/Bataclan, 5 dec 2015.

Retour en Chine… Entre Cop21 et attentats de Paris

Pollution à Pékin à l’heure de l’ouverture de la Cop21. 29 nov 2015. (c) Ph. Rochot.

Le réchauffement climatique n’est pas un sujet porteur en Chine. La « vox populi » nous en donne un bel exemple avec des remarques aussi simples et simplistes que celles-ci : « il n’y a pas de réchauffement climatique, regardez comme il fait froid en ce moment ! » Il est vrai que le thermomètre affiche – 10 degrés à Pékin et descend à -20 dans les provinces du nord… Pour cela le chauffage au charbon fonctionne à plein régime. Difficile de faire admettre au Pékinois de la rue ou au commerçant de Chengdu que le réchauffement de la planète existe bel et bien et représente une menace.

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Pékin: brouillard toxique: dimanche 29 nov. 2015  (c) Ph. Rochot.

Une opinion bien ancrée en Chine veut aussi que si les usines du pays tournent à plein régime et contribuent largement au réchauffement de la planète, c’est bien pour satisfaire les besoins des firmes étrangères qui ont délocalisé en Chine.
Reste que le taux de particules fines à Pékin est six fois supérieur à celui que connaît Paris dans le pire des cas. Les « observateurs de l’environnement » en Chine estiment que la pollution fait plus d’un million de morts par an. Le pouvoir chinois en est conscient mais n’a guère l’intention de plier face aux pressions occidentales. Car la Chine entend bien utiliser au maximum ses réserves en charbon qui ne seront épuisées qu’à la fin du siècle. Dans le même temps elle se donne des allures écolos en jouant  la carte des nouvelles énergies et se place en tête des pays producteurs de panneaux solaires.

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Le scooter électrique s’impose dans les centres villes. Chengdu, Sichuan. (c) Ph Rochot.

Un voyage de trois semaines en Chine de l’est me permet de constater que le premier pollueur de la planète impose également les deux roues électriques dans le cœur des cités. Le vélo se fait rare en Chine tout comme les motos à essence, remplacés par les scooters ou les bicyclettes alimentées à l’aide d’une batterie qui peut tenir une cinquantaine de kilomètres. Pareille initiative a fait baisser le niveau de pollution dans le centre des villes, sans néanmoins les faire passer en « mode air pur ». La Chine reste bien le premier pollueur de la planète qui représente 28% des émissions mondiales de CO2. A la cop21, il faudra donc compter avec Xi Jinping, qui peut se présenter comme le chef de la deuxième puissance économique mondiale mais aussi comme le leader des pays émergents qui comptent sur lui pour plaider leur cause.

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Xi Jinping et son épouse, omniprésents. Marché de Xi’an nov 2015.   (c) Ph Rochot.

L’obsession sécuritaire a sans doute empêché la garde rapprochée de Xi Jinping de trouver le sommeil quand la délégation chinoise s’est envolée pour la Cop21. En Chine, le mot attentat prend tout son sens quand on évoque ceux de Paris qui renvoient les Chinois aux attaques au couteau à la gare de Kunming ou à l’attentat kamikaze à la voiture en flamme, fauchant la foule sur la place Tiananmen. Opérations attribuées au mouvement ouighour dit du « Turkestan oriental ».

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Pékin: la file d’attente pour pénétrer sur la place Tiananmen où les contrôles sont renforcés par des portiques de sécurité…29 nov.2015 (c) Ph Rochot.

Depuis, la célèbre place de Pékin est devenue forteresse imprenable où il faut passer les portails de sécurité comme dans un aéroport pour accéder au pied du balcon de la Cité Interdite d’où Mao Zedong proclama la République populaire. Un scénario comme celui des attentats de Paris serait un cauchemar pour la Chine. Résultat la police se veut présente partout dans les rues de Pékin : commissariats ambulants, sirènes, contrôles, postes de garde etc…Partout, le mot d’ordre est à la vigilance.

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Police omniprésente: Ville de Chengdu, statue de Mao Zedong.  (c) Ph Rochot.
Décembre est la période où les journalistes étrangers doivent renouveler leurs visas et l’incertitude que fait peser le pouvoir sur les titres de séjour a souvent quelque chose d’inquiétant. La réduction de peine accordée à la journaliste chinoise Gao Yu est un élément rassurant mais n’élimine pas pour autant les avertissements du pouvoir. Gao Yu reste accusée d’avoir transmis à un média hongkongais le « document n°9 », un dossier interne au parti communiste qui prône une répression accrue des idées démocratiques et met en garde contre toute tentative d’indépendance des médias. Le texte a le mérite d’être clair et donne le ton de la politique actuelle de la Chine, qui se vérifie aujourd’hui.

Philippe Rochot

 

Migrants en méditerranée: « les bateaux ivres » de Jean-Paul Mari… Philippe Rochot.

 

Le migrant, le réfugié, le demandeur d’asile, le candidat à l’exode, est sans doute le personnage que Jean-Paul Mari a croisé le plus souvent au cours de plus de trente années de reportage. Il est un acteur indissociable des conflits du monde. On le voit aux frontières, dans les camps, dans les faubourgs des cités, sur les routes, au passage des cols, sur les plages, dans les ports. C’est lui, le migrant que Jean-Paul Mari fait parler dans un livre aux témoignages poignants et qu’il n’est guère possible de lâcher dès qu’on a lu la première page : « Les bateaux ivres ». Un ouvrage sans photos et pourtant plein d’images.

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Réfugiés de Somalie: frontière Kenya. (c) Philippe Rochot.

L’Europe affolée, médusée semble découvrir aujourd’hui cette cohorte d’hommes et de femmes épuisés, démunis, en quête d’un refuge et d’une nouvelle patrie. Mais ce spectacle Jean-Paul Mari l’observe depuis plusieurs décennies.
L’auteur a gardé en tête la tragédie des « boat people » vietnamiens fuyant le régime communiste à bord de ces coquilles de noix portées par les courants en mer de Chine. Rapatrié d’Algérie quand il était adolescent, il a gardé intact le souvenir de ces pages de vie et d’histoire qui se tournent quand le navire de l’exode traverse la méditerranée. « Mare nostrum », notre mer, cette mer qui nous unit et nous divise aussi, qui nous renvoie au visage les conflits que nous n’avons pas su régler : Libye, Syrie, Liban, Palestine. Plus loin encore l’Afghanistan, ou encore l’Eyrthrée où la dictature pousse les gens au désespoir sur les pistes du nord : la fuite vers le Soudan, vers Israël, vers l’Egypte. Jean-Paul mari fait partie des premiers journalistes à nous avoir révélé le sort réservé aux Erythréens qui fuient leur pays, devenus otages de ces bédouins du Sinaï qui exigent des rançons à des familles sans le sou et pour mieux se faire entendre torturent leurs captifs devant le micro d’un téléphone portable.

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Migrants: photo de Massimo Sestini, Prix Worldpress2015.

« Dante n’avait rien vu » aurait dit Albert Londres. Et cela l’auteur des « bateaux ivres » veut le montrer, le raconter. Témoignages poignants recueillis en Turquie, en Grèce, en Italie, à Calais, scènes d’exodes déchirantes, marches dans les montagnes kurdes, nuits d’angoisse sur des bateaux surchargés qui s’égarent ou se laissent emporter par les courants. Bateaux ivres, passagers condamnés, récits incroyables des épreuves endurées. « Ils s’en vont en brûlant leur terre natale, écrit l’auteur, vendent leur maison, leur vélo, leur champ qui les nourrissait, mal peut-être mais quand-même ! Ils empruntent tellement d’argent pour payer le voyage et les passeurs qu’ils sont endettés à vie, eux et leur famille. »

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Somalie: réfugiés. (c) Ph Rochot.

Chaque migrant, chaque réfugié est porteur d’une histoire. Il y a Robiel, « migrant érythréen en route depuis cinq ans, qui a échappé à la dictature de son pays, franchi à pied les déserts d’Afrique, traversé la mer jusqu’à Lampedusa, remonté toute l’Europe… pour mourir à Calais, noyé dans ce port français, à cent mètres d’un ferry qui allait l’emmener vers les côtes d’Angleterre ». Il y a la tragédie de ces 78 clandestins partis de Libye sur un bateau pourri, sans guide, sans passeur, sans GPS, sans capitaine, juste avec le geste d’un trafiquant resté au port et qui leur a dit : « la Sicile, c’est par là »… Le navire va errer pendant 23 jours. Les passagers sont tous Erythréens. Ils meurent les uns après les autres. Cinq survivants seulement, rejetés par les cargos, les pêcheurs, les garde-côtes. Séquence désespoir : « un chalutier s’approche, des marins leur jettent un bidon de dix litres d’eau, du pain trop dur pour leurs gencives et un bocal en verre de confiture qui se brise en morceaux. Et ils s’en vont. »

Calais france-police-immigration Amnesty.org

Migrants à Calais: 2014. Photo Amnesty.org.

Mais certains ont un cœur. L’auteur nous fait l’éloge des « justes de Lampedusa », ceux qui aident, donnent, prêtent, se mobilisent. Il cite l’exemple d’un village de Calabre, Acquafarmosa qui allait mourir mais qui retrouve vie avec l’arrivée des migrants et devient un modèle de cohabitation entre réfugiés et populations locales.
Chacun face à l’épreuve montre ce qu’il a dans les tripes, migrants tout comme pays d’accueil. Les Grecs ? Plutôt débordés :  «Athènes est un laboratoire à ciel ouvert dit l’auteur, l’expérience catastrophique d’un pays en crise qui voit s’agglutiner la foule des exilés sans leur offrir d’issue.150 000 migrants franchissent chaque année les frontières maritimes ou terrestres de la Grèce. Sans pouvoir en repartir…11 millions d’habitants, 4 millions d’immigrants, un million de clandestins : la Grèce étouffe. » Les Turcs ? Ils mènent un jeu habile. « La Turquie voisine, toujours prête à agacer l’Europe a laissé passer tous ceux qui peuvent déranger la Grèce, mais leur ferme la porte du retour. Avec un chantage à la clé : « supprimez l’obligation de visa pour les Turcs en Europe et… nous ne laisserons plus passer les migrants ». Et pendant ce temps, des gens souffrent, meurent. Impossible de décrire tous ces calvaires, d’intégrer la souffrance des autres.

Carte migrants UNHCR

Migrants: pays d’accueil fin 2014. (ref: UNHCR)

   « Nous sommes trop petits pour une telle quantité d’horreur… Inconsciemment nous filtrons dit Jean-Paul Mari. Pour nous protéger, ne pas être submergés par la chose… Une vie d’étude ne suffit pas à sonder les plaies purulentes de l’humanité. »
La méfiance des Européens, leurs refus, leurs hésitations, les barbelés, les murs, ne pèsent pas lourd face à la volonté de ceux qui ont subi pareil calvaire pour gagner notre vieux continent. Dans les brumes de Calais, Jean-Paul Mari a pu les observer. « Il pleut à verse. Le ciel détrempe la mer. Soleil ou pluie, les clandestins se fichent de la météo. Ils tournent dans la ville en cherchant l’échappée anglaise, le bateau qui traverse, le camion qui embarque, le radeau qui dérive, une bouée, un pédalo, tout ce qui flotte glisse ou marche sur l’eau »
Philippe Rochot
Jean-Paul Mari : les bateaux ivres. Editions JC Lattès.
19€

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Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !
Arthur Rimbaud : le bateau ivre.

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Eclairage sur mon livre-photos: «Reportages pour mémoire ». Philippe Rochot.

« Il fait des photos, depuis toujours. Comme s’il avait pressenti qu’il lui faudrait enfouir des images à lui, amasser un trésor personnel pour le jour sombre où sa course folle serait interrompue, où on lui interdirait tout mouvement. » Cet extrait de la « super-préface » que consacre Jean-Paul Mari à mon livre est sans doute bien senti. «Reportages pour mémoire » est avant tout un livre d’images, un « carnet photographique » comme dit l’éditeur Erick Bonnier que je dois remercier pour avoir été sensible à ces témoignages des événements passés et à ma démarche journalistique.

067 Afghanistan Jalabad et Tora Bora nov 2001 corrigée NB (TIR) (Copier)

Afghanistan 1996: dans Kaboul encerclée par les Talibans. (c) Ph Rochot.
Un confrère me faisait remarquer que chacun des thèmes abordés dans « Reportages pour mémoire » pourrait faire l’objet d’un livre: l’Arabie des années 70, la guerre du Liban, la révolution iranienne, les maquis d’Afghanistan, l’islam d’Asie, la montée en puissance de la Chine. Le véritable fil conducteur est finalement mon itinéraire.
L’histoire passée nous permet souvent d’expliquer l’actualité en cours. Dans cet esprit j’ai voulu redonner une nouvelle vie à mes photos de reportage réalisées au Proche-Orient, en Asie, en Afrique. Une photo peut parfois parler seule mais elle a aussi besoin d’une légende. J’ai souhaité à chaque image expliquer dans quelles conditions et dans quel esprit je l’avais prise. Le texte permet de brosser le contexte international dans lequel ces reportages ont été réalisés.

025 Gaza 1994 (17) signé (Copier)

Gaza: 1996. Le temps des martyrs.
Fallait-il raconter une nouvelle fois ces situations extrêmes où l’on se fait braquer à un barrage, où l’on entend siffler le vent du boulet, où l’on piétine aux frontières pour entrer dans un pays en guerre, où la police politique d’une dictature exotique vous saisit votre film ou la carte mémoire de votre appareil ? Ces situations sont présentes dans le livre afin d’apporter le piment nécessaire aux images mais j’ai voulu dépasser ces anecdotes qui animent régulièrement les conversations des reporters en fin de mission. De même l’affaire des otages du Liban est très peu évoquée ; je pense que tout a été dit sur le sujet et les images me manquent pour en parler plus avant. Certains esprits forts ont pu néanmoins s’étonner que je n’aie pas rapporté de photos de ma détention au Liban…

029b Liban ga Beyrouth 75 ,the day after,desert et ruines (Copier)

Liban. Beyrouth: the day after. 1975. (c) Ph Rochot.

Ce livre est aussi le résultat d’une passion qui ne m’a jamais quitté, celle de l’image fixe. J’ai toujours pensé qu’un appareil photo devait être le compagnon indispensable de mes missions, en plus de la caméra professionnelle.
J’ai donc voulu éterniser à travers mon propre regard et ma propre sensibilité les événements vécus, les drames, les guerres, mais aussi les choses de la vie, les clins d’œil au destin.

Philippe Rochot
Reportages pour mémoire, c’est aussi un blog : philipperochot.com
Et un site photo : philipperochot.piwigo.com

Sur la route avec les migrants: « Kotchok » de Claire Billet et Olivier Jobard…

Suivre un groupe de migrants dans son parcours d’obstacles de l’Afghanistan jusqu’à l’Europe, de Kaboul jusqu’à Paris, en partageant leurs misères et leurs bonheurs, est un acte journalistique fort. Il faut saluer l’enquête de longue haleine réalisée par Claire Billet et Olivier Jobard avec cinq migrants sur le chemin de l’exil, qui sort en librairie et porte ce nom mystérieux de Kotchok : traduisez : « clandestin » en pashto.

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Campement des migrants d’Austerlitz après évacuation: 17 sept 2015: (c) Ph Rochot.

En marge de ce récit haletant, les auteurs nous font partager les dialogues entre migrants. Ils en disent long sur l’état d’esprit de ceux qui font la route vers l’Europe. Voici un extrait.
– Il parait que la France est très luxueuse. Il y a des bâtiments chics, des gens propres, de l’ordre.
– Il parait que les hélicoptères diffusent du parfum tous les matins au-dessus de la ville de Paris.
– On se promènera dans les parcs et les jardins, on verra des fleurs de toutes les couleurs.
– – Tu crois qu’en Europe les rues sont pleines de filles et qu’il suffit de les draguer.
– On va s’habiller comme eux. Tu imagines si on gardait nos vêtements afghans !
– – Il y aura plein d’oiseaux parce qu’ils n’en tuent aucun.

(extrait de « Rêve d’une pluie de parfum : Torkham /avril 2013.)

«Kotchok»: sur la route des migrants. Photos Olivier Jobard, récit Claire Billet
Ed Robert Laffont : 22 €

Migrants Austerlitz expulsion sept 2015 (12) (Copier)

Le camp d’Austerlitz après évacuation: les traces d’un parcours sans fin: Paris, 17 sept 2015.(c) Ph Rochot.

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