L’envoi de 300 conseillers militaires américains à Bagdad suffira-il à inverser la tendance et contribuer à restaurer la souveraineté du pays ? Seule l’administration Obama dans sa grande naïveté peut y croire. Même si ces hommes vont tenter de réorganiser l’armée irakienne afin qu’elle bloque l’offensive djihadiste sur Bagdad, il en faudra un peu plus pour convaincre les tribus sunnites de renouer avec le pouvoir central.

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Soldat américain, région de Bassora, sud de l’Irak, 2003. (Photo Ph Rochot.)

Les djihadistes étaient absents d’Irak en 2003 quand Georges Bush a pris le prétexte de l’existence d’Al Qaïda pour faire tomber le dictateur irakien.. Ils ont donc profité de la déstabilisation provoquée par les Américains et les britanniques pour s’enfoncer dans la brèche et s’installer en Irak . L’objectif de Georges Bush était clair : poursuivre la mission de son père qui avait « bouté l’armée irakienne hors du Koweit » et aller jusqu’à Bagdad déloger le dictateur irakien.

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Frontière Irak / Koweit, cimetière de chars. (Photo Ph Rochot)

Les « observateurs » font remonter la crise à l’invasion du Koweit par l’armée irakienne en 1990. Mais elle est bien antérieure. Saddam Hussein s’est lancé dans cette aventure militaire car il estimait n’avoir pas été payé en retour pour les services rendus à l’occident. A savoir, tenter de renverser la république islamique d’Iran et faire barrage à la vague chiite qui a fait suite à l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny à Téhéran. La guerre contre l’Iran aura coûté à l’Irak près de 800.000 morts pendant que le Koweit observait en simple spectateur deux armées s’étriper à sa porte sur le front du Chatt el arab.

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Saddam Hussein, en 1974 alors qu’il vient d’arriver au pouvoir. (Photo Ph Rochot)

Saddam n’avait que mépris pour le Koweit, état artificiel créé par les britanniques sur des terres irakiennes pour éviter que l’Irak ne devienne un pays trop puissant aves ses fabuleuses ressources pétrolières. « Le Koweit paiera » disait le maître de Bagdad. Mais le Koweit n’a pas payé. Ou si peu. L’éclatement de l’Irak remonte ainsi à cette guerre Irak-Iran des années 1980. Le pays ne s’en est jamais relevé. Ni vainqueur ni vaincu disait-on en 1988. Erreur ! Un vaincu, l’irak qui le paye encore aujourd’hui : un pays éclaté en trois où la seule région stable est étonnamment le Kurdistan irakien, contre qui Saddam Hussein a toujours fait la guerre.

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Djihadistes dans les environs de Tikrit, autrefois fief de Saddam Hussein (photo DR, reprise site RFI)

Le pays sunnite en révolte s’est rangé aux côtés des djihadistes, chose inimaginable il y a seulement dix ans. Et le pays chiite, de Bagdad à Bassorah, favorisé après la chute du dictateur est aujourd’hui ébranlé, vulnérable, déstabilisé, impuissant et son avenir soumis à la bonne volonté américaine…

ImageMosquee de Samarra, lieu saint chiite en terre sunnite, à 100 km de Bagdad, et dernier terrain d’affrontement entre les djihadistes et l’armée irakienne…. (Photo Ph Rochot), 

En 1974, jacques Chirac, chef du gouvernement, effectuait le premier voyage d’un dirigeant français auprès de Saddam Hussein le nouvel homme fort d’Irak. Et Chirac avait été séduit. « C’est un élément de stabilité dans la région » nous disait-il. Faut-il donc croire que seul un dictateur peut maintenir l’unité dans ces pays arabes divisés en véritables mosaïques ethniques et religieuses ? Nous devons en refuser l’idée, favoriser des forces démocratiques qui sauront dominer ces clivages religieux et faire barrage à la poussée des djihadistes. Beaucoup de temps devra sans doute s’écouler au pays des deux fleuves.

Philippe Rochot