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Tibet, le lycée de Lhassa 2006 (photo Ph Rochot) 

Quand il parcourt le monde, le Dalaï Lama utilise toujours son anglais rocailleux alors qu’il devrait porter haut et fort l’étendard de la langue tibétaine . Les interprètes de tibétain ne manquent pourtant pas. Quand il visite la France, il peut compter sur le moine Matthieu Ricard qui peut traduire aisément ses propos. La langue tibétaine serait-elle donc  menacée ? Sans doute mais elle survit…

Le tibétain reste un instrument de communication indispensable au pays des neiges. Même si le chinois est la langue du commerce et des affaires, le tibétain tient sa place et son rôle dans l’éducation et les échanges.

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Kelsang Gazangji, professeur d’anglais au Tibet oriental lors d’un échange avec l’association Rokpa.

                          L’association Rokpa, très active au Tibet oriental nous a fait partager un entretien avec Kelsang Gazangji, professeur d’anglais dans la petite ville de Tiansa peuplée à 70% de tibétains. « Les enfants apprennent à prier en même temps qu’ils apprennent à parler » dit-elle pour nous montrer que la culture bouddhiste y reste bien ancrée. Dans son établissement où le nombre d’élèves peut atteindre une centaine par classe, le proviseur et les professeurs sont Tibétains. Les maths et la biologie sont enseignés en tibétain. Les enseignants chinois ne représentent que 10% du corps professoral mais il est clair que les élèves sont encouragés à pratiquer le chinois qui fait partie des matières obligatoires.

La loi précise que l’enseignement doit se dérouler dans la langue des minorités. Mais tout dépend des provinces et des districts. Les cinq provinces chinoises qui ont « avalé » la moitié du Tibet historique dans les années 50, ne fonctionnent pas comme la région autonome. L’enseignement doit aussi tenir compte de l’importance de la population tibétaine dans chaque région.

Une étude du Comité pour l’éducation de la Région autonome du Tibet, (qui représente près de la moitié du « Tibet historique ») affirme que la langue d’instruction principale est le tibétain dans 95 % des écoles primaires. En revanche, seulement 13 % des collégiens et 5,7 % des lycéens tibétains suivent une formation où tous les sujets sont enseignés en tibétain.

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Le Dalaï Lama et son fidèle interprète, Matthieu Ricard: Paris 2009 (Photo Ph Rochot)

Le Tibet, comme les autres provinces, répond au mot d’ordre du parti communiste: satisfaire « les trois garanties », la nourriture, le logement et l’éducation…Une éducation qui n’est pas gratuite, même si le pouvoir chinois l’a de nouveau proclamé en 2006..Il faut toujours « remercier » les professeurs ou les directeurs d’école avec quelques dizaines de yuans ou même des cordyceps, ces précieux champignons des hauts plateaux tibétains, réputés pour stimuler l’appétit sexuel et qui se vendent à prix d’or sur le marché chinois…Des cours privés de tibétain sont également dispensés dans les familles et dans les monastères. Ils ne sont pas gratuits mais ils aident à la survie de la langue tibétaine.

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La communauté tibétaine de France, environ 500 personnes (Photo Ph Rochot)

Les chiffres fournis par l’association Rokpa ne sont pourtant pas réjouissants. Dans les régions tibétaines, l’alphabétisation serait de 38% chez les hommes et de 13% chez les femmes. Akong Rimpoché le président de l’association, assassiné à Shengdu en 2013, disait que l’éducation était plus importante pour les filles que pour les garçons, car ce sont les femmes qui transmettront ensuite le savoir aux enfants.

Mais dans ce domaine, les Tibétains continuent de « voter avec leurs pieds ». Pour eux, un meilleur apprentissage de la langue tibétaine se trouve au-delà des frontières de l’Himalaya, vers la terre d’exil du Dalaî Lama.. Les chiffres fournis par le gouvernement tibétain en exil en Inde à Dharamsala parlent d’eux-mêmes . Durant ces quinze dernières années, 49.000 enfants tibétains ont fui la Chine pour suivre un enseignement plus adapté à leur culture. Quand on connait les épreuves et les sacrifices que représentent un tel passage clandestin du Tibet à l’inde, il faut croire que ces familles avaient envie de tourner la page.

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Akong Rimpoché, fondateur et ex président de Rokpa  (photo du site Rokpa)

La langue tibétaine survit néanmoins dans le système d’enseignement chinois. Lorsque le fondateur de l’association Rokpa, Akong Rimpoché est retourné au Tibet quelques années après la révolution culturelle, il estimait que la langue tibétaine était en voie de disparition. Elle a quand-même repris un nouveau souffle.

Philippe Rochot