Chine : la classe ouvrière ira-t-elle au paradis ? Mon regard sur le livre de H. Dongfang et M. Sztanke : « Mon combat pour les ouvriers chinois »… Ph. Rochot

                    Un ouvrier stakhanoviste, apprécié de ses patrons, retourne sa blouse et  s’investit dans l’action syndicale. C’était le scénario du film d’Elio Petri: « La classe ouvrière va au paradis », palme d’or à Cannes en 1972. Mais qui aurait pu penser que la Chine, à l’époque en pleine révolution culturelle, serait à son tour gagnée par la lutte syndicale ?

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Canton: fabrique de chaussures (Ph Rochot)

                   Le constat de Han Dongfang, ex-militant de Tiananmen qui a connu durant deux ans les prisons chinoises avant de fonder le mouvement « China Labour bulletin » est sans appel : « les ouvriers chinois ne sont pas de pauvres gens sans défense, incapables de faire face à l’ogre de la mondialisation. La hausse des conflits sociaux dans les entreprises en est la preuve. On estime à 80.000 le nombre de grèves chaque année en Chine ».

                   Dans son ouvrage, « Mon combat pour les ouvriers chinois », Han Dongfang estime que la classe ouvrière a aujourd’hui les moyens de faire face aux injustices permanentes : les bas salaires (80 euros/mois) les heures supplémentaires non payées, les jours de congés trop rares, la sécurité non respectée sur les chantiers : des conditions de travail devenues une bombe à retardement pour le pouvoir, obligé de composer.

Han Dongfang Mon combat pour les ouvriers chinois janvier 2014 (3)_modifié-1BNW

                  La preuve : les maladies professionnelles. Elles n’étaient pas reconnues par le Bureau du Travail. Ce fut le cas de la silicose, contractée par 180 ouvriers migrants sur les chantiers de Shenzhen en 2008. Ces « paysans-ouvriers » n’avaient pas de contrats de travail et ne pouvaient guère protester. De plaintes rejetées en manifestations réprimées, ils ont fait jouer la loi qui oblige les entreprises à signer des contrats avec leurs employés. Leur plainte ira jusqu’au tribunal administratif .

                  Pour étouffer l’affaire le gouvernement leur accorde une indemnité de près de 10.000 euros par personne. Du jamais vu. L’information va parcourir toute la Chine, relayée par les réseaux sociaux chinois (weibo) donnant espoir aux dizaines de milliers de silicosés. Et de nouveau le pouvoir va indemniser des victimes. La silicose est aujourd’hui reconnue en Chine comme maladie professionnelle : un grand bond en avant. On pourrait multiplier les exemples : l’association « China Labour Bulletin » estime qu’elle a porté devant la justice chinoise le cas de 1428 ouvriers depuis sa création.

                    Mais il reste à  faire. Depuis 1950, la « Fédération Syndicale » se veut le seul représentant légal de la classe ouvrière et il n’existe toujours pas de syndicats libres. Les syndicats officiels sont tenus par des gens qui n’appartiennent même pas au monde ouvrier et dont l’objectif est surtout de défendre les intérêts du parti…. Régulièrement ils sont discrédités.

                    Face à la pression des ouvriers et des « avocats aux pieds nus », le pouvoir recule. Il a dû accepter par exemple de supprimer le fameux « hukou » qui fichait les citoyens chinois comme paysans ou citadins. Ainsi les ouvriers migrants ne sont plus des clandestins sur les chantiers des villes. Les autorités ne peuvent pas les renvoyer dans leurs campagnes.

                    « L’atelier du monde » évolue à grande vitesse. Si le cinéaste Elio Petri était encore de ce monde il aurait sans doute aimé nous montrer qu’en Chine également, la classe ouvrière pouvait aller un jour au paradis.

                      Philippe Rochot

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Ref : « Mon combat pour les ouvriers chinois » de Han Dongfang, avec la collaboration de Michaël Sztanke.

Ed. Michel Lafon

Image

Han Dongfang dédicace à Paris: janvier 2014 (Ph Rochot)

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