Algérie : terre d’espoir des Vaudois. Centenaire de l’exode des habitants de Dormillouse. Ph Rochot.

Village de Dormillouse

Il y a cent ans, une dizaine de familles du village de Dormillouse dans les Hautes Alpes embarquaient pour l’Algérie dans l’espoir d’une vie meilleure. Des colons pas comme les autres. Ils représentaient la dernière migration de ce petit village perdu sur les hauteurs de la vallée de Freissinières : un village refuge, un village peuplé de ces Vaudois dont les aïeux durant des siècles ont tenté d’échapper aux persécutions.

A l’origine, ils se faisaient appeler « les pauvres de Lyon » et suivaient un prédicateur du nom de Pierre Valdo. Ses disciples prêchaient dans toute l’Europe le retour à la pureté de l’église primitive, ce qui ne correspondait pas à l’enseignement de l’église de Rome et déclencha la fureur de la papauté. Tolérance zéro pour ces Vaudois qui furent arrêtés, torturés, excommuniés sans pitié.

Village de Dormillouse: le temple: 2018. Ph Rochot

Les Hautes-Alpes, difficiles d’accès à l’époque, leur servit de refuge pendant des siècles et notamment ce village perché de Dormillouse, au fond d’un vallon étroit, dominant une cascade impressionnante, face à une paroi abrupte. De là ils pouvaient voir arriver la troupe qui les traquait en permanence et s’enfuir vers les hauteurs.

Les Vaudois sont devenus protestants en 1532 mais ils ont dû continuer de vivre dans la clandestinité, traqués, pourchassés, massacrés. L’édit de Nantes a signifié pour eux une période de paix de quelques décennies. Mais sa révocation en 1685 a relancé les persécutions. Le but était de mettre fin aux « hérésies » et de bannir le protestantisme dans toutes ses formes. Les Vaudois faisaient partie du lot.

Dormillouse: gravure de 1837.

Il faut saluer le courage de ces populations qui sont parvenues à survivre dans des conditions extrêmes sur des terres accrochées aux pentes abruptes à quelque 1800 mètres d’altitude, mais qui reçoivent quand-même 4 heures de soleil par jour en hiver.

Au milieu du 19ème siècle, la terre n’est plus rentable et ne suffit plus à nourrir ses populations. Alors il faut partir. L’Algérie pourquoi pas ? Le voyage n’effraie pas les familles de Dormillouse qui ont passé leur vie à fuir l’oppression. En 1881, une dizaine d’entre elles prennent le chemin de la méditerranée à dos de mulet pour embarquer à destination de l’Algérie. Nouvelle terre mais terre inconnue, même si elle est colonie française depuis 1830.

Algérie, région de Oran. Campement voisin du village de Tenereza bâti par les Vaudois. Photo de Emile Niel.

Personne n’a dit aux candidats à l’exode qu’il y avait des habitants, des populations qui n’avaient pas forcément les mêmes coutumes qu’eux : un choc dans leur vie. Néanmoins ils s’installent, dans la région d’Oran et fondent « le village des trois marabouts ». Ils devront attendre trois ans avant que les cultures soient rentables.

Un homme fera en permanence le lien entre la région de Dormillouse et les villages bâtis en Algérie, poussant d’autres familles à fonder d’autres villages comme celui de Guinard. Il s’appelle Émile Niel, il est commerçant, entrepreneur, industriel, mais aussi photographe à ses heures. C’est lui qui nous laissera quelques images d’époque. Émile Niel a découvert Dormillouse et ses habitants en prenant son premier poste d’instituteur en 1877. Il est fasciné par la communauté religieuse de ces derniers Vaudois français repliés dans ce village, relevant chaque jour le défi lancé par la nature. Il organisera l’émigration des familles les plus démunies et les accompagnera même dans cette aventure.

Village des Viollins, autrefois repaire des Vaudois sur le chemin de Dormillouse: Hautes-Alpes. 2021 : Ph Rochot

Le dernier voyage des migrants de Dormillouse se déroula en 1921, il y a donc cent ans et permit de fonder le dernier village vaudois de l’Oranais : Tenereza.

Au delà des photographies Emile Niel a conservé quelque 2000 lettres échangées entre les familles parties pour l’Algérie et celles restées à Dormillouse.

Cet héritage culturel et historique est aujourd’hui repris et géré par son arrière petit fils, Philippe Massé, ancien professeur des universités qui a fondé l’association « Retour à Dormillouse ». Il a publié de nombreux ouvrages sur la vie des Vaudois. Le dernier: « la leçon de Dormillouse ». On lui doit l’exposition qui se tient actuellement à la mairie de Freissinières sur le centenaire du dernier exode des habitants de Dormillouse, vers l’Algérie. Certains seront déçus d’apprendre qu’après l’indépendance de l’Algérie en 1962, les anciens exilés ne sont pas rentrés au village de Dormillouse mais se sont dispersés à travers le vaste monde pour une vie meilleure.

Philippe Rochot

5 réflexions sur “Algérie : terre d’espoir des Vaudois. Centenaire de l’exode des habitants de Dormillouse. Ph Rochot.

  1. MERCI PHILIPPE pour cette histoire passionnante car je cherchais des éclaircissements depuis quelques temps. Mon origine protestante fait que je m’intéresse à ce récit.

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