Photo La Gacilly : un festival qui tient le choc. Ph Rochot

Photo en Une: Les lémuriens de Madagascar de Ulla Lohmann

« Les festivals photo seront en plein air ou ne seront pas. »  C’est peut-être la leçon qu’il faudra tirer de la pandémie de Covid19 qui met à mal, cette année encore, bon nombre de rencontres autour de l’image. Grâce à ses expos en extérieur, dans les parcs et sur les murs du village, le festival La Gacilly échappera une nouvelle fois à la menace d’annulation. En 2020, il avait pu garder le cap, accueillant plusieurs dizaines de milliers de visiteurs. Cette année, il prendra à peu près les mêmes dispositions que l’an passé : respect de la distanciation, filtrage des visiteurs, mise en valeur des expos dans les prés, les jardins et les grands espaces autour du village.  

La 18ème édition sera tournée vers l’environnement. La tentation de lier les problèmes écologiques à la pandémie que nous vivons est forte mais elle est sincère et sans doute proche de la vérité. Je retiens l’opinion de Cyril Drouhet, commissaire aux expositions : « Plus de 60% des nouvelles maladies infectieuses sont désormais d’origine animale. Cette tendance est directement liée aux activités humaines. De l’agriculture intensive à la déforestation, en passant par l’extraction minière et l’exploitation des animaux sauvages, ces pratiques destructives nous mettent en contact toujours plus étroit avec les animaux, créant les conditions idéales au franchissement de la barrière d’espèce. En ce sens, Ebola, le VIH, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) tous d’origine zoonotique, sont autant d’avertissements ignorés. »

Le Grand Nord de Tina Ittikonen

A l’heure où les reportages sur l’environnement nous montrent surtout sécheresse, déforestation, vie des océans menacée, La Gacilly choisit le grand froid avec sa série « Plein Nord » à laquelle participent une dizaine de photographes des pays scandinaves.

Bon choix, car le réchauffement climatique ne menace pas que la vie des peuples du Sahel, mais aussi celle des gens du grand nord comme les Inughuit, une minorité inuite qui se bat pour conserver son mode de vie traditionnel.

C’est la région choisie par la photographe finlandaise Tiina Itkonen. Ces paysages sobres et grandioses, figés par la neige et le froid, ces habitations sommaires et colorées donnent à la terre des inuits un aspect de fin d’époque face à la catastrophe climatique qui s’aggrave d’année en année.

Photo de Ragnar Axelsson

L’Islandais Ragnar Axelsson, sur ces mêmes steppes givrées du Groenland nous fait ressentir, avec ses clichés noir et blanc, l’atmosphère unique d’un monde en voie de disparition, celui de ces peuples en perpétuel mouvement sur la calotte glaciaire avec leurs chiens de traineaux. Du déjà vu me direz-vous ! Non car l’auteur opère avec une sobriété qui met en valeur son décor de neige et glace.

Avec Olivier Morin, photographe de l’Agence France Presse, nous abordons l’aspect ludique du réchauffement climatique. Il a longtemps vécu à Stockholm : surfer dans une mer glaciale à 4 degrés ne lui fait pas peur. Avec sa planche, il profite des fjords enneigés protecteurs pour se couler dans les vagues régulières. « M’immerger dans une eau glacée, est un vrai plaisir, mes sens sont plus aiguisés, épurés, les sensations sont très intenses. Dans ces moments-là, je ne me sens plus sur la même planète dit-il. »

Photo de Olivier Morin. Le surfer Tom Caroll en route pour affronter les vagues de l’Arctique.

Le festival 2021 a classé les séries des photographes en deux chapitres intitulés « Plein nord » pour les reportages effectués au Groenland et en Scandinavie et « le Monde de demain » pour les sujets qui touchent l’environnement.

Les reportages sur la forêt amazonienne sont devenus incontournables. Le photographe britannique Nick Brandt, nous fait retrouver le thème de la menace éternelle de l’urbanisation galopante qui mord sans cesse sur l’habitat naturel des animaux. On remarque aussi un sujet original de Catalina Martin-Chico avec sa série « la Forêt vivante ». Il existe en Equateur une forêt qui serait habitée par des êtres protecteurs chargés de veiller sur l’environnement et les écosystèmes.

Photo de Ulla Lohmann: le sort des lémuriens…

Les Sakalavas, vous connaissez ? C’est un groupe ethnique de Madagascar qui vit sur la côte occidentale de l’île. Ils sont les héritiers d’un ancien empire. La photographe Ulla Lohmann a partagé leur quotidien car ce sont des peuples qui se placent en protecteurs des lémuriens. Ces primates aux grands yeux étonnés, sont en effet menacés d’extinction alors qu’ils sont considérés comme des êtres sacrés. Dans ces territoires, la déforestation est également sévèrement réprimée.

Mathias Depardon avait retenu notre attention ces dernières années. Pas tellement en raison du nom qu’il porte puisqu’il est l’homonyme d’un de nos prestigieux photographes, mais par sa détention dans les geôles turques. Sa faute ? Avoir fréquenté les régions kurdes et laissé traîner dans son ordinateur quelques photos de militants du PKK considéré comme un mouvement terroriste par le pouvoir à Ankara. Mathias Depardon reste passionné par le problème du partage des eaux de l’Euphrate et les constructions sur les méandres du Tigre: barrages, sécheresse, inondations etc.

Gens des marais: populations de Mésopotamie. Photo de Mathias Depardon.

Bonne idée également que de nous montrer comment vivent aujourd’hui les « arabes des marais » de Mésopotamie. Plus de 200 000 paysans, des chiites irakiens, peuplaient cette région du delta du Tigre et de l’Euphrate avant la guerre Irak-Iran en 1982, vivant dans des maisons de roseaux et se déplaçant en barque. Or ces marais ont été asséchés par Saddam Hussein pour neutraliser toute forme de rébellion. La région a été réhabilitée mais à présent ne vivent plus que quelques dizaines de milliers d’habitants.

En cette deuxième année d’un festival placé sous le signe du Covid, les organisateurs tentent un vœu pieux : que la pandémie soit un signal d’alarme qui nous pousse à changer de cap et à modifier notre rapport avec la nature.

Philippe Rochot

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