Invalides: « Mémoires de guerre » Le regard de Philippe de Poulpiquet

A l’heure où les festivals, les expositions ou les salons photo sont annulés ou reportés pour cause de pandémie, il faut se réjouir de trouver de vastes sites qui peuvent encore sans crainte présenter le travail des photographes. C’est le cas des Invalides à Paris avec l’exposition de Philippe de Poulpiquet « Mémoires de guerres ». L’institution fête ses 350 ans, l’occasion de découvrir son rôle et de connaitre les hommes et les femmes qui la font vivre à travers le regard d’un photographe.

Les Invalides, pour le public, sont restés ce lieu d’hommages aux héros de la nation, grands hommes et femmes d’exception, soldats tombés durant les opérations extérieures de l’armée française dont les cercueils sont exposés dans la cour pavée face à un parterre de personnalités qui en feront l’éloge.

(c) Philippe de Poulpiquet/ Musée de l’armée: Paris.

Des blessés de guerre et des victimes du terrorisme se font encore soigner dans cette forteresse de pierre entourée de pièces d’artillerie symboliques qui abrite le tombeau de Napoléon. Ce fut le cas de Philippe Lançon, survivant miraculé des attentats de Charlie qui nous a laissé ce livre si prenant, « Le Lambeau ».

Jacques Christiani. Il rejoint la France libre à 20 ans mais il est capturé. Il retrouve plus tard le réseau Navarre mais il est de nouveau arrêté par la Gestapo en 1944. Il s’évade et termine la guerre en Normandie aux côtés des alliés… (c) Ph de Poulpiquet. Musée de l’armée: Paris.

Le site des Invalides est austère, souvent glacial et venté en hiver. On dit que les vastes arcades de l’hôpital fondé par Louis XIV en 1670 sont destinées à provoquer de violents courants d’air pour chasser microbes et virus. Car ces intrus circulent parmi les patients de tous âges : jeunes soldats blessés en Afghanistan ou au Mali, anciens combattants parfois centenaires. La mission première des Invalides est restée la même : traiter et soigner les victimes de nos guerres. A son apogée, l’hôpital accueillait plus de 4000 patients.

Echanges de rires entre générations : Kevin Emeneya blessé à la tête en Afghanistan et Maurice Chauveau ancien combattant, le jour de ses 100 ans; (c) Ph de Poulpiquet.

Pour évoquer cette tranche de mémoire, le musée des Invalides a fait appel à un reporter de terrain plutôt qu’à un photographe du service de presse des armées et il faut s’en féliciter. Philippe de Poulpiquet, photoreporter au Parisien, a parcouru des terrains aussi variés que l’Afghanistan, le Mali, la révolte des gilets jaunes, la route du Tour ou le Covid-19. On se souvient de son livre intitulé « Pour la France » où il présente avec une grande pudeur la vie et la survie de dix soldats français revenus handicapés de la guerre d’Afghanistan. (1)

Obsèques du colonel Jean-Rives Niessel 92 ans aux Invalides. (c) Ph de Poulpiquet.

Cette ouverture sur le monde se retrouve dans le regard de l’auteur qui évoque cette mémoire des guerres sur le site des Invalides à travers une sélection de 75 photos dont les reproductions agrandies sont présentées autour des douves et sur les grilles de l’institution. Dans le musée de la guerre sont exposés les tirages originaux réalisés en 2019 pour la collection privée de l’établissement.

Invalides: la salle des massages. (c) Philippe de Poulpiquet.

Philippe de Poulpiquet a consacré une année de sa vie professionnelle à réaliser ces photos, de l’été 2017 à l’été 2018 : une immersion parmi les malades, les handicapés mais aussi les soignants. Une expérience humaine comme seuls peuvent en vivre les journalistes en mesure de gagner la confiance des victimes et du personnel médical.

Lea Poulard aide-soignante et Laurent Descherre ancien sous-officier blessé en service. (c) Ph Rochot.

On retrouvera donc avec bonheur le portrait du colonel Jean Baby, illustre combattant de la Seconde Guerre mondiale et du conflit indochinois, imposant par sa carrure et ses médailles, décédé en août 2019. Philippe de Poulpiquet nous livre les coulisses de la photo : « Pour l’anecdote, lorsque j’ai fait ce portrait, j’étais persuadé qu’il me regardait. Un peu plus tard, le personnel des Invalides m’a dit que oui, son œil de verre me regardait, mais que l’œil qui lui restait était fermé, donc qu’il s’était endormi pendant la séance de prise de vue… Telle que vous le voyez, il dort! Je salue la mémoire de ce résistant isérois durant la Seconde Guerre mondiale et ancien combattant d’Indochine où il a été blessé par une mine, il perd alors l’œil gauche et sera amputé de la jambe ».

Ces portraits en XL accrochés sur les murs des douves des Invalides sont visibles par tous, au grand air et s’accordent parfaitement avec le lancement des journées du patrimoine.

Philippe Rochot

 

Expo aux Invalides : du 19 sept au 3 janvier.

Le 11 novembre, sortie du livre « Mémoires de guerre » de Philippe de Poulpiquet aux éditions Filigranes.

  • (1) Ref article « Pour la France » : sur ce même site: « les oubliés d’Afghanistan » Mon regard sur le livre de Philippe de Poulpiquet…

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