« Liban la ligne verte » : itinéraire photo sur la ligne de démarcation… Expo Yan Morvan.

Depuis près de huit ans les objectifs des photographes sont tournés vers l’Irak et la Syrie pour y suivre les progrès et l’agonie de l’Etat islamique. Les atrocités commises par Daech ou par le régime de Bachar el Assad nous ont fait oublier la décennie de guerre au Liban des années 1980, qui fut aussi particulièrement meurtrière.

L’exposition que propose Yan Morvan à la galerie Folia à Paris, Liban la ligne verte, a le mérite de nous remettre la mémoire en place. Cette douzaine de portraits de familles, de combattants ou de simples vendeurs ambulants pris à la chambre, donnent une nouvelle dimension aux personnages et à ce théâtre de la guerre libanaise où les décors étaient faits de murs criblés de balles, de barricades et de ruines. Ces destructions préfiguraient déjà celles qui allaient gagner vingt ans plus tard la Syrie voisine.

Hussein, membre du PSNS (Parti Social Nationaliste Syrien) avec sa femme et ses deux enfants devant cette maison où il vit depuis dix ans. Il montre la photo d’un « martyr » du parti, un kamikaze qui a foncé avec sa voiture bourrée d’explosifs contre un point de contrôle israélien, faisant une trentaine de morts. (c) Yan Morvan.

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L’idée de Yan Morvan était simple mais bonne : parcourir pendant plusieurs semaines cette fameuse ligne de démarcation baptisée ligne verte, qui coupait en deux Beyrouth et le Liban sur une quinzaine de kilomètres. Elle séparait d’ouest en est musulmans et chrétiens, Palestiniens, chiites, druzes, milices phalangistes et combattants du mouvement Amal… Il fallait y ajouter l’armée israélienne venue faire régner l’ordre à Beyrouth-ouest après avoir pilonné les camps palestiniens à l’été 1982 mais aussi les miliciens du « Parti de Dieu » le Hezbollah, inspiré de la révolution iranienne qui faisaient leurs premières armes en luttant contre la présence de Tsahal au Liban.
« Pendant 45 jours dit Yan Morvan, j’ai parcouru cette ligne de désolation du côté ouest de la montagne jusqu’au port : rue après rue, maison après maison. J’ai rencontré les acteurs de cette veine sanglante et réalisé leur portrait avec une chambre photographique Linhof Technika 4×5 inches. »
Les images réalisées avec cet appareil impressionnant qu’est la Linhof donnent aux personnages une dimension nouvelle. Avec une chambre photographique comme celle-ci on ne passe guère inaperçu. L’engin s’impose aux personnages et au décor et restitue pleinement la dimension humaine. Yan Morvan nous confiait dernièrement : « Le 24×36 se vend beaucoup mieux que les photos à la chambre parce que les gens privilégient toujours Cartier Bresson et son instant décisif. Il y a toute cette idéologie qui veut ça. Le 24×36 est un peu comme un entrainement de foot. Ensuite c’est du cadrage où toutes les connaissances esthétiques de la gravure de la peinture, du dessein, sont mises en avant pour la composition, alors que la chambre, c’est le sujet et la mise en scène qui sont importants… »

Beyrouth: mère et trois enfants. Le quartier des grands hôtels a été le théâtre de violents affrontements durant le début de la guerre 1975-1976. C’est encore une ligne de démarcation entre chiites, druzes et chrétiens. Des familles sans ressources ont été relogées là. (c) Yan Morvan.

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L’expo « Liban la ligne verte » nous renvoie à l’œuvre monumentale de Yan Morvan « Liban, chroniques de guerre, 1982-1985 » paru à l’automne dernier. « Dans ce livre sur le Liban j’ai les deux aspects de la prise de vue nous dit-il: le 24×36 et la chambre, ce qui est important. »
Le travail à la Linhof vient en effet compléter le travail du photoreporter sur le terrain. La chambre apporte le recul nécessaire après les images chocs capturées à chaud, comme celles des bombardements israéliens sur les camps de la périphérie de Beyrouth en 1982 ou celles de l’attentat du Drakkar en 1983 qui coûta la vie à 58 paras français.

Ce travail sur la guerre du Liban, que l’on pourrait comparer à son autre ouvrage majeur « Champs de bataille », permet de découvrir ou redécouvrir 360 images de ce conflit que les Libanais ont en partie occulté et que le monde a tendance à effacer depuis la guerre civile dans la Syrie voisine.

Philippe Rochot

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Village de Karamé: Khalil Amer, son épouse et sa belle sœur ont toujours vécu dans ce village de Karamé mais la plupart des habitants ont fui depuis le début de la guerre et il ne reste qu’une dizaine de familles. (c) Yan Morvan.

                                     Expo galerie Folia: jusqu’au 27 avril 2019.  13, rue de l’Abbaye 75006 Paris

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