De Johnny à Yves Saint-Laurent : les « Souvenirs d’avenir » de Jean-Marie Périer. (Expo Grande Arche La défense) Ph. Rochot

Faut-il appartenir à la génération des « sixties » pour apprécier le travail de Jean-Marie Périer ? Je n’en crois rien. Ses clichés des vedettes de la chanson des années soixante ont valeur universelle. Elles frappent le regard des jeunes comme celui des anciens. Elles sont naïves, directes, tendres et sincères. Le regard du photographe est aussi innocent que celui des artistes en herbe qui posent pour lui. Ils avaient à l’époque sensiblement le même âge. Jean-Marie Périer savourait ses 20 ans et Johnny en accusait 17 : « Nous avions le même âge mais ce sont eux qui m’ont emmené dans leur aventure. Je n’oublie pas que tous auraient réussi sans moi… alors que moi sans eux !

Johnny vu par Jean-Marie Périer. (c) JM Périer.

La photo ? Jean-Marie Périer est tombé dedans par hasard. Il se souvient que son père François Périer, avait reçu ce conseil d’un ami : « Quand on ne sait pas quoi faire de son fils, on le met à Paris-Match ». Et l’opération a marché. C’est pour « le choc des photos » qu’il a pu rencontrer toutes les stars des années 60 qui sont exposées là : Johnny Hallyday, les Rolling Stones, Françoise Hardy, Sheila, Sylvie Vartan, Jacques Dutronc etc… C’est l’époque où l’émission d’Europe N°1 « Salut les Copains » fascine toute une génération et où le magazine du même nom dépasse le million d’exemplaires en 1963.
Johnny et Sylvie: (c) Jean-Marie Périer.
On retrouve ainsi les portraits des vedettes de l’époque dans les salles immenses du toit de l’Arche de la Défense à Paris. Mais ce ne sont pas des portraits figés ; ce sont des images fraiches de grands ados naïfs et attachants que Jean-Marie Périer a placés dans des situations originales avec son regard de jeune photographe de l’époque. Il entretenait des relations amicales avec tous ; en particulier Johnny. Cela se voit à l’image. Le soldat Jean-Philippe Smet en tenue militaire se fait complice devant l’objectif de Jean-Marie Périer avant de partir pour son service national. Devant l’objectif, Johnny est à l’aise en compagnie de Sylvie Vartan sur une plage du débarquement. Jean-Marie Périer est amoureux de Françoise Hardy et on le devine à l’image. « Elle était d’une beauté fracassante et n’en avait aucune idée » déclare t-il.
Mick Jagger: (c) Jean-Marie Périer.
Cette complicité avec les vedettes de la chanson et du show-biz lui permet de composer des mises en scène pleines d’imagination. On voit Sylvie Vartan ligotée sur une voie de chemin de fer alors qu’arrive une locomotive fumante ; on découvre Jacques Dutronc dans une décapotable entouré de femmes seins nus et Mick Jaeger en grand ado boutonneux avec sa chemise rayée bleu. « Les Beatles à l’époque c’était juste un groupe de mecs » dit Jean-Marie Périer. On voit de même Eddy Mitchell « chez les Dalton », déguisé en cow-boy dans un village reconstitué où Périer a garé sa 2CV… Le chanteur des « Chaussettes noires » était fou de westerns et passait parfois ses vacances dans ce genre de décor. Jean-Marie Périer aimait ces reconstitutions. « Toutes mes photos sont des mises en scène dit-il, la réalité ne m’intéresse pas… »
Françoise Hardy dans une tenue du couturier Paco Rabane. (c) Jean-Marie Périer.
A 78 ans l’auteur nous offre ainsi un tableau complet de son œuvre photographique : 300 clichés dont une centaine sont inédits. Il y a bien sûr la génération « Age tendre et tête de bois » mais aussi les années 90 et ses grands couturiers avec qui Périer était familier : Yves Saint-Laurent, qui sort d’un rideau rouge comme s’il apparaissait sur une scène de théâtre, ou Jean-Paul Gaultier en pull marin et kilt écossais. Ces grands de la mode posaient pour lui sans complexe.
Eddy Mitchell en cow-boy. Photos de Jean-Marie Périer.
Avec le temps et le succès des vedettes, ces photos ont bien sûr pris une grande valeur et Jean-Marie Périer s’en délecte : « Ce qui m’amuse, c’est que ces photos de peu de valeur que je faisais à l’époque pour les chambres d’ados se retrouvent sur le marché de l’art, et que ces mêmes fans à présent retraités, reviennent les voir à l’expo 50 ans après. » (itv à La Dépêche du Midi).
On dit que des septuagénaires sont allés embrasser le portrait d’Alain Delon. Des visiteurs qui n’ont pas oublié qu’ils avaient vingt ans dans les années soixante relèvent scrupuleusement des erreurs dans la photo de famille de « Salut Les Copains ».
« Ces gens-là constate Jean-Marie Périer, viennent rêver à leur jeunesse alors que les jeunes qui viennent voir l’expo, rêvent d’une époque qu’ils n’ont pas connue…
Philippe Rochot

Une réflexion sur “De Johnny à Yves Saint-Laurent : les « Souvenirs d’avenir » de Jean-Marie Périer. (Expo Grande Arche La défense) Ph. Rochot

  1. Les années 60, comment les oublier…
    Merci Philippe pour ce regard dans le rétroviseur, pour autant les 50 années qui nous séparent des idoles de cette époque, n’ont pas pris une ride… enfin si, une ou deux…
    Amicales pensées, cher Philippe.

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