«Le noir et blanc c’est ma couleur» L’hommage à Bernard Puissesseau

C’était un homme d’images mais il savait aussi trouver les mots justes et percutants. De sa caméra il disait : « c’est comme une clarinette avec un iris devant… » Et il jouait sans faute les partitions proposées avec la passion, l’exigence et la sensibilité qui font les grands reporters.

Cette sensibilité se retrouve dans le texte distribué ce mercredi 27 juin lors de ses obsèques en l’église Notre-Dame de Bougival. J’ai souhaité le partager car il traduit fidèlement l’homme qu’était Bernard Puissesseau.
« Je suis un enfant du siècle de Henri Cartier-Bresson, de Robert Doisneau, de Willy Ronis et des photographes humanistes.
Un baby boomer qui a grandi en noir et blanc dans les squares et les albums photos, nourri de Jacques Prévert et de Jean Renoir. Un jeune homme à cheveux longs et casquette qui a vécu dans le Paris qui s’éveille à cinq heures en bleu cinémascope du petit matin.
Un passionné de la cinémathèque de la rue d’Ulm et des petits cinémas de quartier.
L’image sous toutes ses formes est la passion de ma vie, indissociable cependant de ma passion pour l’autre. »

« J’ai passé quarante-trois années de ma vie à sillonner le monde, à l’abri de ma caméra, après m’être nourri du regard des personnes rencontrées dans mes différents reportages d’actualité.

Une devise : « Ecouter, regarder »
Je dois cet amour là à mon père René Puissesseau, Prix Albert Londres, grand reporter trop tôt disparu au Cambodge, en mission pour la télévision.
Ses interviews pour « Cinq colonnes à la une » reflètent ce même intérêt pour les personnes. Il m’a mis le pied à l’étrier de la vie. »

Bernard Puissesseau funérailles de Gaulle DR

Bernard Puissesseau, caméra au poing lors des obsèques du général de Gaulle. (1970)

« Comme mon père je n’aime pas l’image qui enlaidit, humilie. J’aime la beauté du cœur, la lumière intérieure perçue dans un regard et celle qui donne un rayon de soleil : deux éléments qui embellissent et respectent la dignité de l’homme.
Au terme de mes périples, comme un marin rentre au port, pêcheur d’images, je retrouve Paris, la plus belle ville du monde, source d’émerveillement et d’inspiration.
Mon père m’a fait partager cette autre passion. J’ai appris à lire Paris à ses côtés. J’ai la tête et le cœur plein des mots et de la musique des images de nos ballades. »


Le décès de BERNARD PUISSESSEAU est l’occasion de revenir sur la mort de son père René, tué lors d’un reportage au Cambodge pour l’ORTF en 1970, avec Raymond Meyer prés des temples d’Angkor. Les Khmers rouges faisaient alors le coup de feu dans la zone…. Cliquer sur ce lien pour voir le dernier reportage de René Puissesseau qui allait lui coûter la vie…  http://www.ina.fr/video/CAF93022224

8 réflexions sur “«Le noir et blanc c’est ma couleur» L’hommage à Bernard Puissesseau

  1. Un type bien, talentueux, poète de la pellicule. La famille des gens d’images, des vrais se rétrécie encore. Aujourd’hui, hélas, rare sont ceux qui ont conscience de l’importance de notre métier. Bienvenue dans les nuages, camarade.
    Patrick Mesner – Grand reporter caméraman France Télévisions.

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  2. Bernard dit « la fouillette »…car il allait au delà des apparences fouiller au coeur de l’âme des femmes et des hommes ne se contentant pas uniquement du réel mais savait saisir le regard et l’utiliser pour pénétrer leur coeur…

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    1. De Patrick Redslob, journaliste retraité, ex-grand-reporter aux actualités de France 2…Un très ancien de l’ORTF 2ème chaîne, d’Antenne 2, enfin de France 2. [patredslob@gmail.com]
      Salut Jacques!
      Le « noir et blanc » n’était pas ma couleur, mais dans ces circonstances elle l’est. Bernard était un collègue très sympa, je garde de lui un très bon souvenir…Un OPV de talent! Le planning caméra à Cognacq-Jay, le tout début des années « 70 ».Bien à toi de la part d’un collègue, un ancien…. devenu provincial. Patrick

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  3. C’etait Un homme aussi doux qu’exquis. Et un cameraman extrêmement talentueux. Un fou de musique avec lequel j’ai tourné un grand nombre de sujets culture qu’il transcendait par sa vista, son savoir faire, son humilité. Il me racontait ses premiers tournages. Comment il avait croisé un jeune guitariste qui improvisait tout seul dans un studio aux Buttes Chaumont ( Jimmy Hendrix!). Comment il s’etait retrouve à jouer au foot avec un jeune chanteur à dreadlocks ( Bob Marley). Que ce soit pour une itw avec Keith Richards ou le tout premier reportage sur Ben Harper, il semblait si heureux de filmer ces artistes. Mais il en était un lui aussi. Je pense à toi Nanard

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  4. Un bel être comme ses images venues du fond du cœur.
    Un vrai regard, et surtout l’amour des autres. Déjà on te regrette. Mais tu seras toujours parmi nous. L’image nous a toujours rapprochée, elle nous séparera jamais. Salut l’artiste, un Monde plein de Nanars cela ferait du bien.

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  5. J’ai une grande émotion de parler de Bernard d’autant que je suis allé le voir il y a SIX semaines à l’hôpital. Son mal lui avait volé sa voix et surtout son sourire si différent de autres.
    Je l’ai rencontré pour la première fois à la mort de son père en 1970.Il avait commencé à PATHÉ CINÉMA ,moi déjà pigiste à l’ ORTF. Nous avons participés ensemble à la naissance d’une chaine de télé qui est devenue ANTENNE 2. Je me souviens de son émerveillement devant le sigle qui était une création du peintre MATHIEU et le générique créé ensuite par Jean Michel FOLON ,petits personnages suspendus dans l’univers comme Bernard l’était parfois dans la vie.
    Alors que j’étais en poste à ROME ,il me téléphone car il a très envie de visiter cette ville magique. Il est arrivé peu de temps après….Nous sommes partis tous les deux à la découverte des peintures et des richesses culturelles de cette ville.
    Un peintre va particulièrement attirer son attention « LE CARAVAGE » ….Il y a des toiles de ce peintre au fin fond de certaines églises ,comme oubliée, mais il faut chercher pour les découvrir .Pour la première fois je l’entends dire…va regarder à droite ,moi je vais faire de la fouillette à gauche. En s’arrêtant devant une peinture il me dit « tu vois si LE CARAVAGE était vivant de nos jours ,il serait sûrement un des plus grands chefs opérateur du cinéma.Ce maitre du clair obscur et des taches de lumière l’avait vraiment impressionné .
    A ce moment ,je lui demande quel est son rapport particulier avec la photo ??? Il me réponds cette phrase inoubliable…
    POUR MOI LE NOIR ET BLANC C’EST MA COULEUR….
    Plus tard nous allons découvrir ensemble une autre personnalité à savoir PINA BAUSCH…Son pouvoir de transmission de la chorégraphie auprès de jeunes parfois n’ayant qu’une toute petite expérience de la danse est fascinant.
    Là encore il me dit « Tu vois à la télé ils n’ont jamais compris l’importance de la transmission de notre métier  »
    Notre fin de parcours à la télé arriva et BERNARD était très fatigué mais pour lui c’était un déchirement de quitter FRANCE 2 .
    Je suis parti un peu avant lui mais il me téléphonait souvent pour se rassurer..Je lui est simplement fait comprendre qu’il y a une autre vie après cette carrière si passionnante .Alors il a fini par comprendre…
    Des cet instant nous nous sommes beaucoup rencontrés pour voir des expos de photos ,des musées , des superbes ballades dans PARIS avec appareil photo en bandoulière.Nous avons refait le monde dans des ‘vrais’ bistrots parisien et parfois des clients venaient se joindre à nous pour discuter tellement nos conversations les intéressés….Formidables instants auprès de NANARD.
    Un drame va à nouveau le toucher très fort…la mort de sa fille dans un accident à l’étranger.
    Il va se replonger dans la photo avec une grande solitude…
    Bernard aimait la vie ,le monde et se posait toujours la question.
    Mais pourquoi ????? Il voulait tout comprendre…Formidable exemple pour la jeunesse aujourd’hui…
    Sylvia (sa femme) je m’adresse à toi car Bernard était fragile,très sensible donc parfois vulnérable ,tu as parfaitement su le protéger….
    PATRICK VOIGT

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      1. Il a été un compagnon de route pendant très longtemps mais tout cela s’est arrêté vraiment trop vite… Amitiés cher Philippe

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