« La Puissance chinoise en 100 questions » Un oeil sur le livre de Valérie Niquet… Philippe Rochot

La formule questions-réponses est-elle devenue le moyen le plus efficace pour faire connaître un pays ou un phénomène de société ? On peut le penser en voyant le succès de la collection « 100 questions » dans laquelle s’est lancé l’éditeur Tallandier, avec la Corée du Nord en 100 questions (devenu bestseller grâce aux gesticulations de Trump et de Kim Jong-un), l’Islam en 100 questions, ou encore le Cuba en 100 questions de Michel Faure, ainsi qu’une bonne dizaine d’autres titres…

La Puissance chinoise en 100 questions de Valérie Niquet pourrait connaître un certain succès quand on voit la soif de connaissances du public sur la montée en force de ce « géant fragile ». Valérie Niquet, qui dirige le pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, résume en gros « ce qu’il faut savoir » sur la Chine. Et c’est utile.


Les données avancées peuvent créer la surprise. On apprend ainsi que la richesse nationale par habitant en Chine se situe encore au 74ème rang dans le monde, derrière la Russie, le Venezuela et le Mexique… Le revenu annuel moyen est passé de 400 dollars en 1990 à 13 000 dollars en 2016. Mais 82 millions de Chinois vivent encore en dessous du seuil de pauvreté qui est de 1,25 dollar par jour. La dépense journalière en Chine ne dépasse pas 7 dollars et plus de la moitié de ce montant est consacré à la nourriture et à l’habillement.
80% des 334 villes contrôlées ont des taux de pollution supérieurs aux normes
Le taux de suicide est l’un des plus élevés du monde avec 22 suicides pour 100 000 habitants.
La réduction des naissances est au moins autant liée au coût de l’éducation et à l’évolution des modes de vie qu’à la politique de l’enfant unique.


85% des étudiants qui ont obtenu un doctorat aux Etats-Unis choisissent de ne pas revenir en Chine.
4% seulement de la population chinoise dispose d’un passeport.
La Chine est devenue le premier partenaire commercial du continent africain avec des échanges qui ont atteint 160 milliards de dollars en 2016.

Les données avancées par Valérie Niquet tout au long de ces 100 questions sur la Puissance chinoise sont étonnantes mais à prendre avec réserve concernant les chiffres officiels. L’auteure rappelle que le bureau national des statistiques est sous l’autorité du Parti communiste chinois…

Sur le plan politique, l’auteur des « 100 questions » constate que « la priorité demeure la survie du régime du Parti unique et non sa transformation graduelle en un régime plus ouvert ».
Valérie Niquet parle sans complaisance de la fermeté de l’actuel président chinois : « Xi Jinping fait partie des catégories « noires » dont « l’origine de classe » est mauvaise. Il subit de plein fouet les violences de la Révolution culturelle. Sa sœur aînée se suicide, sa mère le dénonce publiquement et il ne revoit son père qu’en 1972. Pourtant Xi semble tenté par un retour aux pratiques autoritaires dont le recours aux purges et au culte de la personnalité qui ont marqué sa jeunesse… La lutte anti-corruption – qui ne touche aucun proche du président Xi Jinping – apparaît comme l’instrument d’une lutte de clans prolongée entre l’actuel président et ses prédécesseurs. »

Mais la nouvelle doctrine du président Xi est mûrement réfléchie et l’auteure rappelle l’importance grandissante des valeurs traditionnelles qu’il cherche aussi à mettre en avant: « Les valeurs fondamentales de la Chine, notamment celles véhiculées par le confucianisme sont appelées à faire rempart aux valeurs occidentales importées… Le pouvoir communiste puise dans ses racines pour reconstruire un discours de légitimité fondé sur un système de  » valeurs nationales ».


Sur Internet et les réseaux sociaux, Valérie Niquet nous dévoile l’ampleur de la couverture numérique mais aussi son contrôle très strict : « En 2017, Weibo, le Twitter chinois comptait plus de 340 millions d’usagers actifs par mois… Le pouvoir chinois a montré qu’un contrôle renforcé était possible grâce aux pare feux idéologiques et à la mobilisation de « censeurs à 5 yuans » (ces internautes chargés de contrer les messages hostiles et faire circuler des idées positives sur les décisions et les positions du Parti…)
« L’appareil de propagande contrôle avec un succès croissant et oriente les discussions sur les réseaux sociaux en rémunérant une armée de censeurs, auteurs de centaines de millions de faux commentaires. »
En économie, Valérie Niquet avance avec ses « 100 questions » quelques vérités et évidences bien senties.
« L’économie chinoise est aussi tributaire de l’économie américaine. Parfois agitée comme une menace par ceux qui en Chine veulent exercer des pressions sur Washington, la vente massive de bons du trésor américain aurait pour effet l’effondrement des actifs américains… En 2016, les investissements chinois aux Etats-Unis atteignaient 45,6 milliards de dollars. »
« En 2016, les énergies renouvelables représentaient 13,2% de la consommation d’énergie et 32% de la production d’électricité. La part de l’éolien (5%) et du solaire (1,4%) reste encore très minoritaire par rapport à l’hydroélectricité. »
Le thème de la répression est aussi présent dans cet ouvrage : les minorités du Xinjiang ou du Tibet sont mises au pas et placées sous haute surveillance avec cette obsession du « séparatisme » régulièrement évoquée par le régime.

Ouighours de Kashgar, sous haute surveillance surtout depuis que le régime chinois a lancé son opération « Ceinture et route », surnommée « Nouvelles routes de la soie », véritable tremplin économique vers les pays d’Asie centrale et l’Europe… « La dimension géopolitique est au centre du projet qui doit permettre à la Chine de s’imposer comme le leader incontesté en Asie ».


Le régime chinois se durcit et sa main de fer se fait sentir sur Hong-Kong : « En 2016, l’enlèvement de cinq éditeurs installés à Hong-Kong puis relâchés après plusieurs mois passés au secret et une confession publique télévisée a tenu lieu d’avertissement à qui serait tenté de poursuivre des activités jugées trop critiques par un pouvoir central incertain de sa survie à long terme. »
Les informations sur le laogaï, ces camps de rééducation par le travail, sont des secrets d’Etat mais il y aurait entre 500000 et 2 millions de détenus.

Peut-on donc résumer la problématique chinoise en cent questions ? La réponse est oui. Il sera toujours précieux d’avoir sous la main pareil ouvrage pour alimenter ses connaissances sur la puissance de la Chine et se rappeler les données essentielles qui font de ce pays la puissance mondiale que l’on sait.

Philippe Rochot
« La Puissance chinoise en 100 questions »
Valérie Niquet… Editions Tallandier

Et sur mon site: « la Chine au travail »/ http://philippe-rochot.piwigo.com/index?/category/2-chine_au_travail


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