Des GPS pour bouquetins : une atteinte à la vie sauvage ? Philippe Rochot

Le débat sur la présence du loup dans les Alpes, sa protection ou son éradication, nous fait oublier que d’autres animaux sont également surveillés, contrôlés, pistés. C’est le cas des chamois et bouquetins qui arpentent nos montagnes et que l’on peut suivre au mètre près grâce au système GPS.. On appelle cela les « traçages. » Ils sont officiellement réalisés pour le bien de l’espèce et pour une meilleure connaissance de l’animal. Il faudrait donc s’en féliciter mais ces expériences se font au détriment d’une certaine vie sauvage qui régnait dans nos grands espaces, dans nos vallées secrètes, autour de nos glaciers haut-perchés ou sur nos sommets peu fréquentés.
Bouquetins Champsaur avril 2017 (signé)

Bouquetins du Champsaur: celui de droite porte un GPS…

Au hasard d’une randonnée dans le massif des Cerces ou des Ecrins, il n’est pas rare de rencontrer ce superbe animal aux cornes majestueuses qu’est le bouquetin, muni d’un étrange collier orné d’une boule qu’on pourrait prendre pour une clochette. Il s’agit du GPS qui équipe aujourd’hui plusieurs centaines d’ongulés dans les alpes et permet de suivre les comportements de l’animal. Pareille découverte provoque à coup sûr une grande déception chez le promeneur qui pense toujours être le premier à découvrir ces majestueuses hardes qui se déplacent sur les pentes abruptes au gré du climat et des saisons ou fuyant la présence de l’homme.

Bouquetins Champsaur avril 2017 (38) signén
Cette « laisse électronique » peut-elle être considérée comme une entrave à la liberté de l’animal ? La réponse est oui. Mais c’est également une entrave à la liberté de l’homme qui se voit servir sur un plateau le positionnement de la bête. Au lieu de parcourir les sentiers à la recherche de ces rois des montagnes, il suffit à présent d’aller sur le site «bouquetins du Parc national des Ecrins» pour connaître la position GPS de «Moussaillon», «Blue Moon», «Dorine» ou «Hachka». On voit par exemple que tel bouquetin se trouve à 200 mètres d’une cascade identifiée ou au-dessus de tel ou tel refuge. Il suffit ensuite de se rendre sur place sans avoir à vraiment chercher l’animal en question que l’on retrouve immanquablement à côté du point GPS défini.

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La « puce à l’oreille » pour ce jeune bouquetin des Cerces…

Mais cet attirail électronique qui déçoit l’amateur de découvertes, facilite grandement le travail d’une certaine catégorie de personnel appelée « techniciens-patrimoine ». Ce sont eux qui étudient les comportements du bouquetin, procèdent aux captures de l’animal pour dresser des bilans sanguins et détecter les maladies émergentes. Leur travail est aussi de surveiller les déplacements du bouquetin afin d’éviter la contamination des troupeaux domestiques qui évoluent souvent à proximité du terrain d’action de ces animaux sauvages.

Bouquetins Cerces avril 2017 Fuji (30 modif) reduit signé
En cinq années d’études, plus de 80 000 données sur les bouquetins ont ainsi été réalisées dans le parc des Ecrins. Il suffit ensuite de les recouper et même de les croiser avec les données des activités humaines pour mieux cerner l’évolution de l’espèce.

Ce système GPS permet de suivre heure par heure le comportement des quelque 9 000 bouquetins qui évoluent dans les montagnes de France et de faciliter les connaissances sur la mortalité au sein de l’espèce. Il serait donc malvenu, déplacé de les remettre en cause.

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Combats de bouquetins, massif du Champsaur. (PR)

On peut néanmoins se demander plus globalement si ces colliers qui équipent les bouquetins, les lions, les éléphants, les gorilles des montagnes, ces puces logées sur les dauphins ou sur les oiseaux de proie, ces caméras GoPro fixées sur le dos des aigles pour mieux embrasser les paysages et les itinéraires qu’ils parcourent, ces drones qui permettent de suivre et de traquer tout animal dans ses cachettes les plus secrètes, ne portent pas atteinte à une vie sauvage que l’on veut au contraire protéger.
Philippe Rochot

Une réflexion sur “Des GPS pour bouquetins : une atteinte à la vie sauvage ? Philippe Rochot

  1. Bonsoir,
    Je trouve cet article excellent. Étant moi même biologiste spécialisé en télémétrie, je pense qu’il faut dissocier l’utilisation scientifique de l’utilisation telle que décrite ici.
    – On ne peut protéger que ce que l’on connait : il faut parfois malheureusement en venir à équiper des individus d’une espèce protégée pour savoir quel espace il utilise, et donc quel espace on doit protéger/conserver/restaurer pour assurer la réalisation de son cycle complet de vie. Ce genre d’étude (détermination du « home range ») a déjà montré ses avantages sur de nombreuses espèces.
    – Accès aux données grand public, installation de GoPro sur le dos des rapaces avec diffusion des images telles quelles, etc. : s’il est primordial que les scientifiques communiquent avec le grand public, il est inconcevable que ce soit faire par un accès aux données brutes, aux positions en temps réel. Ces pratiques je n’en comprends pas l’intérêt, si ce n’est soit commercial ou de faire le « buzz ». En tant que scientifique je n’adhère pas du tout à cette manie de transmettre ce genre d’infos, qui est tout à fait conforme à la conclusion de l’article : cela produit bien plus de mal (sur-fréquentation, facilitation de l’accès et donc au dérangement, etc.) pour ces populations que de bien.

    David

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