Don McCullin : fantômes et jardins secrets. (Expo Paris) Philippe Rochot.

Bénarès: pèlerinage de la Kumbh Mella: Inde, 1989. ( © Don McCullin courtesy galerie Hamilton Londres et galerie Folia.)
—————

Il restera dans l’histoire comme l’un des plus grands photographes de guerre. Don McCullin rejette pourtant ce «titre horrible » qu’il aimerait dit-il supprimer de notre vocabulaire. Après cinquante ans de reportage, McCullin veut être reconnu comme un photographe créatif, capable de sensibilité profonde. Et il l’est assurément. Les photos exposées à la galerie Folia  sous le titre de « looking east-regards vers l’est » sont là pour le prouver. On y retrouve les pleureuses de la guerre de Chypre, les funérailles des victimes de la guerre du Liban ou le GI de la guerre du Vietnam traumatisé par ce qu’il a vécu. Mais le photographe se tourne aussi vers les civilisations de l’est de l’Europe et nous livre sa vision de sites aussi connus que Baalbek et son temple de Jupiter sorti des ombres, ou Palmyre et ses vestiges à perte de vue.

Baalbek, temple de Jupiter vu par Don McCullin. Loin de Daech et des « printemps arabes »…(c) Don McCullin. Courtesy galerie Hamilton et Folia

—————–

McCullin présente également des images moins connues comme ces portraits de pèlerins indiens venus à Bénarès pour se purifier dans les eaux du Gange lors de la célèbre Kumb Mellah qui attire chaque année des centaines de milliers de fidèles.
Ces images tranchent bien sûr avec celles que nous connaissons tous et qui ont fait la gloire de Don McCullin comme l’enfant albinos affamé durant la guerre du Biafra et dont le portrait hante encore les nuits de l’auteur ou le massacre de la Quarantaine à Beyrouth au début de la guerre civile en 1975.

Liban: famille libanaise au cimetière des martyrs. Beyrouth, 1982. (c) Don McCullin, courtesy Hamiltons et Sofia Galerie.)

—————-

On savait que Don McCullin, témoin des atrocités du siècle passé, avait choisi de se réfugier dans la photographie des fleurs de son jardin, des paysages, des ciels d’orage pour tenter d’oublier, passer à autre chose. Il n’a jamais trouvé le calme intérieur. Impossible d’oublier le Vietnam, le Biafra, le Liban, le Bangla Desh, l’Irlande du nord. « Je vis dans mon passé » dit-il modestement.
L’homme a pourtant le mérite de reconnaître cette faiblesse et d’avouer que les drames vécus hantent encore ses jours et ses nuits comme des fantômes impossible à chasser de sa mémoire. McCullin a vécu quinze années seul dans sa maison où étaient stockés ses quelque 60 000 négatifs. Il avait l’impression que les personnages photographiés l’envoûtaient, le persécutaient, que sa chambre noire où il effectuait ses tirages était hantée…

Le GI traumatisé lors de la bataille de Hué dans la guerre du Vietnam, attendant d’être ramené à l’arrière du front. 1968.(Expo galerie Folia.)Image vendue autour de 50 000 euros.

—————–

Aujourd’hui encore quand il entend les coups de feu tirés par les chasseurs dans sa campagne, il se projette à nouveau sur les routes du Vietnam ou du Cambodge. Il souffre du syndrome du survivant et culpabilise :  » Je me sens coupable d’avoir survécu, coupable de cette vie confortable, coupable d’avoir quitté le taudis où j’ai grandi. Et pourtant j’ai payé pour ça…Au Biafra j’ai vu des dizaines d’enfants mourir et je pensais que je ne verrais jamais rien de pire que cela. Ces enfants m’ont vu arriver en pensant qu’en tant que Blanc, j’allais leur apporter de l’aide et la seule chose que j’avais c’était un appareil photo. Vous ne pouvez imaginer combien j’ai été aux prises avec ma propre conscience.(La Croix, sept 2013).

Vietnam: bataille de Hué. Les marines interrogent un suspect. 1968. (c) Don McCullin, courtesy Hamiltons et Sofia Galerie.)

—————–
Don McCullin veut présenter autre chose pour effacer cette image donnée de lui-même : les roses, les colonnes romaines, les natures mortes. La vie paisible des gens fait partie des scènes dans lesquelles il aime à présent se fondre, s’identifier. Mais le monde s’accroche à cette image de « reporter de guerre » qui lui colle à la peau et qu’il rejette totalement. Don McCullin a eu le courage de retourner sur le terrain du conflit syrien en 2013. Et il le regrette. Il est fatigué, il n’a plus les réflexes du grand reporter qu’il fut mais surtout il a perdu ce regard du photographe de guerre qui nous fascinait tant. Le festival « Visa pour l’image » qui exposait son travail en 2014 ne retiendra qu’une seule photo de cette ultime mission sur le front syrien.

Berlin: 1961, année de la création du Mur, près de Check Point Charlie.  (c) Don McCullin, courtesy Hamiltons et Sofia Galerie.)

L’expo de la galerie Folia a sans doute le mérite de nous présenter des photos moins connues, prises en marge de son travail de reporter de guerre mais tout en restant dans ces atmosphères graves et austères qui nous attirent tant dans ses images.
Philippe Rochot

————–

Galerie Folia, 13 rue de l’Abbaye Paris 6ème. Du 30 mars au 27 mai 2017.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s