Syrie, Somalie, Yemen, Iran… Les pays maudits de Donald Trump représentés à la Maison des Journalistes… Philippe Rochot

Mana, journaliste afghane en exil à Paris. (c) Ph Rochot)

Au moment où Donald Trump signait son décret anti-immigration, la Maison des Journalistes à Paris se félicitait par la voix de son président Christian Auboynau, d’accueillir des citoyens des nations bannies par les nouvelles mesures anti-terroristes de l’administration américaine : des Syriens, des Yéménites, des Soudanais, des Libyens, des Iraniens, autant de journalistes de pays en guerre qui ont fui les combats, les dictatures, les menaces ou les fatwas dirigées contre les médias. Ces hommes et ces femmes qui seraient suspects aux yeux de la maison blanche sont ici les bienvenus.

maison-journalistes-wb-reza-hidalgo-1Reza, figure des photographes exilés et parrain de la Maison des journalistes. (Ph Rochot)

Les journalistes ? « Y a des maisons pour ça » pourrait-on dire. Et celle de Paris en est une. En quinze ans d’existence, la MDJ a hébergé et accompagné trois cents professionnels des médias contraints de fuir leur pays. Ils sont autorisés à rester six mois dans ce bâtiment à deux étages de la rue Cauchy à Paris-15ème et bénéficient de quatorze chambres : un sas de décompression après les épreuves vécues dans leur pays. Ils trouvent là le temps de se former, d’apprendre notre langue, d’engager des démarches pour un permis de séjour. Leur aventure, leurs impressions, leurs épreuves, ils peuvent les raconter dans un journal en ligne : «l’œildelexilé.org », un champ ouvert sur le monde, un lieu où s’expriment les valeurs de tolérance et de liberté mais surtout des témoignages poignants comme celui de Rana : « Mon passeport ne me permet pas de voyager parce que je suis syro-palestinienne. Après avoir quitté Damas, j’ai vécu un horrible emprisonnement à Beyrouth. Je suis un corps mort sans droits. » Le photographe Muzaffar Salman écrit pour sa part : « Le gouvernement syrien m’a arrêté et mis en prison à cause de mes photos sur la révolution, mais Daech a essayé aussi de m’arrêter. La Syrie n’est peut-être pas mon pays. »

syrie-expo-muzaffar-salmann-vue-du-cimetiere-de-grenelle-mai-2015-1-copierLa Maison des Journalistes vue du cimetière de Grenelle, avec l’expo « Alep Point zéro » de Muzaffar Salman (2015). (Ph Rochot.)

La Maison des Journalistes dit la directrice Darline Cothière, « c’est un baromètre de la situation de la presse dans le monde. » Mais l’aiguille de ce baromètre est souvent au plus bas. La mission de la MDJ est donc d’expliquer comment vivent ou survivent les médias des pays en guerre, des dictatures, des nations sans ressources. Le projet baptisé ironiquement « renvoyé spécial » a été lancé en 2007 avec le concours de l’éducation nationale. Les journalistes exilés vont à la rencontre des lycéens et des étudiants pour les aider à décrypter l’information, à prendre conscience des valeurs fondamentales à défendre des valeurs comme la liberté de la presse, la démocratie, la tolérance.

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Cette année, la Maison des Journalistes fondée en 2002 par Danièle Ohayon a nommé ses ambassadeurs et ambassadrices qui seront chargés de faire connaître ses projets à l’opinion. Le vice-président de la MDJ, Alberic de Gouville se félicite d’avoir respecté la parité hommes/femmes dans un domaine où les journalistes au féminin restent sous représentées, même si l’on voit sur le terrain des reporters de guerre confirmées.
A l’heure où les médias servent souvent de bouc émissaires à la classe politique et à une opinion déboussolée, il est rassurant d’entendre Anne Hidalgo maire de Paris faire l’éloge du rôle des journalistes dans notre société et le parrain de la MDJ le photographe Reza évoquer la mythologie grecque, rappelant que Prométhée avait déjà mis en garde : « celui qui livrera la mauvaise nouvelle sera puni ». Plus simplement nous retiendrons la phrase de « l’ambassadeur N°1 » de la MDJ Lambert Wilson, parlant des journalistes : « vous nous êtes nécessaires ! »
Philippe Rochot

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Maison des journalistes: 1/3 des exilés vient du Proche-Orient… Les pays black-listés par Donald Trump sont largement représentés…

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