« Un enfant c’est peut-être une bouche à nourrir, mais c’est surtout deux bras pour la révolution » disait Mao Zedong qui n’était pas favorable à l’enfant unique. Mais trois ans après sa mort en 1976, son successeur Deng Xiao Ping faisait appliquer une politique impitoyable de contrôle des naissances dont la brutalité continue de faire ses preuves.

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Bien peu de journalistes ont osé se lancer dans des enquêtes approfondies sur le problème de l’enfant unique : trop d’interdits, trop de secrets, trop de peur chez les femmes qui n’osent pas parler des contraintes, des menaces et surtout des stérilisations ou des avortements forcés. Or le pouvoir chinois reconnaît sans honte qu’en trente ans 330 millions d’avortements ont été pratiqués…

Enfant unique et sa mère devant un portrait de Mao, tel qu’on le trouve encore dans les familles chinoises. (Tongxin 2006:  (c) Ph Rochot



Avec son « cri interdit », Marjolaine Grappe nous fait pénétrer dans la vie des couples et surtout des femmes chinoises qui ne peuvent disposer librement de leurs corps ni mettre au monde les enfants qu’elles veulent. En Chine la femme doit subir tous les trois mois une échographie pour vérifier qu’elle n’est pas enceinte. La grossesse est interdite hors mariage ainsi qu’aux moins de vingt ans. Les contrôles sont devenus routine mais une femme qui voudrait y échapper sera recherchée, punie, soumise à une forte amende.

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L’image de promotion du documentaire: un portrait d’enfant réalisé par un artiste qui défend clandestinement la cause des femmes…

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Les personnages que suivent Marjolaine Grappe et Christophe Barreyre ont osé se dresser devant les méthodes utilisées par le pouvoir chinois pour faire appliquer sa politique de l’enfant unique. On rencontre par exemple Xia, enlevée en pleine nuit par les agents du planning familial pour une stérilisation forcée pratiquée dans des conditions déplorables mais qui a décidé d’obtenir réparation. Malgré le tour de vis appliqué depuis deux ans par le nouveau président Xi Jinping, on trouve encore des avocats pour défendre ce genre de cause. C’est le cas de Maître Liu qui mobilise les tribunaux avec un argument choc, inscrit dans la loi chinoise : «l’avortement doit être consenti par la personne concernée ». Mais c’est oublier que le planning familial en Chine possède plus d’un moyen de pression, y compris la violence et la menace pour forcer la femme ou même le mari à signer. Maitre Liu a échoué dans sa tentative de défendre Xia, mais n’a pas désarmé pour autant.

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Les familles aisées ont toujours la possibilité de payer une forte amende pour garder leur deuxième (ou troisième) enfant, alimentant ainsi la corruption. (c) Philippe Rochot.

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Les auteurs du reportage nous font connaître aussi Meili qui pourtant se cache. Elle attend un second enfant et se trouve donc dans l’illégalité. Mais en accord avec son mari elle a bien l’intention de le garder tout comme des centaines de milliers d’autres femmes dans la même situation. Le couple pourra se féliciter de ce choix puisque une nouvelle loi autorise la femme à mettre au monde un deuxième enfant et que le petit Deng-Deng (traduisez « l’attente ») sera finalement reconnu par l’Etat. Le reportage nous fait aussi rencontrer des médecins qui pratiquent l’avortement comme une simple routine et qualifient l’opération de « bénigne avec un faible impact psychologique »…

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Aujourd’hui, le pouvoir chinois a dû rectifier sa politique de l’enfant unique qui entraînait le vieillissement de la population. Il justifie sa décision d’accepter deux enfants par couple en s’appuyant sur des arguments économiques et non pas humains : « relancer la consommation et l’emploi…» Ainsi, les méthodes d’application de cette nouvelle politique ne devraient guère changer : avortement et stérilisations forcées, menaces sur l’emploi en cas de non-respect des procédures, autorités corrompues, recours impossibles devant des tribunaux complices et incompétents. Pour ceux qui sont en mesure de payer l’amende qui peut s’élever jusqu’à 40 000 euros il restera possible d’avoir un enfant en plus mais le nouveau pouvoir chinois continuera de maintenir un contrôle strict de la démographie, au désespoir de centaines de milliers de femmes dont la plupart souffrent en silence.

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Langmusi, Chine, Gansu: avec une famille nombreuse…
Il existait des exceptions à la politique de l’enfant unique : si vous apparteniez à une minorité nationale, si vous étiez vous-même enfant unique ainsi que votre conjoint ou si vous pouviez payer une amende, établie de façon totalement arbitraire. Mais cela ne concernait qu’une petite minorité et il est fréquent de rencontrer dans les campagnes des enfants condamnés à être clandestins dans leur propre pays: les « enfants de l’ombre dit-on en Chine. Le contrôle des naissances qui limitait la descendance à un seul enfant (sauf exceptions) va donc continuer avec deux. Le planning familial a encore de beaux jours devant lui.

Philippe Rochot

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« Chine : le cri interdit » Planète + (crime investigation) 12 octobre : 21h
LE COMBAT DE FEMMES CONTRE UN ETAT QUI DÉCIDE COMMENT ET QUAND ELLES PEUVENT DONNER LA VIE.
Réalisation Marjolaine Grappe
Caméra Christophe Bareyre
Montage Emmanuel Charrieras
Ue production orientxpress