Le tibétain, langue d’avenir ? En suivant le Dalai Lama…Philippe Rochot.

C’est une réalité, le Dalaï Lama aime parler l’anglais et montrer ainsi son ouverture au monde. Il se plait à utiliser cette langue de communication internationale que lui avait enseignée Heinrich Harrer dans les salles sombres du Potala, la résidence des Dalaï Lamas à Lhassa, durant les sept années que l’alpiniste autrichien passa au Tibet. Mais malgré un exil de plus d’un demi-siècle, le Dalaï Lama est loin d’avoir oublié le tibétain et se place en défenseur de cette langue, comme un élément de préservation de la culture tibétaine quelque peu malmenée par le pouvoir chinois.

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Le DL durant l’audience accordée à la communauté tibétaine d’Europe au Palais des Congrès à Paris. (13 sept 2016: Ph Rochot)

Il suffit d’entendre le chef religieux s’adresser à la communauté tibétaine d’Europe pour constater que Tenzin Gyatso,  «14eme Dalaï Lama », parle la langue sans embûches ni hésitation et surtout qu’il est compris par ceux qui l’écoutent.
La langue tibétaine est donc là, toujours vivante, pour confirmer s’il en est besoin que les Tibétains ne font pas partie du monde chinois mais de l’ensemble tibéto-birman et qu’ils ont donc une culture à part.
La situation du tibétain valait bien une heure de conférence à l’INALCO  qui se vante d’enseigner cette langue depuis 1842…

Le chef spirituel a voulu cette fois parler en tibétain : normal !  Il avance ainsi un argument clé pour la défense de cette langue parlée seulement par un million de personnes sur six millions de Tibétains vivant au Tibet et dans les provinces de Chine environnantes :
« C’est en tibétain, langue sacrée et liturgique, que subsiste l’ensemble le plus complet de textes bouddhiques. Il est très important de préserver les richesses de la littérature tibétaine sur le dharma, l’enseignement du Bouddha», explique le Dalaï Lama. On ne trouve pas de telles explications dans les textes sanskrits ou chinois.

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Machen: ville tibétaine à 4000 mètres d’altitude. Les mots d’ordre du planning familial sont essentiellement en chinois. (Ph Rochot).

Mais plaider la cause de la langue tibétaine quand on vit dans l’Empire rouge est largement suspect et tout défenseur du tibétain peut rapidement être accusé de « séparatisme ».

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Le tibétain reste pourtant un instrument de communication indispensable au pays des neiges. Même si le chinois est la langue du commerce et des affaires, le tibétain tient sa place et son rôle dans l’éducation et les échanges. Les chiffres fournis par les associations comme « Rokpa » ne sont pourtant pas réjouissants. Dans les régions tibétaines, l’alphabétisation serait de 38% chez les hommes et de 13% chez les femmes.

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Lycée de Lhassa: cours de tibétain. (2006: Ph Rochot)

Nous avons pu nous entretenir avec Kelsang Gazangji, une Tibétaine professeur d’anglais dans la petite ville de Tiansa peuplée à 70% de tibétains. « Les enfants apprennent à prier en même temps qu’ils apprennent à parler » dit-elle pour nous montrer que la culture bouddhiste y reste bien ancrée. Dans son établissement où le nombre d’élèves peut atteindre une centaine par classe, le proviseur et les professeurs sont Tibétains. Les maths et la biologie sont enseignés en tibétain. Les Chinois ne représentent que 10% du corps professoral mais il est clair que les élèves sont encouragés à pratiquer le mandarin qui fait partie des matières obligatoires.
La loi précise bien que l’enseignement doit se dérouler dans la langue des minorités, mais tout dépend des provinces et des districts. Les cinq provinces chinoises qui ont « avalé » la moitié du Tibet historique dans les années 50, ne fonctionnent pas comme la région autonome. L’enseignement doit aussi tenir compte de l’importance de la population tibétaine dans chaque région.

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Ville tibétaine de Machen: enseignes et indications sont en chinois. (Photo Ph. Rochot)

Une étude du Comité pour l’éducation de la Région autonome du Tibet, (qui représente près de la moitié du « Tibet historique ») affirme que la langue d’instruction principale est le tibétain dans 95 % des écoles primaires. En revanche, seulement 13 % des collégiens et 5,7 % des lycéens tibétains suivent une formation où tous les sujets sont enseignés en tibétain.
Le Tibet, comme les autres provinces de Chine, répond au mot d’ordre du parti communiste: satisfaire « les trois garanties », la nourriture, le logement et l’éducation… Mais pour apprendre le tibétain il faut allonger quelques Yuans en plus. Ainsi, des cours privés sont dispensés dans les familles et dans les monastères. Ils ne sont pas gratuits mais ils aident à la survie de la langue.

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Pour les Tibétains, le meilleur enseignement se trouve pourtant au-delà des frontières de l’Himalaya, vers la terre d’exil du Dalaï Lama. Les chiffres fournis par le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala parlent d’eux-mêmes . Durant ces quinze dernières années, plus de 50.000 enfants tibétains ont fui la Chine pour suivre un enseignement plus adapté à leur culture. Quand on connait les épreuves et les sacrifices que représentent un tel passage clandestin du Tibet à l’Inde, il faut vraiment avoir la foi dans cette culture et dans cette langue.
Philippe Rochot.

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