Liban 40 ans déjà: la chute du camp palestinien de Tel al-Zaatar: Philippe Rochot

De la « colline du thym » à Sabra-Chatila, des massacres à l’impact bien différent. (Camp de Tel al-Zaatar après l’assaut: © Ph Rochot.)

          Le quarantième anniversaire de la chute du camp palesinien de Tel al-Zaatar qui fit près de 2000 morts en août 1976 est passé inaperçu. Qui se souvient encore que le siège de cette enclave de 50 000 habitants en secteur libanais chrétien, à l’est de Beyrouth a duré près de deux mois pour se conclure par un massacre de grande ampleur ? Encerclé, bombardé par les Phalangistes et les «  Gardiens du Cèdre  », le camp palestinien est tombé le 12 août 1976. Les combattants libanais n’ont pas fait de cadeaux. Il s’agissait pour eux d’éliminer un repère de fédayins qui s’était transformé en «  Etat dans l’Etat  » et dont le contrôle échappait aux autorités.

Le monde s’est ému durant quelques jours du sort réservé aux combattants et aux populations palestiniennes qui vivaient là, mais les larmes ont rapidement séché.

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Béchir Gemayel : discours sur les ruines du camp de Tell Zaatar : sept 1976. © Ph Rochot.

Très différente sera la réaction internationale lors des massacres dans les camps palestiniens de Sabra-Chatila du 16 au 18 septembre 1982, alors que le nombre de victimes est sensiblement le même : 2000 morts. Il s’gissait pourtant du même type d’acteurs: extrémistes phalangistes conduisant une opération de représailles contre les Palestiniens. Mais cette fois les deux camps étaient encerclés par l’armée isrélienne dans le cadre de l’opération «  Paix en Gailée  » qui avait débuté en juin 1982. Les hommes d’Elie Hobeika malgré la présence de Tsahal entendaient venger l’assassinat de leur chef Béchir Gemayel, élu président de la République et décédé deux jours plus tôt dans un attentat. Cette fois-ci, la passivité de l’armée israélienne va décupler l’impact du massacre sur la scène internationale. L’Etat hébreu est montré du doigt. La presse arabe et internationale s’emparent de l’affaire qui tiendra la «  Une  » durant plusieurs mois. A tel point qu’ Israël est contraint de créer une commission d’enquête pour faire la lumière sur le rôle de son armée lors de ces massacres.

Valse Béchir Ari Folman 2008

Affiche du film de Ari Folman, « Valse avec Béchir » (2008), remarquable expression du traumatisme israélien après les massacres de Sabra-Chatila de septembre 1982..

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En février 1983, la commission dirigée par le juge Kahané confirme la culpabilité des milices chrétiennes libanaises, et reconnaît que Ariel Sharon, ministre de la défense est indirectement responsable de cette tragédie pour n’avoir pas prévu les conséquences de l’entrée des Phalangistes dans les camps palestiniens de Sabra-Chatila. Israël est donc impliqué dans un massacre défini comme génocide par l’assemblée générale des nations unies : du pain béni pour les ennemis de l’Etat hébreu. La commission Kahané a jugé utile de rappeler que d’autres massacres plus importants ont eu lieu dans le conflit du Liban qui n’ont guère ému la communauté internationale, allusion précise au massacre de Tel al-Zaatar de 1976, mais les juges n’ont pas reconnu ces faits comme circonstance atténuante .

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Camps de Sabra-Chatila bombardés par les milices chiites du mouvement « Amal ». Mars 1985 : © Ph Rochot.

Trois ans après la tuerie de Sabra-Chatila en 1982, cette remarque va se vérifier une nouvelle fois. Les milices chiites du mouvement Amal attaquent ces mêmes camps au printemps 1985, faisant encore plusieurs centaines de morts. L’objectif est d’empêcher les milices palestiniennes de se réinstaller à Beyrouth-ouest. Les bombardements sont très meurtriers et votre serviteur peut en témoigner. Ce nouveau volet de la guerre du Liban va durer plus d’un an mais intéressera peu les médias occidentaux qui considèrent que l’affaire est purement libano-libanaise et ne mérite pas même qu’on en cite les victimes… Puis nous asisterons à d’autres formes d’offensives, comme celle de Tsahal contre le Hamas à Gaza en juillet 2014 qui fera plus d’un millier de morts. Cette fois-ci l’événement sera suivi au jour le jour par la presse internationale en raison de l’implication directe d’Israël. Ainsi, suivant les acteurs en place et en action, suivant l’identité des populations touchées, les massacres n’ont pas le même impact à travers le monde.

Philippe Rochot.

(Lire aussi sur ce site, mon papier intitulé: « A Sabra Chatila, on se prenait pour Rambo ») à propos du film de Frédéric Laffont.

 

 

 

2 réflexions sur “Liban 40 ans déjà: la chute du camp palestinien de Tel al-Zaatar: Philippe Rochot

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