Le débat sur la mixité au Mur des Lamentations nous permet de replonger dans les superbes images de cette fin du 19ème siècle, réalisées par Julien Bonfils, photoreporter avant l’heure et précieux témoin des sociétés du Proche-Orient…

Mur lamentations Félix Bonfils

Le « Mur des pleurs » fin 19ème : photographie de Julien Bonfils. (DR)

Julien Bonfils apporte la preuve par l’image que les hommes et les femmes participaient bien ensemble et sans problème apparent à la prière au « Mur de l’Ouest », ou plutôt au « mur des pleurs » tel qu’il était surnommé à l’époque.
Faut-il donc se réjouir de la création d’un troisième emplacement au mur des lamentations permettant aux hommes et aux femmes de prier ensemble alors qu’il eût été possible d’abolir cette discrimination entre les sexes en ouvrant l’esplanade à tous ?

Mur des juifs photo Felix Bonfils

Hommes et femmes au Mur des lamentations: Photo Julien Bonfils (vers 1900).


Les connaisseurs des textes sacrés affirment que nulle part il est écrit que les femmes doivent être séparées des hommes. Ce sont les hommes qui ont décidé qu’il fallait écarter les femmes des sites de prières sous de sombres prétextes d’impureté ou encore pour empêcher que la présence d’une femme ne détourne l’homme du recueillement et qu’il ne cède à la tentation…

vcm_s_kf_representative_640x425

Mur des lamentations, 2012. La meilleure place réservée aux hommes. (Photo P. Rochot)

Les ultra-orthodoxes sont en première ligne. On a vu leur comportement sur les avions d’El Al, refusant de s’asseoir à côté des femmes et transformant en véritable cauchemar un vol New-York tel Aviv en sept 2014.
Ces « Haredim », les « craignant-Dieu » refusent tout contact ou approche physique avec des femmes autres que leurs épouses. les ultra-orthodoxes font régulièrement scandale dans des lieux publics en Israël, notamment dans les bus.

Jerusalem Mur Philippe Rochot (23) nb

Mur des lamentations 2012 (Ph Rochot).

Pareil comportement est-il justifié ? Une séparation hommes/femmes est-elle souhaitable ?
Le rabbin Daniel Fahri nous rappelle sur son site internet que « c’est seulement depuis la réunification de Jérusalem, (après la guerre de juin 1967) suivie du déblaiement et de l’aménagement d’une vaste esplanade devant le Kotel (le lieu proche du saint des saints) que les autorités religieuses ont imposé la création de deux sections très inégales : l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes, avec des accès distincts et une importante « mehitza » (séparation) entre les deux. Lors des cérémonies de bar-mitsva (la communion) les grand-mères, les mères, les sœurs, les cousines, les amies s’agglutinent aux abords de la dite séparation pour pouvoir espérer, juchées sur des chaises, assister à ce moment si important de la vie religieuse de leur petit chéri. »

Mur Jerusalem Felix Bonfils Félix Bonfils

(Photo de Julien Bonfils).

Un chercheur confirme : le Temple de Jérusalem était bien mixte au temps du roi Salomon jusqu’à sa destruction. « Seules les parties réservées aux Cohen et aux Levis étaient interdites aux femmes. La seule séparation qui existait entre hommes et femmes se situait lors de la fête du puisement de l’eau pour éviter la promiscuité » Cette fête prenait en effet des allures de concours de chemises mouillées qui frisait sans doute l’indécence…
Et les femmes dans tout ça ? Elles réagissent. Des pratiquantes militantes ont créé un groupe baptisé « femmes du mur ». Elles veulent libérer le mur de la mainmise des ultra-orthodoxes et donner aux femmes qui le souhaitent, les mêmes droits que les hommes de pratiquer selon les rites de leur choix. Elles provoquent parfois les ultrareligieux en revêtant des châles de prière réservés aux hommes.

Mur femmes au mur

Le mouvement des « femmes du mur » (site Radio Canada).
Une de ces militantes, Peggy, confiait à Radio-Canada : « « Si je mets un châle de prière ici, je me fais arrêter et je risque six mois de prison et 10 000 shekels (1500 euros) d’amende. » Malgré la création d’un site mixte, le risque pour ces femmes est toujours bien réel. Elles ont quand-même trouvé des alliés chez les rabbins comme le réformiste Gilad Kariv : « Le problème soulevé par les « Femmes du mur » nous rappelle dit-il la nécessité de revoir la relation entre la religion et l’État en Israël et de renverser le monopole orthodoxe. Cette bataille est de même nature que celle visant à laisser les femmes s’asseoir à l’avant des autobus. »

Mur lamentations en 1857
Un long combat reste donc à mener pour que la femme ait les mêmes droits que l’homme en matière religieuse. Et ce combat touche et concerne bien entendu les trois religions monothéistes…

Philippe Rochot