Beauté Congo ! Le nom sonne comme celui d’un Top model de Kinshasa, d’une fille de joie du quartier de Matongé ou d’une « artiste » aux hanches lourdes et à la poitrine tombante s’exposant dans la nuit glauque de Lubumbashi… Rien de tout cela, c’est en réalité le nom donné à l’expo des dessinateurs congolais au regard tendre, naïf et bon enfant, présentée à la Fondation Cartier à Paris et qui s’apprête à fermer ses portes le 10 janvier.…

 

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« Le vieil enfant »: celui qui ne veut pas sortir du ventre de sa mère…

André Magnin, commissaire de l’expo a trouvé les mots justes pour définir cette forme d’expression née au pays du Grand fleuve : « L’art congolais appartient à lui-même il est vain de chercher à l’inscrire dans l’histoire de l’art. Il n’y a pas de discours pour conduire le goût, pour justifier un trait, une forme ou une couleur.Cet art s’appréhende par la connivence des regards.»

L’œuvre de Chéri Samba, le plus connu de ces peintres populaires a fait école dès les années 70. Et il faut rendre hommage à ce pionnier d’un art hors du commun, simple, naïf, direct et toujours sincère.

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Son « éminence-dessinateur » Chéri Samba…

Chéri Samba que les Congolais appellent « Son Eminence », a commencé à peindre sur des sacs de farine, avec de la peinture industrielle. Pendant dix ans son travail n’a donc pas pu dépasser la dimension de ces enveloppes rugueuses. Mais qu’importe le support, car le génie écrasait la misérable matière, ou plutôt lui donnait une autre dimension. « Son Eminence » Chéri Samba explique facilement son succès : « c’est une peinture qui vient du peuple, concerne le peuple et s’adresse au peuple. Elle est tout de suite comprise par tous et le peuple s’y reconnaît ». Voilà pourquoi cet art a démarré dans la rue. Sauf qu’au début, c’étaient surtout les Européens de passage qui achetaient les toiles…

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« Oui il faut réfléchir » !

Chéri Samba a fait entrer son œuvre, son style, ses créations, à l’académie des Beaux Arts de Kinshasa lors d’une expo baptisée « Art partout », donnant l’impulsion nécessaire au développement de la peinture populaire.
Puis la photo est entrée dans les mœurs de ces artistes naïfs. J’ai retenu le travail de Kiripi Katembo qui nous livre à 36 ans un portrait renversant de Kinshasa, sa ville, telle qu’il la voit se refléter dans les flaques d’eau. La photo est pour lui un nouveau moyen d’expression qui lui permet de « mettre la peinture au frigo » et de sortir de son atelier pour rencontrer la vie sociale de la cité bouillonnante. Sauf qu’on retrouve le « mode peinture » dans ses photos, prouvant s’il en était besoin que les deux formes d’expression sont devenues indissociables chez les artistes africains.

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Kinshasa ou la vie à l’envers, vue par Kiripi Katembo..
JP Mika, le plus jeune des peintres populaires exposés ici en est un bel exemple. il s’inspire des œuvres photographiques des années 60 réalisées dans les studios de Kin ou de Bamako pour nous livrer son œuvre. Les deux grands de la photo africaine, Malik Sidibé et Seydou Keida servent ainsi de modèles aux peintres populaires.

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A l’expo « Beauté Congo », les visiteurs qui défilent appartiennent à toutes les classes sociales et à tous les âges, couvrant une période de vie qui va de la maternelle à la maison de retraite : preuve que les peintres populaires du Congo ont réussi leur pari au-delà de leur Congo natal.
Philippe Rochot

(expo prolongée jusqu’au 10 janvier)