Pékin et la Chine à l’épreuve des JO d’hiver. Ph Rochot.

Miyun,, province du Hebei, station de ski: janvier 2004…

Quand la Chine se voit attribuer une distinction ou un rôle sur la scène internationale, la même question revient sur le tapis : et les droits de l’homme ? Les ONG rappellent alors la détention de journalistes et de blogueurs, la censure de la presse, la répression au Tibet ou au Xinjiang etc…Lors du vote sur l’attribution des JO d’hiver de 2022, la question n’a pas même été évoquée ce qui a permis de simplifier le débat et d’ouvrir à Pékin une autoroute pour ces JO . En jouant de nouveau la carte de la Chine, le Comité olympique a voulu parier sur une « valeur sûre ».

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Paysans du Hebei, découvrant les sports d’hiver : février 2004. © Ph Rochot.


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Pékin sous la neige depuis la « colline au charbon » : janvier 2005. © Ph Rochot.

Pékin l’emporte de justesse face à Almaty, ancienne capitale du Kazakhstan, pourtant située au pied des hautes-montagnes du Talgar qui culmine à près de 5000 mètres. Au-dessus d’Almaty, les pistes sont recouvertes de vraie neige dès l’automne, une neige parfois trop abondante puisque les accès sont souvent paralysés pendant plusieurs jours à cause des tempêtes : un mauvais point finalement…

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Montagnes du Kazakhstan, aux portes d’Almaty : octobre 2012. © Ph Rochot.

Avec la Chine, la neige artificielle s’impose, ou plutôt la « neige de culture » comme on dit pudiquement pour faire croire que la neige pulvérisée au canon reste naturelle et donner à l’opération un caractère écolo. La région de Zhangjiakou ne reçoit guère que 5 à 15 cm de neige chaque hiver. Il faudra donc « plâtrer » le site avec force canons à neige. Les Chinois affirment pourtant qu’ils ne dépenseront pas plus de 1% des réserves d’eau de la région du Hebei pour alimenter les pistes du slalom géant, du ski de fond ou du bob. Les champions vont donc devoir affronter une neige fabriquée sur mesure, compacte et que tous n’apprécient pas.

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Les pistes de compétition des montagnes du Hebei, sont encore à tracer. (DR)

Le guide et alpiniste de haut niveau Serge Koenig, qui parcourt depuis trois décennies les montagnes de Chine fait un constat évident : « La Chine n’est pas un pays à ski naturel et cet événement se fera soit avec 100% de neige de culture, soit avec de la neige tombant des nuages plombés chimiquement nous dit-il. Tout cela pose d’ailleurs la question de la viabilité des JO d’hiver car même les Alpes n’ont plus la ressource en neige suffisante pour les organiser sans canons à neige. »

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Pékin, la neige existe, je l’ai rencontrée… 2004 © Ph. Rochot.

Autre casse-tête : l’éloignement. Les « montagnes » sont à 180km de Pékin. Les Chinois vont donc construire un TGV qui traversera les régions pauvres du Hebei pour arriver jusqu’aux pistes de compétition : un bouleversement, une ouverture économique qui donnera à la province l’occasion de faire un « grand bond en avant » et de développer l’industrie du ski encore embryonnaire. « C’est un choix pour Pékin de développer des zones pauvres du Hebei avec ces JO et de créer des nouvelles villes-stations avec loisirs et résidences secondaires pour les Pékinois » nous précise Serge Koenig.
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Pékin: nettoyage de la neige au Temple du ciel: (c) Ph Rochot.

Il reste sept années à Pékin pour lutter efficacement contre la pollution endémique qui empoisonne la vie des populations. Contrairement à 2008, les JO cette fois ont lieu en hiver, saison où la Chine se chauffe au charbon, faisant régner sur les villes une atmosphère suffocante.
Lors de la visite du comité olympique en février 2002, les autorités avaient interdit pour quelques jours le chauffage au charbon dans plusieurs quartiers de Pékin, alors que le thermomètre était descendu au-dessous de zéro. Personne n’avait protesté et Pékin avait pu se présenter comme une ville à l’air purifié. Il sera difficile cette fois de rééditer la même manipulation pour les Jeux de 2022…

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Pékin, le retour du soir, sous la neige : 2004. © Ph Rochot.

Certes la capitale olympique a déménagé sa principale usine sidérurgique qui consommait trop de charbon, mais les centrales électriques qui alimentent Pékin fonctionnent encore à la houille noire. De même la circulation automobile a atteint un niveau de saturation jamais égalé. Du pain sur la planche avant 2022 . Cela n’a pas empêché la Chine de présenter un dossier financier très acceptable avec « seulement » 1,2 milliards d’euros de dépenses directes (installations sportives et infrastructures), un élément qui a fait pencher la balance en faveur de Pékin, celui d’Almaty étant de 30% plus élevé.

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Le « nid d’oiseau » va reprendre du service. Pékin 2010 © Ph Rochot.

Les anciennes capitales olympiques se plaignent toujours qu’elles ne parviennent pas à rentabiliser leurs installations. Pékin réussit le tour de force de donner un deuxième souffle à son nid d’oiseau, à son cube-piscine, à son infrastructure hôtelière et à devenir la première capitale à organiser Jeux d’été et Jeux d’hiver.
Philippe Rochot

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