Aux frontières russes de l’Union européenne: itinéraire en pays baltes. Philippe Rochot

Des peuples qui ont survécu à 45 années d’occupation soviétique méritent sûrement le respect…Lituaniens, Lettoniens et Estoniens font partie de ceux-là.

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Lituanie : remise de diplômes universitaires à la mairie de Vilnius : une jeunesse étudiante profondément attachée à l’Europe. © Philippe Rochot.

L’existence des Etats baltes s’est rappelée à notre bon souvenir à l’occasion de la crise grecque. Les trois pays: Estonie, Lituanie et Lettonie avaient vécu comme un rêve de liberté leur entrée dans l’union européenne pour laquelle ils ont consenti beaucoup de sacrifices. Ils sont aujourd’hui quelque peu amers, estimant que la Grèce a bénéficié d’un régime de faveur alors qu’eux-mêmes ont dû affronter sans protester de rudes mesures de rigueur pour entrer dans la zone euro.
Un itinéraire dans ces pays, voisins d’une Russie qui fait gonfler ses muscles depuis la crise en Ukraine, a quelque chose de passionnant et mérite le voyage.

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La statue de Lénine à la frontière russe au nord de l’Estonie, mise de côté mais pas éliminée. © Ph Rochot.

« On ne choisit pas ses voisins » répète le vieux dicton. Les pays baltes sont contraints de vive aux portes de la Russie, tout en étant membres de l’Union européenne et s’en accommodent. « Nous n’avons rien contre les Russes » disent facilement les habitants, mais le joug de l’URSS qu’ils ont supporté durant presque un demi-siècle est difficile à oublier.

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Base de missiles soviétiques de Plotskine (Lituanie). Elle comprend 4 silos de missiles d’une portée de 2000km. Fermée en 1978, elle est devenue un site touristique instructif, apprécié des visiteurs des pays baltes. © Ph Rochot.

Estonie, Lettonie et Lituanie, transpirent encore de la présence soviétique avec leurs bases militaires, leurs camps de travail, leurs prisons, leurs ports de guerre désertés, leur matériel d’armement grossièrement abandonné, leurs déchets chimiques ou même nucléaires polluant les sols. 40.000 soldats soviétiques étaient stationnés uniquement en Lituanie. Ce pays a vu passer en quelques mois tous les contingents de l’armée rouge qui occupaient les pays de l’est et qui se sont retirés après les indépendances de 1991.

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Les pays baltes, coincés entre la Baltique, la Russie, la Biélorussie et l’enclave russe de Kaliningrad. (DR)

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La Lituanie ménage son grand voisin chez qui elle se fournit avantageusement en énergie mais redoute avec les autres pays baltes de devenir une deuxième Ukraine. Car le schéma est sensiblement le même avec des populations russophones qui vivent à la frontière comme à Narva. 70 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, cette ville peuplée à 90% de russophones et où poussent encore les herbes folles semble toujours dévastée.

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Narva, frontière Estonie-Russie : un calme apparent plutôt rassurant . © Ph Rochot.    

A Narva, les gens se disent attachés à l’Estonie mais on sait que les Russes peuvent facilement envoyer leurs « bérets verts » de l’autre côté et mettre l’Europe devant un nouveau scénario à la Donetzk, avec des séparatistes pro-russes réclamant un rattachement au grand frère. Le spectacle de la frontière n’a pourtant rien d’inquiétant : des centaines de camions et de voitures la franchissent dans les deux sens chaque jour et aucune force militaire n’est visible depuis les hauteurs dominant la rivière Narva.

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Tallinn , capitale de l’Estonie, a tenté d’effacer le passé soviétique en restaurant la vieille ville, classée au patrimoine de l’UNESCO. © Ph Rochot.

Mais ce calme apparent n’est pas suffisant pour rassurer les pays de l’OTAN qui viennent de faire une démonstration de force remarquée en Europe centrale et orientale. Les manœuvres militaires du printemps dans les trois états baltes ont engagé plus de 3000 soldats américains et un matériel impressionnant composé d’hélicoptères Black Hawk, de chars Abrams et d’avions de chasse tueurs de blindés…

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Croiseur américain dans le golfe de Riga: juillet 2015 © Ph Rochot.

Des croiseurs US mouillaient encore cet été dans le golfe de Riga. La présence de forces navales américaines a un double objectif : rassurer les pays baltes et dissuader le Kremlin de toute tentative d’avancer de nouveau ses pions dans les ex républiques soviétiques.

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Karosta : ancienne base navale des forces soviétiques en Lettonie. Une ambiance de guerre froide subsiste encore. © Ph Rochot.

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Dans ces pays profondément religieux, surtout la Lituanie, je m’interroge sur le rôle que peuvent avoir les croyances dans l’attitude politique des trois Etats. L’influence russe se ressent au niveau de l’église orthodoxe, très présente, très active, très appréciée des communautés russophones et qui bénéficie de la bénédiction du Kremlin. Mais difficile de dire jusqu’à quel point Moscou utilise la religion dans sa politique en pays baltes.

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Karosta : cathédrale orthodoxe de Saint-Nicolas. Elle servit de salle de sport et de cinéma durant l’occupation soviétique. © Philippe Rochot.

Il faut aussi compter avec les catholiques de Lituanie, majoritaires dans le pays, très influencés par le voisin polonais, vouant un culte illimité à feu le pape Jean-Paul II, dont on croise régulièrement le portrait.

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La colline des croix, lieu de culte et de passion pour les catholiques de Lituanie, avec ses milliers de croix plantées sur un site que les soviétiques n’ont jamais réussi à éliminer. © Philippe Rochot. (en images sur mon site: http://philippe-rochot.piwigo.com/ L’étrange colline des croix)

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On parle aussi régulièrement du renouveau de la vie juive mais il est difficilement visible. Certes la mémoire est entretenue par des musées de l’holocauste, des centres culturels juifs, des plaques commémoratives et des stèles solitaires dans les forêts où les juifs étaient exécutés, mais plus de 70 ans après l’élimination par les nazis des 200 000 juifs de Lituanie, la communauté renaît avec difficulté.

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Synagogue de Kaunas, bâtie au 19ème siècle, l’un des rares lieux de culte juif ayant surmonté les épreuves de l’histoire. On comptait 35 synagogues à Kaunas avant la deuxième guerre mondiale. Il n’en reste qu’une. © Ph Rochot.

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Ce sont les juifs russes qui contribuent à la reprise timide du judaïsme aux pays baltes, en venant s’installer en Lituanie. On en compte 5000 dans le pays, dont 3000 à Vilnius. Un tourisme juif se développe également, centré sur la mémoire de cette ville surnommée autrefois « la Jérusalem du nord ».

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Plage de Jurmala, Lettonie. Station balnéaire pour les nouveaux riches russes. © Ph Rochot.

La présence russe a aussi un côté bon enfant. On croise facilement des familles russes sur les plages des pays baltes, « la côte d’Azur » des slaves. La nomenklatura de l’est apporte ses roubles dans les stations balnéaires comme Jurmala en Lettonie et se replie dans de riches villas au bord de la Baltique.

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En Lettonie, un centre d’espionnage soviétique transformé en télescope géant après le retrait de l’armée rouge. © Ph Rochot.

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Les lieux de mémoire les plus sordides deviennent des sites touristiques attrayants comme cet ancien camp de travail soviétique de Rummu en Estonie où plusieurs milliers de forçats exploitaient une carrière aujourd’hui envahie par les eaux et qui sert de lieu de détente et de plongée à la population locale et aux visiteurs de passage.

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Rummu, ancien camp soviétique de travail de sinistre mémoire, à 50 km de Talinn, la capitale d’Estonie. © Ph Rochot.

Le camp de Rummu symbolise un peu la banalisation du cauchemar passé. Les populations des pays baltes veulent aujourd’hui surmonter cette épreuve imposée par 45 années de régime soviétique et ne souhaitent pas retourner dans le giron russe. Elles se rassurent ainsi en écoutant la phrase que prononça Barack Obama lors de sa visite officielle à Tallinn en septembre 2014 : « La défense de Tallinn, de Riga et de Vilnius est aussi importante que celle de Berlin, Paris et Londres…Vous avez perdu votre indépendance une fois, vous ne la perdrez plus jamais. »

Philippe Rochot

Riga, Lettonie. La vieille ville.  (c) Ph Rochot.Baltes Riga Lettonie 2015 (6) (Copier)

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