Prix Albert Londres, tendances 2015. Entre Jihad et trafic d’êtres humains… Ph. Rochot

C’est l’honneur d’un prix comme l’Albert Londres d’accueillir les candidatures des reporters de retour des révoltes arabes, des conflits  d’Afrique ou de la « guerre à l’est »… A l’heure des exéutions de journalistes par le groupe Daech, des témoins continuent de prendre le risque de passer en Irak ou en Syrie, comme par exemple Youri Maldavsky et ses enfants d’Alep en guerre.

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Sur 38 reportages soumis au Jury, j’en ai compté 7 sur le conflit de Syrie et d’Irak. Certains sont réalisés au plus près des combats, d’autres tournés au départ de la France où les reporters suivent l’itinéraire des volontaires de l’Etat islamique, jusqu’à la frontière syrienne. Séquences parfois étonnantes comme celle où des journalistes de M6 rencontrent une jeune française de 15 ans qui va épouser un jihadiste rencontré sur Facebook et s’apprête à passer en Syrie avec la carte d’identité de sa sœur aînée, agée de 27 ans. Elle n’a éveillé les soupçons ni de la police des frontières française, ni de la police turque.
France24.com reporters_qatar

Travailleurs népalais en partance pour les pays du Golfe (france24.fr)

L’esclavage moderne et le trafic des êtres humains tiennent une bonne place dans les reportages proposés, avec en exemple ces travailleurs népalais du Qatar, dont le sort est souvent ignoré par la communauté internationale, trop occupée par la réussite de la coupe du monde de football. Ces hommes sont bien les forçats des temps modernes.

Le sort des migrants reste un thème essentiel et accrocheur. Des reporters suivent des Africains qui tentent de passer les frontières de l’Europe par l’enclave espagnole de Melila au Maroc et font preuve d’ingéniosité en fabriquant des crochets avec du fer à béton pour escalader un double grillage qui se renforce un peu plus chaque semaine. D’autres nous racontent en image la détresse des candidats à l’émigration dans leur pays d’origine ou sur l’ itinéraire de leur exode, afin d’expliquer pourquoi ces hommes prennent tant de risques pour gagner le vieux continent. Ainsi les Érythréens, capturés par les bédouins du Sinaï dans leur fuite vers Israël ou l’Europe, nous révelent leurs plaies et leurs douleurs dans cet étonnant « voyage en barbarie » que nous offre Cecile Allegra. Ils sont affamés, torturés, rançonnés, emprisonnés. Leurs familles se ruinent pour obtenir leur libération sans que le gouvernement égyptien ne se mobilise vraiment pour empêcher pareil trafic d’êtres humains.

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Virus Ebola: l’info OMS. (Tv5.fr)

Il faut aussi saluer le courage des journalistes qui ont osé affronter le virus Ebola pour nous présenter des reportages fascinants sur ce fléau en voie d’éradication. « Pas payant à l’image !  » dit-on facilement dans les rédactions parisiennes en parlant d’Ebola, mais la façon dont l’épidémie est vécue par les populations africaines nous éclaire sur les difficultés que rencontrent les ONG pour secourir les victimes.

Un seule reportage sur la Chine a trouvé sa place, mais il porte sur un problème essentiel: celui des quelque 13 millions « d’enfants de l’ombre », ou « enfants noirs », nés en dehors des quotas imposés par la politique de l’enfant unique et qui n’ont pas d’identité et donc d’existence reconnue.

L’écriture et la mise en forme des reportages continuent d’évoluer. Le style « carnet de route » où le reporter se fait filmer dans son enquête et ses démarches s’impose avec son formatage habituel et ses formules toutes faites du genre: « mais d’où viennent ces trafiquants ? Je décide de me rendre dans la petite ville de etc… ». Ou encore:  » Nous décidons de pouruivre notre enquête.. ».ou bien « : » ce jour là M. Truc se rend au tribunal; je décide de l’ccompagner ». Ces formules toutes faites et rabachées ont-elle un avenir dans le journalisme moderne ? Pas sûr…

Rwanda Kigali prison centrale Amnesty

Rwanda, prison centrale de Kigali (photo Amnesty international)

Dans un autre registre, le reportage-témoignage sobre, direct, émouvant, sans commentaire, dépouillé de tout mouvement et de situation pouvant troubler le propos du témoin, s’impose également, avec des exemples réussis comme: « Rwanda, l’impossible pardon », témoignages de femmes génocidaires ou « Ceux qui amènent la tempête », récits de travailleurs cambodgiens vendus comme esclaves dans les pays d »Asie du sud-est tels que la Malaisie. L’histoire est construite à travers les propos d’une ouvrière violée par son employeur et l’on retrouve là « l’école Rithy Panh », qui d’ailleurs patronne le film.

Albert Londres pré selection 2015

Sept sujets sont donc sélectionnés pour la « finale », dont l’un sortira vainqueur: un choix toujours déchirant. La remise de prix est programmée le samedi 30 mai à l’académie royale de Belgique.

Philippe Rochot

(Prochain article: la sélection presse écrite du Prix Albert Londres)

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