Otages, rançons, snipers, pigistes…….Comment couvrir les conflits actuels….Un débat avec le « réseau ESJ » ———- Philippe Rochot

Moallem Barakat, jeune pigiste syrien tué par un franc tireur. 

            D’emblée,  Garance se réjouit d’apprendre qu’un reporter d’Associated Press vient de passer un mois dans le « jebel Zaouia », pourtant parcouru par les djihadistes. La Syrie redeviendrait -elle fréquentable  après la série d’enlèvements de journalistes en juin dernier (Didier François, Édouard Elias, Nicolas Henin, Pierre Torres) ? Garance Le Caisne est une habituée de la révolution syrienne. Pigiste depuis quinze ans pour des hebdos très divers, elle mise sur la durée, le contact avec les gens et surtout la vie avec eux.

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                              Syrie  Bataille de Homs   (DR)

                 « Mes fixeurs ce sont les médecins dit-elle »…Garance a choisi de travailler avec « l’union syrienne des secours médicaux », sorte d’ONG locale très dévouée qui aide les populations  sans tenir compte des positions politiques. « Je les ai même vus soigner un chabiha » dit-elle..un collabo.
Le débat du « reseau Esj » est anime par un témoin privilégié des révoltes arabes: Tangui Salaun, ex correspondant en Égypte et auteur avec Claude Guibal du livre : « l’Egypte de Tahrir ». Objectif  de la rencontre: comment couvrir les conflits actuels. Une prise de tête diront certains. La Syrie est au cœur du problème, considéré comme le conflit le plus dur de cette dernière décennie avec au moins seize journalistes disparus. Quel côté choisir ? Qui envoyer sur place ? Par où passer ? qui rencontrer ?

Claude Guibal, de France culture, avec ses quinze ans d’expérience en Égypte et sa couverture du printemps arabe a parcouru la Syrie en guerre à plusieurs reprises. Malgré sa pratique de la langue arabe et ses bons rapports avec la population, elle met en garde contre une situation en perpétuel changement : les barrages qui se déplacent chaque jour, les groupes qui changent. « Pour entrer en Syrie clandestinement, le passage de Kilis à la frontière turque était une autoroute il y a quelques mois…C’est devenu pourri dit elle ». Allusion à  l’arrivée  du groupe auto-proclamé « Etat islamique en Irak et Syrie », apparemment responsable de la plupart des enlèvements de journalistes étrangers.

Claude Guibal regrette aussi de ne pouvoir aller à Damas, couvrir l’autre côté du conflit. Mais le régime syrien veut que les journalistes  choisissent leur camp. Ceux qui couvrent la rébellion se voient fermer les portes de la capitale omeyyade.

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                          Syrie, banlieue de Damas: printemps 2013: « le Monde » enquête sur l’utilisation d’armes chimiques.           

                                             L’AFP fait partie des exceptions. Pierre Lesourd, ancien patron des bureaux de Hong Kong, Washington, Londres etc…estime que l’agence est présente au quotidien et des deux côtés avec un bureau à Damas (sous haute surveillance) mais surtout à la frontière turque. Ses reporters passent régulièrement en Syrie, parfois même une seule journée pour limiter les risques. Ils recueillent images, infos et témoignages de ceux qui traversent, forment des photographes et des vidéastes. Le staff occidental qui couvre la Syrie doit suivre un stage, comme tous les journalistes de l’AFP qui partent en zone de guerre: formations possibles avec l’armée française ou l’armée britannique.

L’AFP se vante d’accorder une assurance globale pour toutes ses équipes de reportage en cas d’accident. Tel n’est pas le cas des pigistes , catégorie professionnelle en plein développement, l’armée des ombres du métier, sans qui beaucoup d’images et d’infos passeraient à la trappe. La tentation des rédactions de faire travailler à bas prix des gens qui prennent des risques pour les autres est toujours actuelle. Un journal n’enverra pas un pigiste là où il n’envoie pas un journaliste du staff. Mais un autre cas de figure cité par Claude Guibal (autrefois pigiste), reste bien actuel dans une bonne partie des rédactions quand elles s’adressent aux pigistes: « on n’envoie personne, donc on ne t’envoie pas, mais si tu es sur place on prend tes papiers… »

Ne parlons pas des tarifs qui tournent autour entre 50 à 100 euros l’article, sans remboursement des frais de déplacement. Et puis ce contact qui parfois manque avec la rédaction: des commandes de sujets à réaliser en 24h, du genre « puisque tu es a la frontière syrienne, fais nous un sujet sur le trafic d’armes ». Une incompréhension parfois qui fait dire à Garance Le Caisne : « quand on couvre la Syrie on peut rapidement se sentir très seule ».

Philippe Rochot          (débat organisé par Marc Ventouilac, président du réseau ESJ…)

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