Image

                     « Quand je vois ce qu’est devenue la situation là-bas, j’ai bien peur d’avoir perdu ma jambe pour pas grand-chose ». Ainsi témoigne le  Caporal Chef Jean-Louis Michaud du 7ème bataillon de chasseur alpins, dans le livre de Philippe de Poulpiquet intitulé: « Pour la France ». En 2001, il a sauté sur une mine en vallée d’Alassai.et pour lui la guerre s’est arrêtée là.

                    Fallait-il aller en Afghanistan ? Les quelques 3000 soldats français qui ont stationné pendant onze ans au pays des talibans et des guerriers tadjiks ne se posaient pas la question. La France avait choisi comme plusieurs pays de l’Otan, de s’aligner sur la position américaine en envoyant des troupes au sol. Mission destinée à « pacifier l’Afghanistan » où s’étaient préparés les attentats du 11 septembre 2001 dans les bases d’Oussama Ben Laden. Mais sur cette terre des « Cavaliers » où l’homme n’a jamais accepté de présence armée étrangère, qu’elle soit britannique, soviétique, américaine ou française, les soldats de la paix ont été considérés comme des forces d’occupation. Les mines anti personnelles, les attentats suicide, les embuscades ont tué 88 soldats français et en ont blessé plus de 800.

C’est vers eux que Philippe de Poulpiquet a tourné son objectif, vers des familles dont certaines n’ont pas compris les raisons de cette guerre comme les parents de Damien Buil, décédé lors de l’embuscade d’Uzbin le 18 août 2008. « Damien dit son père a été tué dans une mission qui ne valait rien, qui n’avait pas lieu d’être ; on les a envoyés sciemment dans un nid de talibans, à la mort ».
             Au-delà des patrouilles que suivent régulièrement les journalistes dans la poussière des pistes afghanes, Philippe de Poulpiquet nous montre la deuxième vie des soldats français, blessés et mutilés, condamnés aux prothèses ou au fauteuil roulant. Son livre « pour la France » va bien au delà du simple récit d’un conflit qui n’aura guère passionné les Français mais qui a fait basculer la vie de plusieurs centaines d’hommes. « J’ai voulu pour une fois prendre le temps, écrit Philippe Il en fallait pour photographier ces témoins dans leur vie quotidienne, dans leur souffrance…partager des moments avant de capturer des images. Gagner la confiance est essentiel pour saisir au vol une émotion, une douleur… »

Le drame vécu apparaît ainsi à chacune de ces images en noir et blanc, très fortes, très profondes, un regard toujours sobre sur la douleur et la souffrance mais jamais indiscret.

Philippe Rochot

 (Pour la France: Philippe de Poulpiquet  Anne-Cécile Juillet)