Syrie : « qui a tué Gilles Jacquier ? » Mon œil sur le livre de Caroline Poiron : « Attentat express »…

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   « Il aimait aller là où l’histoire s’écrivait » confie Caroline Poiron dans le livre qu’elle consacre aux circonstances de la mort de son compagnon : Gilles Jacquier. Mais cette fois c’est lui qui a écrit l’histoire en perdant la vie dans le conflit syrien que plus personne n’ose appeler  «printemps arabe ». Caroline Poiron était à ses côtés lors de ce reportage qui les a conduits contre leur gré dans le quartier de Akrama-al-Jadida à Homs où la mort est venu le faucher dans des circonstances troublantes. Avec l’aide de deux autres témoins, les journalistes suisses Sid Ahmed Hammouche et Patrick Valélian, présents à Homs lors du bombardement du 11 janvier 2012, où Gilles Jacquier allait perdre la vie, elle décrit avec précision minute par minute les gestes de chacun des acteurs et des protagonistes de l’affaire.

                 « Nous voulions rendre compte des horreurs de la guerre civile qui secouait la Syrie depuis mars 2011. Et voilà que nous avons été pris pour cible. Des explosions, quatre, avaient secoué le quartier alaouite de Akrama al-Jadida pourtant calme et préservé jusque-là. Gilles a été abattu dans l’immeuble où je me trouvais également. Tout s’est passé si vite. Les cris. Le sang. L’évacuation dans un taxi jaune vers le dispensaire. Tout proche. »

                  « Gilles a été abattu » écrit Caroline Poiron qui réfute la thèse du bombardement  préparé par les hommes de l’Armée Syrienne Libre (ASL) . L’auteur démonte point par point les informations lâchées par le ministère français de la défense pour qui Gilles Jacquier aurait été victime d’une «bavure » de la rébellion, un tir de mortier de 81mm depuis le quartier sunnite de Homs et que « c’est la faute à pas de chance… »

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             A la lecture du livre, je me demande comment les autorités françaises après autopsie, ne parviennent pas à expliquer comment il a été tué : par un éclat d’obus de mortier ou de de RPG tiré à distance, ou une simple grenade à main… Mais pour Caroline Poiron, l’important est de dénoncer les responsables de ce qu’elle estime être un attentat qui visait son mari.  Le régime syrien voulait se débarrasser d’un témoin encombrant et d’un gêneur : « ils savaient que Gilles était un journaliste important, bardé de prix et crédible en France ». Elle a pu empêcher qu’on utilise son corps à des fins de propagande mais pas que les agents du régime pillent ses affaires: « Ils voulaient récupérer un maximum d’informations à propos de ses sources en Syrie … Les services syriens l’ont fait venir pour remonter ses pistes, ses contacts, pour savoir avec qui il était, qui il connaissait… »

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Homs, cité martyre…

              Caroline Poiron tente aussi de cerner la personnalité de la religieuse très proche du régime qui leur a obtenu les visas d’entrée. Agnès-Marie-de-la-Croix, ancienne carmélite et prieure du monastère Saint-Jacques-le-MutiIé situé à 70 km de Homs, a organisé le déplacement des journalistes vers la cité martyre. Elle veut savoir le rôle qu’a joué cette fameuse « sœur Agnès » dans le déroulement des événements qui ont conduit à ce « piège » dans lequel est tombé le groupe de journalistes et surtout Gilles Jacquier. La religieuse qui possède un passeport français doit estimer pourtant qu’elle n’a guère de choses à se reprocher. Je l’ai croisée deux mois après la mort de Gilles Jacquier à l’institut du monde arabe où elle venait inaugurer les nouvelles salles du musée et présenter les icônes prêtées par son ordre.

            Caroline Poiron rencontre et fait parler tous les acteurs de la scène syrienne, les témoins, les observateurs de la ligue arabe, l’opposition, les rebelles… L’enquête est minutieuse et le récit poignant. On pourrait dire qu’« attentat express » se lit comme un roman s’il n’y avait à la clé la mort bien réelle d’un homme, d’un journaliste français témoin de son temps et considéré comme l’un des meilleurs reporters de notre télévision: Gilles Jacquier.

Philippe Rochot

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